L’Auberge des trois Empires de Nicolas Saudray





Nicolas Saudray, qui vient de publier aux éditions Michel de Maule L’Auberge des Trois Empires, son treizième roman, est aussi dramaturge, auteur de pièces qu’on aimerait voir à Paris. Une carrière publique ne lui permettait pas vraiment de signer des romans, de sorte qu’il a mené une carrière de grand commis de l’Etat en parallèle avec celle d’écrivain. Cet auteur secret, amoureux d’un château-fort qu’il a passé une partie de sa vie à restaurer et à protéger des éoliennes, navré que les cigognes n’y viennent plus nicher, cet homme d’une culture universelle, maniant un humour qui peut devenir cinglant, qu’on rencontre aussi bien aux générales d’opéras contemporains que sac au dos sur les sentiers de grande randonnée du Mercantour ou de l’Himalaya, on ne l’approchera jamais de si près qu’en lisant ses livres.

Mais, amateurs de romans- trottoirs, prenez garde et fuyez ! cet auteur n’est pas pour vous. Si vous aviez l’imprudence de le lire, vous pourriez découvrir dans cette Auberge des Trois Empires un monde dont vous auriez du mal à vous passer, qui plonge au plus lointain des légendes de notre civilisation et de l’inextricable écheveau de l’histoire des Balkans pour les transporter dans un univers contemporain entièrement revisité.  

En dépit des interdits qui frappent la région dévastée par un séisme et où on attend le prochain qui achèvera de la détruire, Efflam, le narrateur,  s’introduit à pied dans une province désertée de l’ancienne Yougoslavie. Il pénètre par effraction dans l’auberge des Trois Empires, cadenassée,  rendue bancale par le tremblement de terre. Il découvre bientôt, dans un décor magique où la montagne tombe à pic dans la mer, créant des calanques profondes, les rares survivants qui refusent, en dépit du danger mortel et des ordres de la police, d’évacuer les dernières maisons encore debout.

Aimanté par l’amour qu’il éprouve pour Rovanna, et vainqueur d’un rival à la fois génial et pataud, Efflam pourrait rester. Mais il a réservé une place dans un avion qui doit le ramener à sa « fiancée » bretonne ». Comment s’arracher à l’influence magnétique de ce savant fou qui sonde les abîmes en cherchant à prévoir la prochaine secousse tellurique ? Comment savoir s’il est vraiment aimé de l’étrange Rovanna qui se promène pieds nus et trait ses vaches, ou s’il n’est pour elle qu’une diversion dans une vie de sacrifices ?

Efflam s’en va. Il reviendra pour découvrir que tout a changé, et qu’il ne peut lutter contre un insurpassable concurrent.

Aux confins d’une Adriatique charmeuse et de Balkans lourds de sang, Nicolas Saudray nous entraîne dans une ville-fantôme qui n’est autre que notre rêve intérieur.

© Jacqueline Dauxois

Jacqueline Dauxois autoportrait

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *