Aleksandra Kurzak et Roberto Alagna dans Madama Butterfly, concert opéra à Varsovie

JOUR MOINS 5

Le 11 juin 2019

Paris CDG, Varsovie Frédéric-Chopin, taxi, hôtel et, sans défaire la valise, trouver le Studio Théâtre, 1 place Defilad, où les ouvriers montent la scène où va se jouer Madama Butterfly.


Largement ouverte sur la triple ceinture d’arbres, d’avenues où circulent voitures, bus et tramway en flots discontinus, et l’alignement, au loin, des façades modernes, la place est fermée d’un côté par la muraille de pierre du plus haut gratte-ciel de Pologne : le Palais des Arts et des Sciences avec ses ailes qui s’avancent occupées par deux théâtres jumeaux.

Le concert va se donner au centre de cet espace où cinq mille spectateurs verront, au-dessus des chanteurs, cette façade embrocher le ciel de sa pointe. 

Aleksandra Kurzak est Polonaise, dans quatre jours, ici, avec Roberto Alagna, elle va interpréter Puccini, tournant le le dos à un monument stalinien surgi d’une période tragique que les films de Wajda ont passionnément racontée.

Dans l’entrée du théâtre, on ne voit que l’affiche de Madama Butterfly qui se détache dans la pénombre d’un café dont la grande salle communique avec la billetterie du Studio.
En ressortant, dans la chaleur d’un été torride, les ombres du passé sont en fuite, la place est gaie.

Deux générations ont coulé depuis la construction du gratte-ciel, la troisième est celle de Malèna, la fille du couple de chanteurs le plus glamour de sa génération : Aleksandra Kurzak, la Polonaise, et le Français Roberto Alagna. Pour elle, la place Defilad c’est la scène où ses parents chantent Madama Butterfly, rien d’autre, elle n’a pas un regard pour le vieux colosse de pierre qu’un jour elle trouvera kitch et amusant.

Puccini n’aurait pas désavoué les sous-entendus politiques du décor, lui qui, dans Butterfly, sous prétexte de japonisme, abandonne le sujet du conflit social qui a fait le triomphe de La Bohème et de Tosca, pour aborder le grand thème de l’avenir, celui du conflit racial.  C’est tellement nouveau que Butterfly sera d’abord boudé.

JOUR MOINS 4

Le 12 juin

C’est dans le Studio S2, où ils vont répéter tout à l’heure, qu’ils ont enregistré leur disque Puccini in love.

Une heure en avance, de peur d’être en retard, il n’y a personne encore. Mais avec une tête à venir pour Butterfly, on vous conduit tout de suite dans la salle, déserte pour le moment, belle comme tous ces endroits où se crée la beauté. La double porte ne se cadenasse pas derrière vous si vous sortez, donc exploration des couloirs.
Est-ce qu’ils ont une loge ici, pour faire leurs vocalises avant la répétition ? Non, ils n’en n’ont pas, donc ils ne viendront pas une heure avant.
Dans le studio, les musiciens commencent d’accorder leurs instruments.

Ci-dessus, en haut, à gauche, Roberto Alagna avec le chef, Marcello Mottadelli, on aperçoit derrière Andrzej Dobber (Sharpless), à droite avec Dionizy Wincenty Placzkowski, (Yamadori).
En bas, à gauche avec Monika Ledzion-Porcyńska (Susuki) et Marta Brzeińska (Kate Pinkerton), à droite Placzkowski avec Roberto Alagna et Aleksandra Kurzak.

Ils vont arriver.

Lui, on connaît son Pinkerton : il apporte à un personnage auquel le livret aurait pu donner davantage d’épaisseur, et qu’on attend longtemps après le premier acte, une réalité et une consistance charnelle qui le rendent bouleversant.

Elle, on n’a jamais entendu en entier sa Butterfly qu’elle aborde avec tout son courage et son intelligence de la musique et de la scène.

