L’ « Opening Night » du Met avec Roberto Alagna et Elīna Garanča dans Samson et Dalila

 

L’Opening night, à New York, est une vraie fête de la musique qui se prépare pendant des semaines et s’achève par les saluts le soir de la Première. Le 24 septembre 2018, Samson et Dalila, avec Roberto Alagna et Elīna Garanča dans les rôles titres, ouvre la saison.

 

 

 

 

 

 

 

Manhattan avant l’Opening Night

A Manhattan, pendant les répétitions, l’Upper West Side sud est couvert d’affiches qui annoncent l’événement. Samson et Dalila sont partout. Les affiches emblématiques de Roberto Alagna et Elīna Garanča, dressées devant l’Opéra, débordent en raz-de-marée, envahissent les abords du Lincoln Center, remontent Broadway boulevard, descendent Colombus Avenue.

Photos ci-dessous, les affiches devant le Met, à gauche dans la lumière du soir, à droite le matin.

Ci-dessous : les affiches  entre le concert Hall et la Julliard School.

Dans l’aube des petits matins titubants du jet lag, leurs couleurs virent au violet.

En attendant le retour des teintes véritables, le Park s’anime dans  la chaleur de cet été indien si doux qui fait oublier le gel de Noël dernier.

 

 

 

 

Ci-dessous, à l’aube.

Au début de l’année, il chantait ici Cavalleria Rusticana 

 

 

 

 

 

et Pagliacci,

 

en septembre, il prépare son deuxième Samson.

Photos ci-dessous, à gauche le Samson de Vienne, à droite celui de New York.

 

Samson et Dalila, affiches et chocolat

Pas une touche de jaune dans les ramures, pourtant la couleur n’est plus tout à fait celle de l’été, une larme de carmin est tombée dans le vert Véronèse.
L’ombre de Caruso se promène devant la cage où s’ébattait le singe qu’il a rendu célèbre en frôlant, devant sa cage, une belle, d’un peu trop près se plaignit la nigaude, au lieu de sauter de joie dans les bras du plus grand ténor de son temps. Le Park s’amuse, pique-nique, lit, joue, dort sous les arbres, court le long des allées, pédale, se prélasse dans les calèches amnésiques qui se demandent si la neige jamais va retomber ici.
Pour la prochaine Carmen de Roberto Alagna, cet hiver, elle y sera, les écureuils gambaderont, un peu déplumés en hiver, l’été lustrés, brillantinés, empanachés comme le Cyrano d’Alagna deux ans plus tôt.

Deux ans… dans quelques jours, Samson…
Un écureuil curieux regarde au-delà des arbres, non pas une affiche, mais une à chaque réverbère, une enfilade

Ci dessus : les affiches à Central Park South.

Ci-contre : tablette de chocolat Samson et Dalila.

 

tout le long de Central Park South, Samson et Dalila, Roberto Alagna et Elīna Garanča flottent en oriflammes au-dessus du trafic. On rêve d’un Paris aux rues, aux places, comme à New York, couvertes de photos de  Roberto Alagna, notre chanteur.

 

Une affiche chasse l’autre

Incitation au rêve, les photos qui ont servi à réaliser les premières affiches de Samson et Dalila, ont été prises alors que personne ne savait encore à quoi ressemblerait le spectacle. Le Met les change dès qu’il a été montré pendant la répétition générale. Le public découvre alors pour la première fois la nouvelle affiche (ci-dessous) qui sera  placardée à la place de l’autre .

 

 

 

 

 

 

Dans un décor très kitch, Samson est habillé de l’une des mille et une manières dont on peut imaginer le vêtir, couleur gris, gris perle. Quant aux parures de Dalila, elles jettent des feux jusqu’au poulailler qui, au Met, est très loin de la scène, 3.800 spectateurs obligent (photos ci-dessous).

 

 

 

 

 

 

La nuit de Samson

Il faudrait, cette nuit, être sur le parvis du Met avec la foule qui attend pour entrer, avec les badauds qui admirent le passage des gens célèbres, être aussi à Times Square pour la retransmission gratuite et en direct, être encore dans dans le théâtre, sur l’escalier de l’entrée, pour assister à l’ouverture des portes, et être enfin, en même temps dans le couloir des loges.

Photo ci-dessous :
pose pour les photographes sur le tapis rouge.

Ci-dessous : la verrière ouverte sur les théâtres et la ville.

Le cocktail va durer une heure avant le lever du rideau, une heure pendant laquelle les escaliers seront très recherchés pour y poser.Parmi les invités, dans un manteau à traine, venue avec son mari Yusif Eyvazov, celle qui va chanter Aïda, la superbe Anna Netrebko (photo).

 

 

 

 

 

Pendant que le champagne circule au milieu des invités, que les bouquets s’empilent dans le hall de l’entrée des artistes,  le couloir des loges vibre d’une émotion particulière. C’est le grand soir. Chacun dans sa loge, les solistes se préparent à célébrer cette fête qui les célèbre et dont sont les officiants.

 

Dans une longue robe de satin violet, les cheveux relevés en chignon Elīna Garanča quitte un moment sa loge pour se rendre sur le tapis rouge où les photographes l’attendent (ci-dessus).

Roberto Alagna ne bougera pas de la sienne.
Samson entre en scène dès le début de l’acte. Une heure avant, on maquille Alagna, on lui pose, dans les siens, de faux cheveux très longs, il enfile son costume.

Dans la salle, qui s’est remplie sans hâte, mais non sans impatience, la magie commence avant le lever du rideau.

Les lustres s’élèvent lentement vers le plafond, comme jadis quand on les remontait, après avoir soufflé les bougies.
Le chef entre dans la fosse, mais la lumière ne s’éteint pas entièrement. Pas encore. Le silence se fait. Le chef lève la baguette, tout le Met est déjà débout quand retentit la première mesure de l’hymne national.

Photo ci-dessous, 3.800 spectateurs écoutent debout l’hymne national.

Ensuite, se lève le rideau.

Ci-dessous, des images des actes I et II.

 

 

 

 

 

 

À l’entracte, le public quitte la salle, certains l’explorent de bas en haut, de haut en bas, circulent dans les escaliers, les couloirs, contemplent les objets et les costume exposés, d’autres se pressent devant les buffets ou s’accoudent aux balcons de cet immense espace vide qui fait toute la hauteur de l’Opéra, d’où la foule observe la foule.
Dehors, la nuit est tombée.

Photos ci-dessous : l’escalier central, deux vues de la salle à partir du poulailler, la verrière qui donne sur la place et la ville.

 

Pendant ce temps, on maquille Roberto Alagna pour l’acte III.
On le blesse, on l’aveugle, on prépare ses vêtements déchirés, ses chaines, le bandeau pour couvrir les blessures horribles de ses yeux crevés.

 

 

Ci-dessous, des images de l’acte III.

 

 

Le public acclame le spectacle. Comme d’habitude, Roberto Alagna reçoit une ovation debout pour son Samson bouleversant. Il cligne un peu les yeux. Le maquillage l’a privé lui aussi de la lumière pendant l’acte III.

Le rideau tombe.
Le public s’écoule hors de la salle, qui se vide. Il se répand sur la place, qui se vide à sont tour.

Côté entrée des artistes, les couloirs des loges aussi se désertifient. Les costumes s’en vont sur les portants à roulettes. Le personnel disparaît peu à peu. Les solistes, changés, en tenue de soirée, quittent leurs loges l’un après l’autre. Ils passent, en partant, devant l’énorme double porte qui donne sur l’arrière-scène. Rayée jaune et noir comme un abdomen d’abeille géant, elle est béante à ce moment. Les machinistes démontent le décor. Même si Roberto Alagna est déjà passé, la nuit de Samson ici se prolonge.

(1) Représentations les 24 et 28 septembre et les 2, 5, 9, 13, 16 et 20 octobre 2018.

© texte et photos Jacqueline Dauxois

 

 

 

 

 

Une réflexion sur “L’ « Opening Night » du Met avec Roberto Alagna et Elīna Garanča dans Samson et Dalila

  1. j’étais à Time Square le 24 septembre et j’y ai vu l’opéra et enregistré la vidéo au moment de l’hymne américain.Sublime.

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