« Le Mémorial des Anges oubliés », mon prochain roman

Ci-dessus, la quatrième de couverture.

Le sujet du Mémorial des Anges oubliés : celui de notre temps, le terrorisme.

LA GRANDE PÂQUE RUSSE


J’en ai déjà parlé dans un roman, publié en 2004, aux éditions du Rocher, la Grande Pâque Russe. Bien sûr, j’ai choisi le titre en pensant à Rimsky-Korsakov, j’étais allée sept fois en Russie, avaler le pays, du Bolchoï à Arkhangelsk, du Ladoga à la steppe. Je vivais à l’intérieur de mes personnages, j’étais l’impératrice imaginaire et le prince déjanté Sokolnikoff et Frédéric le petit diplomate français tout mignon et j’étais l’affreux turc incestueux.
Sur la quatrième de couverture on lit :

« La grande Pâque russe raconte la lutte contre le terrorisme islamique dans une Russie imaginaire, où d’étonnant personnages vont nous entraîner à la reconquête de Constantinople. Une impératrice russe  de vingt ans ; son héritier, une enfant aux pouvoirs cosmiques ; un Premier ministre qui finit son existence en pérégrinant pour laver sa vie du sang qu’il a  versé ; un prince sensuel, débauché et mystique dont la voiture explose pendant une mission secrète à Istanbul ; un fol en Christ , une prostituée noire, une diseuse de bonne aventure, un régicide de dix-sept ans , un français désenchanté, la fille du président de Turquie violée par son frère, de massacres, des noces, de somptueuses cérémonies, des démons et des anges illustrent cette histoire de politique-fiction, d’amour, d’espionnage et de guerre. »

Les quatrièmes sont toujours à côté. Les miennes en tout cas, tout sonne faux. Elles résument et ne résument pas. Comment voulez-vous parler du contenu d’un livre?

VIVRE, ÉCRIRE

Je ne relis pas mes livres, en recopiant cette 4ème, j’en ai envie, je n’aurai pas le temps, il me reste tant de chef d’œuvre à lire et à relire.  Quelqu’un, hier me parlait du Manteau de Gogol, je l’ai oublié. La Grande Pâque russe est un  roman flamboyant. Trop gros, comme je les aime. Il me donne envie de repartir sur la route de la soie et de vivre comme alors. Que la vie soit une aventure, que l’aventure se change en livre. Boire à nouveau le jus noir des mûres  de la vallée du Ferghana, tremper les pieds dans le Syr-Daria, être battue à coups de cannes par un vieillard indigné sur le marché de Samarkand, et pourtant l’appareil était dans mon sac, attendre la décrue d’un fleuve qui débordait partout dans un train pourri aux confins de la Chine du Sud Ouest sans voir venir la décrue. Rêver comme un casse-cou alors que je suis si bien dans mon jardin. Mais c’est faux.  Je ne suis pas bien sans bouger, sans aller voir l’autre côté du monde. Je vis comme je vivrai dans mes vieux jours. J’y suis aux vieux jours. C’est ce que dit mon passeport. Il ne dit pas que je travaille comme à trente ans. Que la tête fonctionne comme une turbine. Que le corps grimpe dans les arbres pour les tailler, refait l’enduit d’un mur, fait ses 900 m de dénivelé en deux heures, du dos crawlé, de la bioéthique médicale, des reportages, dessine, photographie, écrit, écrit, écrit. Rester en place est un fardeau. Ce qui me console, c’est qu’à la place des caravansérails, ils ont construit des cinq étoiles, piscines et spas, pour tours organisés, que de la Chine de Marco Polo et ses quartiers en bois, rien ne reste et qu’au Ferghana on trouve peut-être des cars de touristes avec le jus de mûres en carton stérilisé. Avec tout ce que j’ai mangé et bu, je n’ai jamais été malade, jamais rien attrapé. Comme dans les coulisses, il ne peut rien m’y arriver de mal. Mais il n’y a qu’à Bilbao que les machinos le savent. Ailleurs, ils me font filer et m’attrapent. Si tout est touristifié, jamais les mariés de Boukhara n’inviteront une étrangère à leur repas de noces. Ni le marchand de tapis sous sa treille. C’est pour ça d’ailleurs, que je me suis fait la même ici.

ÉCRIRE, LA DROGUE DES DROGUES, SANS AUCUNE DROGUE

Un très grand a dit que le malheur des hommes venait de leur incapacité à rester dans une chambre. Pour moi, qui suis un transformateur, un transmetteur, le grand malheur est d’y rester. Sauf quand j’écris et je ne vois plus rien que cet autre monde, mais si écrire, c’est posséder le monde,comme je le crois, alors il faut y aller. Après, d’accord, retour dans une chambre pour être par lui possédée, et par ses personnages, hantée.

L’AUTEUR ET SES PERSONNAGES : LA POSSESSION

Des auteurs indiscutables ont récrit la même histoire toute leur vie. J’en suis incapable, je marche à la suite d’autres génies qui ne le pouvaient pas non plus et dévoraient le monde. Ce que j’aime, c’est me fondre dans mes héros et les brasser, ils sont moi autant que je suis eux. Tout est possibles alors, traverser les temps, les âges, les sexes. Mes premiers livres étaient tous des livres d’hommes. Il a fallu qu’un éditeur me demande d’écrire sur les femmes. Je ne savais pas que je pouvais. Je connaissais mieux les hommes et surtout je les aimais.
En état de fusion avec mes personnages, j’habite une autre planète, je ne sais plus les jours, les heures, les mois, j’arrive en avance de huit jours ou en retard d’un mois. Et qu’est-ce que je peux donner comme explication ? Excusez-moi, je suis Sokolnikoff, je suis Alexandra, je suis Marat, je suis Anne de Kiev, Rodolphe de Habsourg, Georgia, Néfertiti, Akhénaton, Laura… N’importe qui ayant fréquenté la science-fiction vous dira qu’on ne passe pas si facilement d’un monde à l’autre, moi c’est d’un monde à l’autre et, en plus, d’un personnage à l’autre, j’en ai créé des centaines, je les ai créés à partir des vrais, mais reconstruits, à la recherche de leur vérité, les masques tombés, avec eux, je connais chaque fois cette prodigieuse fusion.

LA FUSION DE L’AUTEUR AVEC SES PERSONNAGES

Cela fait que j’ai du mal avec les horloges et les calendriers, un jour à Venise j’ai raté le bateau, j’étais avec le doge qui lançait son anneau dans la mer. De gondoles à touristes, il n’y en avait plus, d’ailleurs il n’y avait plus un seul touriste, je déambulais dans une fresque de Tiepolo, tout le monde dans les vicoli, les piazzette, les sottoporteggi, auprès des puits, sur les canaux rongés, absolument tout le monde sortait des tableaux de l’Academia. Ou alors c’était le jour où les marins débarquaient le corps de saint Marc de derrière les tonneaux de porc où ils l’avaient caché des musulmans. Forcément, il n’y avait plus de temps. Si encore ça m’était arrivé une seule fois. Maintenant, comme je n’ai plus personne pour m’expliquer où j’en suis avec le temps normal, je fais très attention avec les transports, parce qu’être coincée à Tachkent ou dans les Tata Somba, c’est amusant si ça ne dure pas trop longtemps et si les autorités ne vous menacent pas de toutes sortes de représailles avec leurs formalités.

LA FUSION DE LA CRÉATION, LA TRANSE

C’est seulement au comble de l’amour, qu’on peut connaître cet état second, et encore pas toujours et surtout, en amour, c’est court, tandis que dans l’écriture on peut y passer des jours et des nuits, en réalité, on peut vivre dans cet état le plus clair de sa vie. Cette fièvre est noire parfois. Si obscure et sans une lueur d’espoir. On se dit alors qu’on va mettre un terme. On le fait. Dans la vie plate, je ne tiens pas. Je retourne là-bas.

MON HUITIÈME ROMAN CONTEMPORAIN

Le Mémorial des Anges oubliés, donc mon huitième roman contemporain, c’est l’autre face du terrorisme, l’insidieuse, dont on ne se méfie pas.
Au lieu de brasser des personnages extraordinaires dans une vision épique de la réalité, c’est une plongée sous les eaux calmes de la baie des Anges, pour voir ce qu’il y a dessous. Au centre de l’histoire, Laura, souvenir d’une chanson, une gamine avec de bonnes raisons pour disjoncter, comme tant d’autres. J’aurais appelé le roman : l’Amour terroriste.

GENÈSE

Ce livre, je l’ai écrit il y a dix ans. J’ai tout récrit l’année dernière.  Il y a  dix ans, personne ne pouvait ignorer l’existence du terrorisme en France. Nice était une ville dans laquelle il ne se passait rien, sauf l’installation d’un tramway. L’idée était trop bonne. Il ne fallait la donner à personne. Lorsque le camion a fait un massacre en 2016, sur la Prom’, j’ai récrit mon roman et repris mon idée de faire exposer le Carnaval, meilleure que celle du camion. Je ne dis pas comment je l’ai tout refait, sinon personne n’achètera le livre.

LA MUSIQUE DANS CE ROMAN, ce sera un autre article

À LIRE SANS ATTENDRE UN MOIS, LE PREMIER CHAPITRE DES « ANGES ».

Ce qui est curieux et qui sait, prémonitoire, c’est que pour la première fois, j’ai mis ma maison dans un livre et que c’est dans cette maison que je me suis réfugiée pendant l’enfermement.

Au premier plan, l’oranger sicilien,
dont il est question dans le roman.

Avec la permission de mon éditeur, Thierry de la Croix, ci-dessous vous cliquez et vous lisez le premier chapitre du Mémorial des Anges oubliés.

https://www.jacquelinedauxois.fr/wp-content/uploads/2020/06/Dauxois-1-16.pdf

© Jacqueline Dauxois

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