Promenade à Barcelone : une maison signée Gaudi ou grand écart entre les arts

GRAND ÉCART ENTRE LES ARTS

« L’originalité consiste à revenir à l’origine, de sorte qu’est original celui qui, avec ses propres moyens, revient à la simplicité des premières solutions.  »
Antoni Gaudi



Au départ de Paris en pleine nuit, le chauffeur coule une durite. Changeant de véhicule en courant sur la place la plus trouée de Paris, la valise qui se jette dans un trou m’envoie au tapis, service pour éclopés à Orly, avec suivi à Barcelone, tout roule. Ce soir, c’est la Générale de Cavalleria Rusticana et Pagliacci au Grand Theatre del Liceu, je suis venue pour ça, et comme je choisis chaque fois l’hôtel le plus proche de l’Opéra, un peu de lest au scratch de la chaussure et tout va bien. Je boite. Mais ça, La Vallière aussi boitait.

LA BEAUTÉ EN CONSERVE

Le théatre del Liceu, à la sortie de la Générale et l’affiche du spectacle pour lequel je suis venue.

Après la Générale, dans ma chambre, pendant que l’ordi recopie une carte mémoire, je fais défiler les photos d’une autre sur l’écran de l’appareil. Comme d’habitude, sur le moment, je les trouve les trouve toutes exécrables. Au début, j’effaçais tout, j’en gardais dix sur deux cents, au fond, c’est suffisant. C’est de la conserve, tout ça, et avec de la conserve je n’arrive pas à restituer la beauté vivante dans sa fuite perpétuelle.

La page de titre de mon site.

Après une Générale, j’ai chaque fois deux jours de bagarre avec les photos. Les quarante-huit heures qui ont suivi celle-ci, j’ai fait comme la pluie, elle tombait sans trêve, j’ai trié sans arrêt : photos, photos, photos, trier et envoyer. Je suis incapable d’aller vite, il me faut du temps pour m’habituer à l’insuffisance du reproduit, sans compter qu’en déplacement, le petit ordi n’est pas très performant et que les connexions des hôtels, valables pour les mails, sont nulles pour travailler.

Dans l’océan des photos, je faisais deux escales par jour, le matin, au café, le soir à la Boqueria, et j’allais saluer à deux pas, cette place, cette église, ces palmiers, les mendiants au pied (photo ci-dessous). J’en ai beaucoup voulu à ma cheville, bouffie comme un gigot, qui rechignait à se promener.

Pour la Première, trois jours plus tard, cocktail en chaussures de marche et scratch défait, mais il y avait tant de monde qu’on ne se voyait pas les souliers et, dans la foule catalane, courtoise et civilisée, nul ne m’a fait choir ni écrasé le pied.

TOMBER D’UN RÊVE

Le lendemain de la Première, premier jour de soleil et mon dernier à Barcelone.

Mon café, entre le Liceu et la Boqueria.
La Madone, à l’intérieur du café.

Dans mon café rétro, aux murs tapissés de souvenirs, avec une Madone à l’intérieur, presque grandeur nature, qui surveille ce qu’écrit le petit ordi par-dessus mon épaule, j’avais décidé d’oublier les photos jusqu’au soir, de claudiquer d’un café l’autre, savourant le retour du soleil, les flâneries des promeneurs, les récits d’inconnus qui vous racontent des vies comme des romans, dans des langues inconnues qu’on comprend, on ne sait comment, bref, j’allais déguster très doucement, la faute à ce pied, le temps qui coule, s’écoule et fait oublier qu’on est endommagée. Mais, comment tenir en place ? ne pas chercher… chercher à combler…  au fait, quoi ? Quelle étrange absence ? Quel vide méchant qui succède à un moment parfait ? Et d’où vient ce refus buté de revenir à la réalité ? De la peur de se cogner et disloquer comme ces navires interstellaires qui n’arrivent pas à revenir ? Oui… peut-être… Retrouver le quotidien un lendemain d’Opéra, c’est un peu demander à une fusée de feu d’artifice qu’on vient de tirer, de retourner dans son emballage. Elle n’a pas été configurée pour ça. Moi non plus. Alors comment ne pas tomber de son rêve ?

LENDEMAIN DE PREMIÈRE

La veille au soir ou très tôt le matin, vous quittez l’Opéra, la tête et cœur bourdonnants. Impossible de dormir, croyez-vous, mais vous vous réveillez tard, très tard, devinant immédiatement l’embuscade, après ce sommeil venu par surprise, d’un réveil qui va vous précipiter là où vous n’avez aucune envie.

Fleuriste.

Première technique, rien n’y résiste, prendre le petit ordi avant le premier café, entrer dans l’écriture comme dans un palais qu’on ne se lassera jamais de parcourir et le tour est joué.  Mais si un jour on n’écrit pas ? S’il est en panne, le petit ordi ? Si c’est un jour nonchalant, paresseux ?

Sur la Rambla, les affiches pour Cavalleria Rusticana et Pagliacci se balancent dans les arbres.

Alors, le plus joli soleil qui effeuille un platane doré, sauf à un vrai contemplatif, ne suffit pas pour la journée. C’est évident dans ce café où je croyais pouvoir passer le reste de ma vie, mais pas du tout. Le souvenir des héros des Opéras de la veille prenait le caractère obsessionnel d’une plénitude enfuie qu’on veut retrouver, de toute urgence, à toute force, sans attendre la prochaine représentation. La Bérénice de Racine s’inquiète : « Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous ? », mais moi, c’est tout de suite que j’ai l’urgence d’une vacuité à surmonter.

