L’Alfredo de Roberto Alagna et Puccini in Love, annonce

L’Alfredo de Roberto Alagna et son disque Puccini in Love, annonce

 

Le 26 octobre, Roberto Alagna chante La Traviata à Paris une seule fois. C’est de cette manière qu’il fête, le même jour, la sortie de son disque de duos  avec Aleksandra Kurzak : Puccini in love.

 

 

 

Il ne cache ni son âge ni qu’il a été, presque en même temps, père et grand-père et que c’est son bonheur de voir Malèna, sa fille cadette, jouer avec le fils de sa fille aînée, Ornella.
Il annonce que c’est une folie, c’en est une, de chanter la dernière Traviata six jours après avoir terminé au Met une série de huit Samson et Dalila, tout en faisant la promotion du disque. C’en est une de reprendre, sans répétitions, le rôle qui l’a porté au sommet dans sa jeunesse mais n’a plus chanté depuis vingt ans.
Un exploit de plus pour un ténor qui les enchaîne. La représentation va se jouer à guichets fermés pour un public fervent qui le suit, hier Samson, aujourd’hui Alfredo, demain Andrea Chenier.

Avant d’aller l’entendre dans la dernière Traviata, il faut ouvrir son livre : Je ne suis pas le fruit du hasard, page 231, chapitre : La perruque d’Alfredo. Il a écrit là des pages inoubliables, parmi les plus belles, sur la relation du chanteur à son personnage.

 

Photo ci-dessous : le livre de Roberto Alagna, Je ne suis pas le fruit du hasard et celui de Jacqueline Dauxois, Quatre Saisons avec Roberto Alagna, qui cite quelques-un des plus beaux passages sur la relation du ténor à ses personnages.
Il n’a pas été possible de citer ces pages en entier dans Quatre Saisons avec Roberto Alagna, cette autorisation serait la porte ouverte, redoute-t-on, à des livres entiers fabriqués de copier-coller. Pour ceux qui n’ont pas le livre sous la main voici au moins le passage de Quatre Saisons avec Roberto Alagna qui cite partiellement La Perruque d’Alfredo.

« Lorsqu’il chante sa première Traviata au Théâtre royal de Plymouth, il découvre qu’il ne fait qu’un avec son personnage :
« Il était moi, j’étais lui… Je pénétrai dans le salon de Violetta avec le sentiment d’entrer chez moi. »
Il chante, se dédouble, s’entend chanter, guette les réactions du public et s’enregistre dans sa tâte :
« J’avais une conscience aiguë du moindre de mes gestes, l’impression de contrôler chaque partie de mon corps, chaque partie de mon cerveau, d’entendre ma voix en même temps que je guettais les réactions du public, comme si j’avais été aux commandes d’un ordinateur. »
Il se critique en même temps qu’il chante, repère les passages qu’il veut améliorer et ceux qui le rendent heureux. Dans un état second, il entend les applaudissements après son Libiam’, s’aperçoit qu’il franchit dans l’allégresse le difficile duo avec Violetta. Bientôt, ce n’est plus lui qui chante, c’est Alfredo. Il lui passe le relais ou Alfredo prend les commandes :
«Alfredo continua de chanter à ma place. Il aborda la redoutable Cabaletta du deuxième acte, comme je l’aurais fait, avec détermination. » Si la fusion ne cessait pas, ce serait la démence, aussi, à la mort de Violetta, Alagna a repris le contrôle. C’est lui qui est triste et pas seulement de voir cette pauvre jeune femme sur son lit de mort :
«Je n’avais pas envie de me dépouiller des vêtements d’Alfredo, de retrouver ma condition humaine. Un héros, même s’il n’est pas héroïque, est meilleur qu’un homme. Les bravos me ramenèrent à la raison. »

Incroyable Alagna !
À vingt-cinq ans, les applaudissements auraient pu lui faire perdre la tête, ils le ramènent à la raison. Il n’a pas changé. À Glyndebourne, il avait prévenu les organisateurs, avant de signer son contrat, qu’il irait, avant la première, disputer le concours Pavarotti à Philadelphie.
Vingt-cinq ans plus tard, toujours avec Alfredo il réalise le même exploit, chanter en descendant d’avion, ignorer le jet lag, mépriser la fatigue, aller toujours plus loin au bout de soi.

 

 

© texte et photos Jacqueline Dauxois

 

 

Une réflexion sur “L’Alfredo de Roberto Alagna et Puccini in Love, annonce

  1. Je suis depuis 1994 cet artiste à part , exceptionnel qui est arrivé comme un extraterrestre dans le monde lyrique , j’ai lu aussi beaucoup d’écrits le concernant , certains « critiques  » répétant en bien ou en mal ce que les autres ont écrit avant eux et j’avoue que lorsque j’ai lu votre livre , j’ai été émue , j’ai ri , retrouvé les sensations vécues lorsque j’ai eu la chance d’ assister à quelques répétitions ! J’ai compris alors pourquoi il avait accepté que vous fassiez ce livre , car il y a des choses en commun entre vous , la pudeur , la discrétion , le professionnalisme le respect de chacun . Tout cela transparait tellement vrai dans vos commentaires , et vraiment j’apprécie beaucoup !

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