La répétition déroule le rituel d’un mystère, porteuse d’une intimité unique à travers la musique, révélateur de l’être. Quelque chose se donne ici et nulle part ailleurs, dans les échappées vers ce qui sera le spectacle et vers ce qui ne le sera pas. Aleksandra et Roberto échangent des regards, c’est entre eux l’âme de la musique qui circule et le bonheur qui en découle envahit tout le monde : le chef, efficace et détendu, les solistes, les musiciens, les chœurs, tout resplendit parce qu’ils sont resplendissants.

Dans une robe bouton d’or achetée à Vérone, où elle essayait les costumes de La Traviata, Aleksandra, pour la première fois, assure le rôle en entier. Elle a appris seule la partition, conçu le personnage et trouvé en elle les coïncidences qui rendent universels les sentiments d’une Japonaise des siècles passés. On imagine son bonheur, dans ses moments de doute, de pouvoir en parler avec son mari qui a chanté Pinkerton pour la première fois au Met, au lieu de l’Andrea Chénier qui était programmé – qu’il vient de donner au ROH.

La répétition terminée, où elle a assumé ce rôle qui a fait reculer plus d’une chanteuse, elle essaie ses kimonos.   

Essayage, mais n’est-ce pas un concert ?
C’est un concert avec des costumes. Donc, on espère échapper à des mises en scènes indigentes, vulgaires, fausses, détraquées, tarées, aux costumes sempiternels des années 50 qu’on arrive à ne plus pouvoir supporter, aux vidéos, et que rien ne viendra abîmer le rêve qu’on est venus faire avec eux.

JOUR MOINS TROIS

Le 13 juin 

L’équipe de Madama Butterfly, place Defilad.

À 14 h, conférence de presse sur la Place, où scène et gradins continuent de pousser.
En plein air donc, par 32°, mais à l’ombre du Palais et sous des parasols. Le vent s’est levé. Dans nos hybrides, on a tous reçu l’annonce d’une tempête dans la soirée, le conseil ne pas rester dehors, surtout pas sous les arbres des parcs. Que la tempête déracine la ville aujourd’hui, si c’est de son goût, mais que samedi soir, il fasse beau !

Conférence en polonais (Aleksandra) et en anglais (Roberto), suivie par des entretiens avec les télés, tous les deux ensembles ou chacun de son côté, ensuite photos personnelles.
Deux jeunes filles sont venues du Japon, photos et selfies avec elles.

Le soleil a tourné. Les moustiques s’activent.

Sur scène, répétition de la mort de Butterfly.

Alagna, très Pinkerton déjà, tout en blanc, une petite ancre de marin brodée sur le tee-shirt, une casquette, s’assied au fond et regarde.

Dans le livret, l ‘arme avec laquelle Cio-Cio-San se suicide est un couteau ou un poignard, remplacé ici par le sabre avec lequel son père s‘est tué, le geste sera plus ample et mieux visible. Mais la dimension de la lame pose un problème que personne ne résout à la satisfaction d’Aleksandra qui cherche un geste parfait. Pour finir, c’est Roberto qui lui fait voir comment faire passer la lame du devant du cou à l’arrière pour donner l’illusion de se trancher l’artère. Encore un peu inquiète, Aleksandra lui fait remarquer qu’elle a les bras moins longs que lui pour manier une si longue lame, mais elle refait exactement le geste qu’elle lui a vu faire et réussit d’un coup.

Pendant ce temps, leur enfant est arrivée, petite elfe qui se blottit dans les bras puissants de son père avant d’aller s’accrocher à la robe de sa maman.

Le soir tombe.
Beau le jour, la nuit magique, l’échafaudage en voie d’achèvement a fini de se hisser, encadrant la scène. Les touristes circulent autour.

La lumière décline, pas la température, un petit vent se lève. Il se fera tempête à trois heures du matin. En pleine nuit, Varsovie se réveille sous des trombes.

JOUR MOINS DEUX

Le 14 juin

La veille du concert, le matin, un SMS : « Répétition générale ce soir 7 h 30 ».

Mais… ils ne peuvent pas répéter la veille du concert, surtout pas Aleksandra qui est en scène tout le temps.

Certains chanteurs sont costumés et/ou maquillés. Aleksandra et Roberto ne sont ni maquillés ni en costumes.

Alagna est toujours étonnant à ces moments où l’univers d’une représentation est décalé, où le réel du présent télescope une réalité future, où il ne reste qu’un seul élément stable : la musique. Il est à ce point musique, lui, et porté par les sons qu’on a l’illusion qu’il les fait naître, même s’il ouvre de fréquentes parenthèses pour s’occuper du retour et mettre au point les derniers détails avec Aleksandra et le chef. Il est comme un surfeur, la vague monte et il monte avec elle et il tourne avec elle en apesanteur, la tête en bas au sommet de la boucle qui se retourne.
On n’a jamais rien vu de pareil : un homme, un ténor changé en musique.

Ils ont répété l’acte 1 et la fin.
Après leur départ, l’orchestre, les chœurs et les autres solistes, reprennent sans eux.

JOUR 1 LE CONCERT

Le 15 juin

Le plateau central est flanqué d’échafaudages qui délimitent deux plateaux plus petits. Au-dessus des plateaux, trois écrans. Donc, des vidéos. Toutes n’ont pas la même intensité ni la même nécessité, mais certaines contribuent à la magie du spectacle comme le duo, chanté sur le plateau central, surligné par des projections géantes des visages des chanteurs, prises en temps réel, dans un cadrage différent de ce que l’on voit sur scène. Les éclairages, le double mouvement, sur le plateau et à l’écran, créent un écho de poésie à la beauté du chant. Et lorsqu’Aleksandra Kurzak chante seule, côté jardin, la captation montre son visage sur les écrans latéraux, on pourrait en avoir la tête qui tourne, au contraire, on est séduit par la dynamique de cinéma créée autour de son visage enjaponisé, géant, dont l’étrangeté est accrue par les tubes métalliques qui forment autour d’arbitraires cadrages.

Pinkerton c’est Alagna, son sourire, sa joie, son humour et le surgissement, derrière le cynisme, d’une amoureuse tendresse qui annonce ses remords déchirants de la fin, lorsqu’il comprend ce qu’il a fait.

Le personnage ici, c’est Pierre Loti lui-même.
Dans Madame Chrysanthème, le marin romancier raconte un authentique épisode amoureux de sa vie.
Le mariage au mois est si stupéfiant pour un Occidental que Belasco en a tiré une pièce : Madame Butterfly, a tragedy of Japan et que Puccini, qui assiste au spectacle à Londres sans comprendre un mot d’anglais, s’enthousiasme, veut acheter les droits, écrire un opéra. Le roman de Loti a déjà inspiré la pièce de Belasco, un ballet à Alain Rawsthorne et un opéra à André Messager, pas de quoi arrêter Puccini, pas plus que le succès de la Manon de Massenet ne l’avait détourné de composer Manon Lescaut.

Loti n’avait pas le cynisme conquérant de Pinkerton, il n’aurait pas chanté America car il affirmait respecter les particularismes des peuples étrangers. En toute bonne foi, se croyant fermement anti-colonialiste, il se comportait exactement comme Pinkerton et profitait dans chaque port de « l’évangile facile » dont il tirait un roman, après, lui qui contrairement à Pinkerton était un impénitent récidiviste de l’aventure de l’au-delà des mers.

Le duo laisse pressentir le changement de Pinkerton, trois ans après. En débarquant à Nagasaki, la première fois, il est très jeune, bouillant, ardent, conquérant. Les mœurs japonaises lui permettent de réaliser en toute impunité le rêve des amours d’escale qui, dans d’autres pays, pourrait lui couter la vie, il est marin et il le sait. Il se précipite dans le bonheur éphémère, comme Loti l’a fait, sans scrupule.


Mais Alagna, le cynisme ne lui va pas : il prend son héros au jeu et, même dans le provisoire, il aime pour de bon. Son chant de séduction qui conclut le duo s’achève dans l’illusion d’une passion partagée. Il y a partage, mais sans équivalence possible entre la tendre passade d’une escale qu’il envisage de vivre au Japon sans renoncer à son désir, rentré chez lui, de s’unir à une Américaine et l’amour d’éternité que lui porte la petite Japonaise. Sharpless le met en garde contre le mal qu’il peut causer, mais il est trop trop jeune et insouciant pour prendre la sagesse au sérieux. Il est trop inexpérimenté pour imagine qu’une aventure, dont naît un enfant, peut vous changer le cœur. Enfin, il ne voit pas que l’ombre de la mort a déjà effleuré Butterfly qui apporte dans la maison d’amour, avec ses trésors de jeune fiancée, le sabre avec lequel son père s’est tué.

Butterfly est une enfant, on lui donne dix ans, l’âge des poupées, elle en a quinze, celui de Juliette. Lui, il est en face d’une fleur qui n’est pas éclose, elle devant un officier qui l’installe comme sa femme dans une maison qu’il a les moyens d’acheter (il la loue et ne s’occupera plus de la manière dont elle parvient à survivre, cela ne lui vient même pas à l’idée). Elle ne peut pas ignorer que leur contrat de mariage est pour un mois renouvelable, mais elle se croit aimée comme elle aime elle-même. Elle a renoncé à sa religion pour son bel officier qui a promis de revenir lorsque les rouge-gorge font leurs nids. Même la malédiction de son oncle le bonze le jour de son mariage n’altère pas le bonheur de celle qui se dit une fiancée impatiente, la plus heureuse du Japon et du monde.

Comme elle a refusé d’admettre que son mariage était à durée limitée, avec le même amour obstiné qu’elle a voué une fois pour toutes à Pinkerton, disparu depuis trois ans déjà, elle repousse les avances d’un prince prétendant, qui la tirerait de la misère et refuse de croire que son marin ne reviendra pas enchanter ce qu’il appellera leur fioirto asil di letizia et d’amor.


Elle qui l’attend avec leur fils dans la maison des fleurs, de la joie et de l’amour, elle est portée au comble de l’espoir quand un bateau américain accoste et que le consul reçoit une lettre de Pinkerton. Puccini lui a écrit l’un des plus beaux chants d’amour, d’attente et d’espérance, et, dans ce bel di vedremo, Aleksandra Kurzak a donné des frissons à la nuit de Varsovie. Elle a fait monter l’intensité de l’émotion par la beauté déchirante de son chant, passant d’une tendresse délectable à un désespoir sans retour, montrant l’attente trahie et l’amour passionné qu’elle déclare à leur enfant – qu’elle lui donne puisqu’il vient le chercher. Et ces mots : Dormi, amor mio, dors mon amour, qu’elle prononce avant de se tuer, à travers l’enfant, elle les adresse à ce mari remarié en Amérique, absent mais présent, incarné par leur fils pour qui elle sacrifie sa vie.

Et lui, lui dévoré par le remords, lui qui a compris le mal qu’il a causé, à la fin, court vers elle portant le petit dans les bras et appelant trois fois par son nom celle qui l’aimait pour l’éternité.
Pinkerton serrant l’enfant sur sa poitrine fait le geste de toutes les tendresses.
Roberto Alagna, par sa voix, avec ses trois appels du nom de Butterfly proclame que ce nom pour lui désormais c’est celui du rachat. L’enfant qu’il emporte est la part d’éternité que lui lègue Butterfly au-delà de la mort.

A côté de Roberto Alagna, un Pinkerton qui passe de l’insouciance au plus ardent remords et donne à un rôle trop court une vérité poignante qu’il est seul capable d’apporter à ses personnages, Aleksandra Kurzak a été la Butterfly que voulait Puccini. Elle a chanté et joué tout ce qu’exige la musique dans ce rôle écrasant qu’elle a dominé de bout en bout avec une aisance de tragédienne aussi bien que de chanteuse : elle a exprimé la jeunesse, la gaieté, l’humour, la tendresse, le jeu d’une toute jeune femme avec son enfant, ce contrepoids souvent escamoté de la tragédie qui rend le personnage tellement émouvant. Ces qualités étant celles qu’on aime et admire chez Roberto Alagna, leur unique duo a été un exceptionnel moment de grâce.