Du café au Palau de Gaudi, on passe devant le Gran Theatro del Liceu.

GILET DE SAUVETAGE

Or, le soleil qui, du bout de ses rayons, tourne les dernières feuilles d’or de la Rambla, c’est la beauté de la nature : elle ne me suffit pas pour combler le vide que laisse un Opéra comme la marée se retire. Une mer déchaînée, peut-être, tiendrait dans la durée, qui sait ?

Quitter un art exige de compenser par une transition. J’ai déjà connu ça, par un matin noirâtre, en sortant de l’hôpital de Soho, je m’en suis tirée avec un Artimage : « Londres avec les lunettes de Turandot », qui s’est fait presque tout seul car l’évidence était à chaque carrefour. Mais voilà, j’ai essayé d’appliquer la même technique ailleurs, en vain. Je m’étais trompée lunettes ou je n’étais pas inspirée ou le gilet de sauvetage de Turandot était à usage unique. Ou encore, et ce serait très curieux, il ne fonctionne, aiguisant des ondes mystérieuses de la correspondance entre les différentes parties d’une personne, le corps et l’esprit, que si on s’est fait un peu mal quelque part. Dans ce cas, supprimer l’une ou l’autre douleur ferait disparaître l’autre ou l’une ? C’est à vérifier.

LE GRAND ÉCART ENTRE LES ARTS

« Il ne faut pas confondre pauvreté et misère. La pauvreté conduit à l’élégance et à la beauté, la richesse à l’opulence et à la complication qui ne peuvent être belles. »
Antoni Gaudi

La solution de la Rambla fut de mettre en correspondance l’art le plus mobile et le plus éphémère, avec le plus durable qui soit.

L’avantage sur l’artimage de Londres, c’est la radicalité, car il ne s’agit plus de compenser l’absence d’un héros en le cherchant là où il n’est pas – et ne peut être -, ce qui était le but en chaussant les lunettes de Turandot pour traquer dans la ville des images d’Opéra, mais de quitter un univers pour un autre, aussi beau et fort, faisant le grand écart entre les arts. Au centre de Barcelone, on a tout à portée de pieds. Gaudi est à côté, celui qui concevait les lampadaires de la fontaine de la Place Royale, amusant, mais aussi celui du Palau Güell qui, lui, est fascinant, et c’est tout près, même en traînant la patte, cela ne fera aucun mal à la cheville, le mal est déjà fait et, à voir comment elle a gonflé pendant deux jours sans quitter la chambre, la laisser sans bouger un mois, c’est trop risqué. L’immobilité ne lui vaut rien. Un aller-retour pour le Palau Güell, elle se reposera après.

On arrive à la porte, aux deux portes plutôt, avant d’avoir réfléchi au trajet. Trois photos, clic, clic, la façade, clic, et on s’en va.

Gaudi. Façade du Palau Güell, rez-de-chaussée, détail.



Si ce n’est qu’une façade pareille, vibrante de mystérieux appels, troublante par l’audace stylistique de ses choix d’élégance, de raffinement, d’intelligence conçus par une inspiration si puissante qu’elle est unique au monde,est une incitation à entrer, d’autant qu’il n’y pas de queue au guichet, personne n’achète de tickets. Trois heures d’attente pour la Sagrada Famiglia et ici pas un chat, mais il faut compter une bonne heure pour la visite annonce le vendeur (aïe le pied), vous ne pouvez pas, dit-il, huit étages d’escaliers du sous-sol à la terrasse et une dernière petite volée de marches pour atteindre un promontoire encore plus haut, avec une entorse, vous ne pouvez pas.

Descente vers le sous sol par l’extérieur.

Ci-dessus : alternance des chapiteaux avec, au fond, l’audace d’une spirale qui permet e gagner le rez-de-chaussée sans passer par l’extérieur.

En remontant, la façade arrière semble jouer de l’éventail.


Non, je ne pourrai pas, alors s’il vous plaît, un ticket ! Pour le prix, dit-il, vous avez l’audio guide. Ah ! ça manquait ! mais rien n’oblige à se mettre dans les oreilles les infos prémâchées.

LE PALAU GÜELL, UNE MAISON-OPÉRA

« Dieu n’a fait aucune loi inutile, c’est-à-dire que toutes ont leur raison d’être ; l’observation de ces lois et de leurs applications révèle concrètement la Divinité. Les inventions sont des imitations imparfaites de ces applications ; dans le monde rien n’a jamais été inventé, la valeur d’une invention consiste à révéler ce que Dieu a mis sous les yeux de toute l’humanité. C’est pourquoi une invention qui n’est pas en harmonie avec les lois naturelles n’est pas viable. Ceux qui cherchent à comprendre ces lois pour s’en inspirer collaborent avec le Créateur. »
Antoni Gaudi

Entrez avec moi dans la maison de Gaudi, et croyez-moi, ne touchez pas à l’audio-guide.

Écoutez parler la maison, les yeux grands ouverts sur le rêve.

Les escaliers, somptueux et légers, grâce au jeu des rampes et des colonnes, au contraste des matériaux et des couleurs.

