Quatre livres pour un ténor, genèse des « Quatre Saisons avec Roberto Alagna »

Je ne connaissais de lui que sa voix.
Elle me rendait intacts les héros lyriques de mon enfance, quand ma grand-mème m’inoculait l’Opéra en chantant tous les airs de la terre (à dix ans, je les croyais tous écrits pour sopranos, stupeur et fou rire lorsque j’ai découvert que  » n’ouvre ta porte, ma mie, que la bague au doigt » était la sérénade Méphisto) et ceux du temps fervent des JMF. Il faut dire qu’en ces temps-là, avec le catéchisme et le ciné-club, l’Opéra était le seul endroit où on pouvait rencontrer des garçons. Flirter dans l’obscurité d’une salle, à quinze ans, exaltée par les plus beaux airs du monde, chavirer sous le clair de lune enchanteur des projecteurs vous fait des souvenirs pour une vie entière.


Le courant de la vie cependant me faisait oublier les héros de ma jeunesse. La vie et ses remous, la vie et l’écriture, mon phare.
Pour écrire et rester libre, j’ai toujours exercé des métiers. L’Université a d’abord été un job comme un autre et après, diplômes en poche, les métiers à portée de la main (1). Tout pour écrire en toute liberté. Comme le temps est élastique, il est arrivé que j’écrive deux livres à la fois. De temps en temps, à n’importe quel âge, je retournais à l’Université suivre un cursus qui me tentait, je passais d’autres diplômes, pour changer d’air et m’aérer la tête.

Au milieu de miroirs qui renvoient tant d’images de Roberto Alagna qui sont lui et un autre, dès qu’il paraissait, je ne m’ennuyais plus à l’Opéra. Rien n’est changé. Il monte sur les planches, il fait surgir de lui un être différent de lui, qui lui ressemble, mais n’est pas lui, qui est aussi vrai que lui ou davantage. Au fil du temps, sa voix, sa présence sur scène, faisaient surgir en moi des interrogations sur le mystère de son art. Mais je publiais toujours davantage, j’alimentais ma passion en rencontrant des géants des lettres et des arts : Miller, Durell, Wajda, Castillo, Borgès, Olbryschi, Volkoff etc. et en parcourant la planète, seule avec un guide, loin des circuits balisés. C’était dangereux parfois, j’aimais ça. On n’a qu’une vie, c’est pour l’aventurer quelques fois. Les vacances aux Bahamas, avec moi, au bout de quatre jours, il faut ou renoncer ou me trouver de quoi écrire.
Le temps passe toujours trop vite.
Il passait.

Un jour où je signais le service de presse de la quatrième ou cinquième Reine de Légendes : « Zénobie, reine de l’Orient » (Pygmalion, 2014) et où l’éditeur me parlait de la reine suivante, sans que j’aie rien prémédité – nous sommes dans des univers trop différents, lui la gloire, moi la liberté -, la réponse est partie toute seule : j’avais dit tout ce que je voulais sur les impératrices de l’Antiquité, pourtant je n’avais pas envie d’un roman tout de suite, mais d’un roi, d’un roi vivant : Roberto Alagna.

C’est ainsi qu’a surgi, comme d’un chapeau de magicien, comme un jeu ou comme un défi, en tout cas contre toute attente, l’idée de ce qui allait devenir – après des tumultes aussi impressionnants, bien que d’un tout autre registre que ceux que j’ai vécus sur la route de la soie quand j’entendais tirer derrière les caravansérails où je passais la nuit -, « Quatre Saisons avec Roberto Alagna » (Éditons du Rocher, 2017).

Il existait un livre déjà, écrit par lui : « Je ne suis pas le fruit du hasard » (Grasset). Je ne lis pas ces textes commandés à des célébrités.
Je ne l’avais pas lu quand je l’ai rencontré. Mais son livre n’a rien de fabriqué, c’est un récit authentique et touchant, avec des pages superbes sur son métier, dans lequel on entend sa voix. Aujourd’hui, mon exemplaire est couvert de notes, un jour peut-être je lui demanderai de me le dédicacer, je suis bien arrivée à lui demander des photos avec moi. À l’époque, je voulais faire mes découvertes sans écran interposé. Je ne savais rien de sa personne, sa vie, son état civil, rien, je voulais approcher de l’être ni de l’avoir ni du paraître, et j’étais à la pointe extrême d’une position extrémiste en soi. Mais je savais de lui ce qu’il livre sur scène, l’essence de l’artiste qu’il est.