L’étrange beauté du visage japonais d’Aleksandra, son élégance en kimono, la précision de la gestuelle accompagnant les moments les plus dramatiques de son chant, le charme d’Alagna dans son uniforme blanc, son timbre unique, ont enchanté un spectacle dont la beauté allait au-delà d’un simple concert et ils ont emporté avec eux les spectateurs jusqu’au plus intime des sentiments de Cio-Cio-San et Pinkerton.

Lorsque le chef a posé la baguette, d’un seul élan, avant le retour des chanteurs, les spectateurs se sont levés pour les acclamer.

Il y a eu là un instant suspendu entre deux univers : la musique venait de rendre le dernier soupir, la scène était dans la nuit pour quelques secondes, le public acclamait. Dans le noir, Pinkerton ne lâchait pas l’enfant, Alagna ni Roberto n’étaient revenus sur la terre. Celui qui était là, dans l’obscurité des étoiles, c’était encore Pinkerton.

Après les félicitations officielles, ils ont été couverts de roses rouges, des bouquets et des bouquets qu’ils ne savaient plus comment tenir d’autant que Roberto, pendant qu’Aleksandra était au micro, s’occupait du petit garçon avec tant de tendresse qu’on l’imaginait penché vers sa fille Malèna et Andrea, son petit-fils.

Un spectacle de cette qualité prouve combien une audace intelligente peut servir une œuvre au lieu de la dénaturer et devrait rassurer ceux qui hésitent devant l’austérité des concerts et ceux qui prennent la fuite devant certaines mises en scène.

Le dynamique Marcello Mottadelli a conduit l’orchestre philharmonique de Varsovie. Le chœur à la bouche fermée, qui précède celui des marins avec lequel on revient sur terre, était d’une douceur céleste. Des solistes de haut niveau manifestaient tous l’enthousiasme et de la jeunesse, jeunes et vieux : le baryton Andrzej Dobber, un Sharpless très convainquant, à l’articulation parfaite, profond et grave ; Monika Ledzion-Porczyńska, une Susuki brûlante d’affection pour sa maîtresse, qui voudrait lui ouvrir les yeux pour l’empêcher de souffrir ; Karol Koztowski, entremetteur moins abominable qu’on pourrait le redouter tant le prince Yamadori, Dionizy Wincentu Placzkowski manifeste la ferme résolution de sa fidélité.

JOUR ZERO

Le 16 juin

Hier, le concert a commencé en retard, à deux heures du matin la place s’est vidée, à quatre, le jour se lève.

Avant de partir, on a le temps pour une promenade au parc de Saxe, respirer la relative fraîcheur des arbres, écouter les fontaines, prendre un dernier café place Rynek avant l’arrivée des flots de touristes.
Mais ce n’est pas là que vous conduisent vos pieds, ils vont où ils sont toujours allés depuis le jour de l’arrivée, 1 place Defilad.
Ils vont vous cogner le cœur contre ces échafaudages du rêve qu’on démonte à coups de marteau, ces affiches qu’on retire, ces cinq mille fauteuils de plastique qu’on entasse les uns sur les autres et qu’on embarque dans des containers.

À l’arrière des gradins, où une énorme banderole rouge annonçait Madame Butterfly, le haut a été dégrafé et elle pend à l’envers, agitée par le vent. Des bras articulés d’une machine font descendre les empilements de fauteuils du sommet des gradins dans un camion.

Du portique du Palais, on voit que le démantèlement avance à vue d’œil. Il y a des trous dans la structure. Ils s’agrandissent. Les coups ne cessent de résonner. Par terre, s’entassent les éléments du théâtre éphémère dont la fracassante dislocation ajoute à la nostalgie.
La tristesse est partout, elle est toujours là, après chaque spectacle. Ce n’est pas la fin du monde, c’est la fin d’un monde. Tout ce travail, cette beauté donnés pour un seul soir. D’ailleurs, il y aurait dix représentations, le dernier soir, ce serait la même chose, le même trou qui vous vient dans le cœur.
Il faut partir d’ici, emporter dans la tête et le cœur la beauté qu’Aleksandra Kurzak et Roberto Alagna nous ont donnée hier avec cette Madama Butterfly de rêve.

© Jacqueline Dauxois

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