Vous ne savez rien de Gaudi ? Tant mieux ! Si on n’est pas vide, comment pourrait-on se remplir de beauté ? Il n’y a qu’une chose à savoir sur lui : quand il a eu la commande de la Sagrada Famigla, il n’a pu lâcher son chantier ni le jour ni la nuit, il a abandonné tout le reste, il a construit une cabane et il a vécu au cœur de son chef-d’œuvre en construction. C’est fou, c’est le génie. Savoir cela, c’est tout savoir de lui, alors n’attendez pas, entrez, laissez-vous étourdir par ce songe de pierre, envoûter par la puissance créatrice d’un architecte comme y en a un ou deux par siècle.

« L’excès de lumière électrique risque de faire prétentieux car, quelle que soit sa puissance, elle est toujours ridicule comparée à celle du soleil. »
Antoni Gaudi

Vue d’en haut, la double porte d’or de la chapelle, à droite, la peinture intégrée au décor, à gauche, au lieu d’un mur, une ouverture encore qui allège l’espace.
Un détail du puits de lumière central, au bas duquel s’ouvre la porte d’or.
Le plafond du puits de lumière au centre de la maison.
Un plafond à caissons.
Ouverture sur la rue, qui laisse passer la lumière travers les colonnes et jeu de fer forgé qui orne les fenêtres.

Écoutez comment il fait résonner la brique, les carrelage (dont il tapisse un plafond), les vitraux, les bois, les métaux, comment il bâtit avec les splendeurs d’un Opéra total qui serait à la fois baroque, classique, romantique, wagnérien et contemporain. Du sous-sol à la terrasse ondulée, par une série d’escaliers somptueux, qu’on dirait mis en scène par Orson Welles ou Luchino Visconti, soyez ébahi, ne réfléchissez pas, vous penserez après à la manière étourdissante avec laquelle il a intégré ses connaissances scientifiques à une prodigieuse imagination créatrice, évoquant, du sous-sol au sommet, les colonnes aux chapiteaux lotiformes de l’Égypte ancienne, au milieu desquels il ose un accès en spirale, la porte d’Or de Babylone, les dentelles de pierre et de bois de l’Alhambra, le jeu de la lumière entre les colonnes aériennes de la mosquée de Cordoue, le Moyen-Âge obscur et l’art moderne lumineux, tout en imaginant des ouvertures, à l’avant, à l’arrière – et, au centre, la folle audace d’une trouée intérieure de six étages, puits d’ombres et de lumières qui découpe inlassablement l’espace, toujours différemment, offrant des surprises continuelles – qui s’entrebâillent sur des visions de la ville et cela jusqu’au sommet où, au milieu d’une série de clochetons de pierre, brique et céramique, la ville s’abandonne, proche, avec des plongées abruptes sur les cours des immeubles voisins et lointaine dans le déploiement de ses clochers éparpillés à l’horizon infini.
Ce Palau Güell shakespearien (oui, aussi) est songe (d’une nuit de quatre saisons), il est musique, folie, raison et déraison, le produit d’une culture universelle, la traduction de connaissances scientifiques, mathématiques, industrielles et techniques à une imagination passionnée, l’incarnation du rêve d’un poète, le souffle d’un chant unique transcrit dans une architecture.

La terrasse en plein ciel.

C’est pour écouter cette musique d’un bâtisseur des rêves qu’il faut entrer ici sans audioguide.
Ce n’est qu’avec le cœur qu’on aime et qu’on admire, qu’on fait aussi le grand écart entre les arts, car maintenant, c’est évident, il ne surgira aucun relent de tristesse coincée dans un recoin de l’âme en passant devant les affiches de l’Opéra.

La terrasse, détails.

 « Je vieillirai et ce sera à d’autres de venir se renouveler avec ce projet, cela le rendra même plus grandiose encore. L’œuvre de la Sagrada Familia grandit lentement parce que le Patron de cette Œuvre n’est pas pressé. Dans la Sagrada Familia, tout est providentiel, jusqu’à ma nomination comme architecte. »
Antoni Gaudi

PROMENADE

Les géants.

La question d’un bobo aussi a cessé de se poser. À la tombée du soir, la cheville bancale se mêle à la foule compacte de ce vendredi de décembre, marche jusqu’au Pi, contemple les géants dans le vestibule de la chapelle du Sang, entre sous la nef préparée pour Noël, ressort, flâne sur le marché très encombré, fait escale au bar du Pi, repart pour la cathédrale, explore le cloître aux arcatures fracassées où des têtes de palmiers échevelés se détachent à la place des voûtes effondrées devant un ciel qui fonce, suit le chemin de la crèche, installée à côté d’un troupeau d’oies qui se bagarrent à coups de becs hargneux près d’un bassin, de là, en passant au milieu de présentoirs où brûlent des centaines de cierges de toutes les couleurs, entre dans la cathédrale, visite, ressort, s’englue dans une foule si dense qu’on ne peut plus avancer dans les ruelles étroites bloquées par des files immobiles qui stationnent en attendant une place pour boire du chocolat ou avaler des tapas, et les papas juchent les petits sur leurs épaules sinon on les leur écraserait. Cette nuit, le Gothic est aussi bondé que la Rambla et la nuit est déjà avancée.

Le Christ de la chapelle du Sang.
Vers la cathédrale.
Le cloître.
Les voûtes en ogives.
Un autel baroque.

Dans la foule ne s’éclaircit pas, le coude à coude va se prolonger jusqu’au matin.Sans en avoir la moindre envie, il faut rentrer à l’hôtel et demain repartir.

Le drapeau catalan à côté de l’espagnol.
Entrée Saint-Joseph, l’entrée principale du marché de la Boqueria.