Pourtant les « Quatre Saisons » ne sont pas le deuxième livre au ténor consacré, c’est le troisième. J’en ai publié un autre avant. Je veux dire un autre sur lui car pour le reste j’en avais déjà publié plus de trente, sans parler de ceux signés sous des pseudonymes.
L’autre, « La Lettre à Malèna » (chez l’auteur), est un texte très court échappé du petit ordi entre les répétitions.


C’était à Orange, pendant son premier Otello que, peut-être, j’avais imaginé découper Roberto Alagna en rondelles pour n’avoir jamais affaire qu’à Alagna. Et le voilà qui arrive escorté de la soprano polonaise Aleksandra Kurzak, et d’une poussette contenant leur bébé. Une minuscule si sage, jamais je ne l’ai entendue pleurer et Roberto dit qu’Ornella petite, sa fille aînée, était, elle aussi, adorable. Alors, j’ai vu le père à travers les yeux du bébé, un éditeur réclamait ce livre, mais qu’il soit didactique, destiné à l’édification des enfants et que j’enlève les passages trop lyriques sur le ténor. En un mot que je change mon regard sur lui (découvertes, émerveillements, inquiétudes et tourments aussi grands que les joies), et que je mette les mots au garde-à-vous. J’estimais lui devoir un livre, à ce moment justement, et voulais le lui donner pour Noël. On était en septembre, trop peu de temps pour trouver un autre éditeur dans un Paris en convulsions. Je l’ai publié, moi. Je n’avais jamais fait ça. Il y avait des émeutes partout, l’imprimeur était à Saint-Denis où des quartiers flambaient. Le livre est paru tout de même. Avec cette photo que j’avais prise au vol à la sortie d’une répétition d’Otello, avec un matériel qui ne m’était pas encore redevenu familier depuis dix ans que je ne faisais plus de photo, où il tient son bébé contre lui.

Deux ans après la « Lettre à Malèna », est paru « Quatre Saisons avec Roberto Alagna ».
Un jour, sur Radio Classique, Roberto Alagna en a parlé. Il répondait à un journaliste qui lui disait :
« Une de vos fans vient de publier une biographie après vous avoir suivi de près pendant plusieurs années. Vous êtes sans doute le chanteur ayant les fans les plus fervents, cela ne vous fait pas peur parfois ? »
Et Alagna :
« Non, ce n’est pas tout à fait cela. Il ne s’agit pas d’une de mes fans mais de Jacqueline Dauxois, un écrivain qui a déjà publié une trentaine d’ouvrages – romans et portraits de personnalités, contemporains ou historiques – dont plusieurs ont été largement traduits ou portés à l’écran. Elle a souhaité me consacrer un reportage documentaire qui n’est pas une biographie, mais le fruit de dix-huit mois d’observation personnelle. Elle a construit son récit selon le cycle des saisons. Elle a pu analyser mon travail, ma façon d’approcher mes rôles, observer les coulisses, les plateaux, montrer l’envers du décor et pénétrer les lieux habituellement interdits au public dans les théâtres de légende qui m’accueillent. Son livre fourmille d’anecdotes, j’y ai même appris des choses sur moi-même » (https://www.operadeparis.fr/saison-16-17/opera/carmen).

Le quatrième, « Mon Dictionnaire intime » (Le Passeur), est de lui. Comme dans le premier, on le retrouve dans ses pages et on croit entendre sa voix.

Quant à moi, après les « Quatre Saisons avec Roberto Alagna », avant la sortie de son Dictionnaire intime, j’ai publié aux éditions Michel de Maule « le Péché du roi David » et, le 9 avril de cette année , sans le covid, chez le même éditeur, je sortais en librairie, un roman : « le Mémorial des anges oubliés », reporté en septembre.

Alors, direz-vous, le cinquième sur Alagna, c’est pour quand? Eh bien, mystère…

(1) Mes diplômes universitaires :
-Doctorat de troisième cycle en littérature, félicitations du jury, (la Sorbonne, Paris),
-Sciences Politiques , mention très bien (Aix-en-Provence),
-École du Louvre (Paris),
-DEA de cinéma (Paris),
-Théologie dogmatique (Paris),
-Bioéthique médicale (Marseille).

© Jacqueline Dauxois

13 réflexions sur “Quatre livres pour un ténor, genèse des « Quatre Saisons avec Roberto Alagna »

  1. Enfin nous apprenons un peu de la vie et de la façon de travailler d’un écrivain. Les « Quatre Saisons » nous avaient déjà montré le sérieux et l’enthousiasme que Jaqueline met dans son travail .

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