Le marché en train de fermer.
Sous les arcades.
En quittant le marché par une sortie transversale, un mendiant.
Dernier regard sur Barcelone.


Demain, fauteuils à roulettes pour embarquer. La faute aux aéroports, galeries marchandes géantes où j’ai mal à tomber – au lieu qu’en circulant dans un palais de Gaudi je ne sens rien et je flotte, éperdue d’admirer.

« Seigneur punissez-nous, mais consolez-nous ».
Antoni Gaudi

Voir sur le site : « Londres avec les lunettes de Turandot » et « Turandot » :

Roberto Alagna dans Turandot au Royal Opera House de Londres, juillet 2017

Londres avec les lunettes de Turandot

et quatre articles sur « Cavalleria Rusticana « et « Pagliacci » :

Roberto Alagna dans Cavalleria Rusticana et dans Pagliacci avec Aleksandra Kurzak au Liceu de Barcelone, du 2 au 22 décembre 2019

Roberto Alagna dans Cavalleria Rusticana et Pagliacci au Metropolitan Opera de New York, janvier 2018 – Chapitre 1

Entretien avec Roberto Alagna dans Cav/Pag au Metropolitan de New York – chapitre 2

ROBERTO ALAGNA dans Paillasse, au Metropolitan Opera – chapitre 3 – duo avec ALEKSANDRA KURZAK

Les citations de Gaudi sont tirées de Antoni Gaudi, Paroles et écrits, précédé de Gaudi le scandale, par Charles Andreu, l’Harmattan, 2003.

© Jacqueline Dauxois

Roberto Alagna dans Cavalleria Rusticana et dans Pagliacci avec Aleksandra Kurzak au Liceu de Barcelone, du 2 au 22 décembre 2019

RÉPÉTITION GÉNÉRALE AU LICEU DE BARCELONE

CAVALLERIA RUSTICANA

DIVINE SURPRISE

La règle du spectacle est qu’il n’y en a pas. Alors que tout est minuté, millimétré, codifié, que les plannings des répétions sont réglés comme papier à musique, les dates des représentations immuables, le spectacle échappe à toute prévision. Il fonctionne avec l’imprévu et c’est sa force vive : la  surprise peut venir n’importe où, n’importe quand, n’importe comment presque. Sans parler des grèves dans certains pays qui forcent d’annuler des représentations pour lesquelles des amateurs sont venus du bout du monde, les spectacles qui se déroulent normalement sont soumis à cette règle qui n’en est pas une puisque c’est, chaque fois, une surprise. Bonne ou mauvaise. Mauvaise, si la star que venez entendre est malade. Cependant, même grippée, votre étoile peut chanter. Il/elle ne sera pas au mieux de sa forme, mais vous l’entendrez, c’est toujours mieux qu’un(e) remplaçant(e).
Sauf que… le remplaçant, peut être une divine surprise s’il s’agit  de Roberto Alagna. Vous n’en croyez pas vos oreilles, pourtant, c’est vrai. Cela s’est produit plusieurs fois, par exemple, un soir d’Otello, il a remplacé son remplaçant ; mieux encore : au Met, il a remplacé un collègue malade pour une série complète et il a chanté tous les Manon Lescaut ayant appris le rôle en dix jours.

LA SICILIENNE

Au Gran Teatre del Liceu de Barcelone, pour la deuxième série des Cav/Pag de la saison 2019/2020 donnée par Roberto Alagna et Aleksandra Kurzak (après le Staatsoper de Berlin, la troisième sera en avril/mai à Londres), on n’attendait pas forcément une surprise de la production de Damiano Mchieletto (Royal Opera House, 2015). Or, la magie était au rendez-vous, on l’a su, tout de suite, le soir de la générale, le 2 décembre 2019 aux premières notes de Cavalleria Rusticana, tout semblait neuf et un Roberto Alagna, en pleine forme vocale, donnait une Sicilienne, (que ne troublait aucun mouvement sur le plateau), à la ligne de chant d’une pureté qui allait droit au cœur.

Le reste a suivi, dans une émotion que l’entracte n’a pas fait retomber,  jusqu’à la fin de la comedia, parce que, bien sûr, s’il resplendissait à ce point, c’est qu’ Aleksandra Kurzak, sa Nedda, allait être aussi rayonnante que lui dans Pagliacci.

LA MADONE VIVANTE ET LE RETOUR DE TURRIDU

 
Portée en procession sur les épaules des hommes, la vierge de Cavalleria Rusticana n’est pas une statue, elle est vivante, c’est juste théologiquement, beau visuellement, mais son geste, bras raidi qui repousse Santuzza n’est pas cohérent. La Madone, la Mère de Celui qui a pardonné à la femme adultère, repousserait une pécheresse ? Impossible ! L’image rectifie le geste, son visage est à la hauteur de l’enseigne du magasin de pain, elle, dont le Fils est « le pain de Vie ».

Au début, la Vierge vivante (et elle l’est à Barcelone : dans mon café de la Rambla, entre le Liceu et la Boqueria, il y en a une presque grandeur nature qui surveille, ce qu’écrit mon petit ordi).
La fin aussi est changée : Turridu revient mourir sur scène, au lieu de disparaître dans le vertige des coulisses, pour réapparaître quelques instants plus tard aux saluts, alors que personne n’a eu le temps de reprendre ses esprits. Ce retour comble un vœu, naïf peut-être. On préfère qu’il meure sur le plateau. Personne n’a envie qu’il soit assassiné, mis s’il se volatilise en coulisses, c’est comme s’il mourrait sans fin. 

Sans compter que c’est un très grand tragédien qui revient. L’expressivité du visage de Turridu qui meurt (dont Alagna a révélé plus tôt les éclats émouvants de jeunesse), alors qu’il a une main posée sur sa poitrine sanglante, est un grand moment de théâtre.

PAGLIACCI

À TRAVERS LE MIROIR

La vraie trouvaille est dans Pagliacci. Les scènes de la comedia dell’arte sont jouées à la fois sur la totalité du plateau et sur le petit théâtre rétro qui en occupe une partie avec ses rideaux rouges, ses arbres de carton, son décor peint qui bouge, lorsqu’un chanteur passe tout près. D’un plateau à l’autre, les images se dédoublent, Canio titube des unes aux autres : des bas-fonds tragiques d’un XIXe revisité à l’univers enfantin du théâtre napolitain jusqu’à ce que, écartelé et fou de jalousie entre ces deux univers qui le disloquent, il devienne un assassin.


Après le Recitar, qui provoque des acclamations si inlassables qu’Alagna a changé de position, ce qu’il ne fait pas d’habitude, il avait une crampe peut-être tellement cela durait, Canio, se prépare à jouer Paillasse devant le miroir qui reflète la loge. Il va s’enfariner le visage, se ravise, écrase ses doigts, couvert du blanc du maquillage, sur le miroir qui cesse de le refléter, dans lequel apparaît Nedda/Colombine pendant que la lumière bascule. Il devient une silhouette obscure dans le contre-jour. Nedda, illuminée par un éclairage qui souligne la beauté d’Alksandra et la rend féérique, réduit Paillasse à n’être plus qu’une ombre. Le spectateur est ébloui, Canio terrassé.




Alors, elle traverse le miroir ! Comme l’Orphée de Cocteau.

C’est un coup de génie comme il y en a trop peu. C’est tout ce qu’on espère de l’Opéra, qu’il nous surprenne avec ce qu’on connait sans travestir ce qu’on attend.

MYSTÈRE ET MAGIE

Canio/Paillasse n’est pas grimé. Il porte un de ces habits romantiques si évidemment faits pour Alagna, qui le dessinent d’une manière aussi juste que sa robe à panier exalte Aleksandra – dont la coiffure s’accorde à l’ovale de la chanteuse, contrairement à certaines perruques qui dénaturent l’implant de ses cheveux. Côté cheveux, Canio porte une perruque noire qui change si complètement Alagna qu’on hésiterait à le reconnaître.
Là aussi, on est au cœur de ce qu’on attend à l’Opéra.

Le temps d’une scène, on découvre un chanteur autrement. Pourtant la perruque est discrète : une mèche sur le front, la nuque pas plus longue que ses vrais cheveux, courts en ce moment.

Depuis combien de temps attendait-on une scène mystérieuse et magique à l’Opéra ?

Les ovations ont été enthousiastes, interminables, sans rien d’une certaine dureté qu’on perçoit parfois dans les cris, au contraire, à Barcelone, ce n’était qu’ardeur, souplesse, douceur, dont émanait une chaleur profonde.

PLUS FORT QUE LA MORT

Ils saluent.

Chaque fois qu’ils chantent ensemble, ils donnent à leur public au-delà du chant, la magie de leur couple, l’osmose entre deux chanteurs, l’alliance de leurs voix et de leur jeu d’acteurs. L’harmonie artistique qui règne entre eux circule de la scène à la salle, deux vases communicants dans la beauté.
Alors même qu’ils viennent de nous peindre la mort qu’ils ont vécue et chantée sur scène, ils rayonnent d’une si exceptionnelle plénitude que les larmes qu’ils nous ont arrachées (arrachées, oui) ne portent personne vers l’angoisse (celle de la vraie mort), mais font naître un mélange d’émotions si complexes que le sentiment d’une plénitude l’emporte et, à ce moment, tous les deux, Aleksandra Kurzak et Roberto Alagna, inspirent l’idée que le désespoir qu’apporte la mort peut être sauvé par un miracle de l’amour. 

Voir aussi sur le site trois articles sur l’analyse de Cav/Pag au Metropolitan Opera de New York, en janvier 2018 :

Roberto Alagna dans Cavalleria Rusticana et Pagliacci au Metropolitan Opera de New York, janvier 2018 – Chapitre 1

Entretien avec Roberto Alagna dans Cav/Pag au Metropolitan de New York – chapitre 2

ROBERTO ALAGNA dans Paillasse, au Metropolitan Opera – chapitre 3 – duo avec ALEKSANDRA KURZAK

et un comte rendu du spectacle du Deutschoper de Berlin, en septembre 2019 :

Pagliacci avec Roberto Alagna et Aleksandra Kurzak au Deutsche Oper de Berlin

© Jacqueline Dauxois

Napoléon au Brésil par Nicolas Saudray, récit

Le livre de Nicolas Saudray au titre si intrigant : « Napoléon au Brésil », n’a rien d ‘un roman bien qu’on y sente la patte du romancier, qu’on y retrouve la qualité d’écriture, l’humour, les phrases à l’emporte pièce de l’auteur.

Le prétexte : un souvenir d’enfance. Une aïeule raconte au petit garçon qu’un de ses ancêtres, ancien grognard de Napoléon, a construit à Rio de Janeiro le premier hôtel de luxe, le plus grand d’Amérique latine, avec bains, baignoire de marbre, pots de chambre d’argent, billards dernier cri, café, restaurant, huitres et soupe à la tortue et puis, surprise, le gendre, qui devait succéder au grognard Louis Pharoux, disparait des radars. De quoi soulever la curiosité d’un enfant, d’un adulte, d’un écrivain confirmé qui se lance sur les traces de ses ascendants au gabarit pu ordinaire.

Alors nous assistons non seulement à la vie retrouvée de Louis Pharoux et des siens, du succès à la faillite, mais au foisonnement d’un contexte haut en couleurs qui ne nous a jamais été raconté : l’exil des grognards de Napoléon au Brésil, cette Armée de la Loire qui donc en avait entendu parler ? À travers la vie quotidienne d’une pléiade de Françaises et Français venus chercher fortune de l’autre côté de l’Atlantique, on découvre le Brésil par leur yeux, on éprouve avec eux le choc qu’ils ressentent devant la réalité de l’esclavagisme, on partage avec l’auteur son émotion en découvrant que son ancêtre a employé des esclaves dans son hôtel, sa satisfaction de n’avoir pas hérité un sou de lui – et son déplaisir de raconter une faillite familiale survenue plusieurs générations avant sa naissance.

 
Les nouveaux arrivants sont confrontés à un autre monde, à des maladies inconnues, des insectes dangereux, des reptiles inconnus, mais ils admirent une végétation somptueuse et des décors de rêve et voient la première femme recevoir son diplôme de médecine.
Il arrive à ces exilés de rentrer au pays ou de faire des aller-retours vers la mère patrie avec une facilité qui étonne. Ceux qui s‘implantent solidement trouvent des repères familiers, boutiques de mode, écoles, églises, congrégations, cours de polka, le fameux hôtel que Louis Pharoux fait surgir de terre, des spectacles : le cirque, l’Opéra. Que l’un d’eux soit tenté d’entendre un autre concert que religieux, interprété par les castrats de la Chapelle Impériale, il court prendre des places pour la Muette de Portici d’Auber, pratiquement jamais représenté de nos jours, pour Guillaume Tell de Rossini qui l’est à peine davantage, ou pour la Somnambule de Bellini. Si vous trouvez qu’aujourd’hui la critique a la dent dure, ouvrez avec l’auteur un journal du temps. Un faire-part de deuil déplore, dans un encadré noir, « l’assassinat du Barbier de Séville par Mme Stolz ». Qui oserait écrire de nos jours que « le maître Rossini remercie toutes les personnes qui ont participé à l’enterrement de son précieux fils le Barbier de Séville » ?

On joue au billard, on déguste des « huîtres de Carême » (quel sens de la publicité !), on suit des processions, on vend et loue des Noirs, on admire la vue des collines et du Corcovado pas encore surmonté par le Christ géant, on voit des esclaves enchainés, d’autres qui portent des sacs de café sur la tête dans ce pays qui sera le dernier à renoncer à l’esclavage. Et surtout, de l’hôtel Pharoux, qui domine le quai Pharoux et fait face à la mer, après avoir caché soigneusement qu’un client s’est suicidé dans sa chambre et qu’un Américain a tué un torero… italien dans le couloir, on suit les mouvements des bateaux de tous les pays, la Belle-Poule, qui accoste an allant chercher les cendres de Napoléon, un autre qui explose, cet incessant va-et-vient qui constitue la vie de Rio de Janeiro. Quand vient la décadence de la maison Pharoux, la toute jeune Joséphine, fille de Louis et trisaïeule de l’auteur, s’embarque avec son enfant, seule, sans domestique, pour fuir la faillite où s’engloutit son mari.

Ces pages fourmillent de vie, de détails, de couleurs, d’odeurs, on croirait feuilleter un album de cartes-postales anciennes qui s’anime sous nos yeux tant l’auteur, lancé à la découverte de ses ancêtres, donne un reportage vivant et actuel.

Ce seul récit suffirait à attiser l’intérêt du lecteur, mais le reportage est à double détente, inextricablement lié avec un autre – et c’est la grande réussite de cet ouvrage.
On ne nous avait pas raconté la vie de soldats de la Garde impériale au Brésil, on ne nous avait pas non plus montré les rouages d’une enquête à travers le temps.
Ici, l’auteur ne cache rien. Il raconte qu’il a appris le portugais pour pouvoir consulter les archives brésiliennes et lire les journaux de l’époque. Il nous raconte son périple d’Archives en Archives, de ville en ville, en France et au Brésil, ses trouvailles inattendues, ses déceptions quand la trace qu’il suit avec le flair d’un chercheur de longue date et l’acharnement d’un historien s’arrête net. Lorsque Nicolas Saudray trouve les faits, il les raconte. Si les faits se dérobent, il formule des hypothèses sans les donner pour certitudes. Le récit devient devient interactif.
Cette recherche, commencée avec la lecture des cahiers de sa grand-mère Gabrielle, conduit l’auteur à se mettre les mains noires de poussière quand il fouille de vieux documents, l’amène à consulter, sur son ordinateur, seize cents pages du « Jornal do commercio », à devenir addict (c’est lui qui l’avoue ) des petites annonces, à explorer d’innombrables fichiers informatisés en français, anglais, portugais – et les micros-films des mormons jusqu’au jour où, la procédure ayant été changée, les recherches deviennent inextricables.

Les aventures du narrateur se déroulent en simultané avec la vie de son ancêtre et de sa descendance tout le long des générations qui rattrapent l’auteur.
De main de maître, Nicolas Saudray a imbriqué l’histoire du passé et la sienne en train de le cerner, avec un art si abouti que le lecteur ne quitte plus le récit de cette double enquête après l’avoir commencé.

Aux Editions Michel de Maule

A l’Opéra de Paris, le Don Carlo de Roberto Alagna

À ceux qui me reprochent, avec raison, d’aimer tous les spectacles, parce que je ne le publie pas quand je pars à l’entracte – et je n’ai pas de billets gratuits !

DU CHÂTELET À L’OPÉRA DE PARIS LE DON CARLOS DE ROBERTO ALAGNA

ACTE 1

Théâtre du Châtelet, le 26 février 1996.
Le rideau se lève sur la nuit de Fontainebleau. Du fond du plateau, seul à travers des troncs nus et givrés, dans l’éclairage irréel que crée la neige amoncelée qui continue de tomber des cintres, habillé d’une cape et de bottes écarlates, s’avance l’infant d’Espagne. Alors qu’il célèbre la beauté de la forêt, de la première étoile et rêve à sa fiancée qu’il n’a encore jamais vue, elle, perdue comme lui, portée vers lui par une Providence dont il est impossible de douter dans ce décor enchanté, soudain est devant lui, dans une longue robe, rouge aussi. Émerveillés l’un par l’autre, les fiancés royaux se découvrent en s’aimant : un mariage obligé devient un lien d’amour.
Ils sont en pleine extase lorsqu’un revirement d’alliances les précipite dans le désastre : c’est l’empereur Philippe II, le père de l’infant, qui épouse Élisabeth de Valois, la fiancée de l’infant.

Don Carlos, lever de rideau au Châtelet, 1996.

Au Théâtre du Châtelet, ce soir du 26 février 1996, cent trente ans après la création du Don Carlos de Verdi (cinq actes en français), l’incarnation triomphale de Roberto Alagna faisait redécouvrir à Paris une œuvre magistrale.

Don Carlo, final à l’Opéra de Paris, 2019.

Aussi lorsqu’en 2017, l’Opéra annonce (après une non réussite en 1986), une nouvelle production de Don Carlos en français sans que le nom de Roberto Alagna soit à l’affiche, Guy Cherqui, conclut son analyse du spectacle :
On ne nous rendra ni Domingo ni Carreras ni même Alagna dans ce rôle, alors tenons-nous bien au chaud Kaufmann (Wanderer) .
Cherqui s’est découragé trop vite.



À l’automne 2019, Roberto Alagna reprend le rôle pour six représentations, dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski.
Pas tout à fait le même rôle : au lieu de Don Carlos en français, qu’il nous a fait découvrir et qu’on produit si rarement, c’est Don Carlo (sans « s ») en italien.
Pas tout à fait la même production non plus, vous verrez tout le long de l’article, en attendant, regardez !
Le rideau se lève sur une pièce obscure où clignotent des éclats de lumière. Sur une table, un crucifix et un buste, symboles du pape et de l’empereur qui règnent sur le monde, donc le buste, qui ne porte aucun insigne du pouvoir impérial, est celui de Charles-Quint.
Derrière la table, les chœurs en vêtements plus ou moins contemporains, jupes courtes, couleurs foncées (parti-pris d’inversion tout de suite affiché : les seuls costumes aux couleurs gaies seront ceux de l’autodafé). En arrière, un cheval grandeur nature. Près du bel équidé, une femme dont le voile épais dissimule les traits, longue robe blanche, coiffe, gants, dentelles, on soupçonne que c’est la « belle fiancée ».
Côté cour, derrière un canapé, un lavabo.

Les changements des accessoires : statue et vêtements…

  • En 2017, le buste avait une fraise (unique allusion au XVIe siècle dans tout le spectacle). L’allusion a disparu avec la fraise. Le buste représente maintenant, non plus un Charles-Quint anonymisé, mais le visage du figurant qui joue le rôle du fantôme de l’empereur. On le reconnait, il vient sur scène plusieurs fois. Le buste ne porte pas davantage d’insignes impériaux que deux ans plus tôt, mais il est est d’un hyper-réalisme tel qu’on se croirait en présence du travail dément d’un taxidermiste fou. Ce ne serait rien s’il n’était omniprésent, mais il l’est et la vue de cette chose monstrueusement humaine affecte les scènes jouées près de la table : le monologue de Carlos au couvent est changé en duo visuel ; la rencontre de Fontainebleau, le duo avec Rodrigue et deux duos d’amour sur trois, devenus des trios visuels, sont gâchés par sa présence qui fait disjoncter les appareils de photo qui procèdent aux réglages sur cette tête comme si elle était vivante.
A côté de Roberto Alagna, le buste qui dénature plusieurs scènes. Ici, au couvent de San-Giusto.
  • Les vêtements de Don Carlo aussi sont différents en 2019. Le gros pull de sport, chaussures assorties, a disparu. Les nouveaux vêtements du premier acte correspondent au moins au vestiaire hélas, trois fois hélas (Shakespeare) bourgeois, qui habille l’infant tout le long. On ne versera jamais assez de larmes sur l’embourgeoisement du vêtement du héros d’Opéra et cette volonté qui, de Procuste à nos jours, veut égaliser avec des quidams ordinaires des personnages hors du commun. Mais non, ne pleure pas, crocodile, ce n’est pas chaque fois.


… au changement du personnage de Don Carlo

  • Sans Alagna, une chemise ne suffirait pas à remettre le personnage sur rails. Contrairement à celui qui l’a précédé, et à celui qui le suivra, son don Carlo n’est plus fou, couché, tremblant, haletant, disjoncté, marchant par saccades lorsqu’il se lève pour aller découper des articles de presse comme un débile avant de les coller au mur. Rien ne dit d’ailleurs que ce personnage soit juste historiquement : par quel délire les Cortès de Castille auraient-il reconnu un dément pour l’héritier légitime de l’Empire? Et, sous prétexte de réalité historique, va-t-on le montrer sur scène, comme le décrivent certains, torturant des animaux, paillard, violant les femmes dans la rue lors de ses équipées nocturnes et ensuite les traitant de catins ? Mais la question n’est pas de savoir qui était le don Carlos historique puisqu’il n’a rien à voir avec le héros de Saint-Réal, de Schiller et de Verdi ! Et là, tout est clair : le don Carlos de la littérature et de l’Opéra n’est fou rien que d’amour. Sinon, on se demanderait par quelle aberration Élisabeth est amoureuse d’un cinglé et pourquoi l’infant n’est pas enfermé.
    Or, en 2017, avant Alagna, le personnage est montré comme un fou.
    En 2019, pour six représentations, il restaure le héros verdien.
    Qu’une autre distribution lui succède, on recommence d’interpréter Carlo comme un détraqué.
  • Même lorsqu’on a supprimé l’affabulation d’un infant dément, agité de spasmes sur son divan, on est surpris, mais pourquoi pas?

***

Don Carlo au rasoir.
  • À la première image, les poignets couverts de pansements sanglants, « il » se rase : blaireau, mousse, rasoir ancien où la longue lame se replie dans le manche. Il s’emmousse le visage et tient le rasoir fermé de l’autre main. Il y a deux ans, on a appris que l’acte 1 est un flash-back, que l’infant est fou, qu’il s’est tranché les veines après que son père ait épousé sa fiancée, que tout se passe dans son souvenir.
    Le souvenir de qui ? La chemise, Alagna pourrait la porter chez lui, le rasoir de grand-père, on l’a vu dans des films, et l’infant quant à lui se faisait tailler la barbe, que tout le monde portait, par son coiffeur – avec des ciseaux.
    Qui se rase alors ? Roberto ? Alagna ? Don Carlo ? Peu importe ! Ses gestes sont troublants à cause de la manière presque sensuelle avec laquelle il manipule le rasoir, comme appelant la mort. Alors qu’il n’a pas ouvert la bouche, qu’il ne s’est rien passé, qu’il ne se passe rien, la lame a des ralentis de cinéma – ou c’est ce qu’on imagine parce qu’ils nous font monter l’angoisse ? Elle parcourt une joue, la droite (on croit l’entendre crisser, on redoute qu’un liséré rouge ne vienne ourler la mousse), descend vers le cou, et passe à l’autre joue, normal. Mais rien n’est normal ! « il » a des pansements sanglants aux poignets, d’un tranchant de rasoir il fait l’instrument du mystère qui va se jouer -, dans lequel il nous fait entrer ouvrant la parenthèse d’angoisse qui va enténébrer un lumineux duo d’amour et se fermer avec son évanouissement devant le buste de son impérial grand-père.
  • Par quelle alchimie, après avoir hésité entre Roberto, Alagna et Carlo, parvient-on à se promener dans le souvenir du héros au milieu d’images qui se télescopent entre rêve et réalité?
    Dans sa tête à lui, la mariée est-elle la fiancée qu’il devait épouser, une imagination de son esprit ? ou celle qui, effectivement, a épousé son père dans ce qui fut pour lui la plus cruelle des réalités ?
    Il est vraiment temps d’entendre Alagna !
    Après le rasoir, on aurait volontiers zappé la veste qu’il enfile (ce n’est que la première fois !), le portrait qu’il insère entre les pages d’un livre – à quoi bon ? l’histoire est déconstruite, le spectateur n’y cherche plus de cohérence, il suit un autre fil, le chant d’Alagna et, dès qu’on entend : « Fontainebleau, forêt immense et solitaire », on le suit à la voix, on ne le perdra pas.
  • D’autant que son sourire, tendre et amusé, piqueté d’ironie, avec lequel il allume le feu dans une cheminée à insert sur le plateau de l’Opéra est un exact reflet de celui de Carlos qui, au Châtelet, sans briquet, embrasait un fagot au milieu de la neige en expliquant à sa fiancée qu’il a appris à faire du feu à la guerre.
    Sa fiancée est Aleksandra Kurzak. Ensemble, ils vont exalter leurs duos, faire tout oublier – et personne ne songera plus à contester le décalage vestimentaire entre une princesse royale en grande toilette de mariée et un infant aux manches retroussées qui pourrait donner à la scène un air d’inachevé si la beauté de leurs voix mélangées ne nous transportait au cœur d’un amour que Verdi a peint aux couleurs d’une extase.

Leur jeu et leur chant se mêlent et l’étrangeté de les voir et entendre comme deux oiseaux à leur premier printemps, alors qu’il a les poignets bandés par la tentative d’un suicide à venir, loin de la compromettre, fait grandir l’émotion.

***

La politique ayant viré de bord, les fiancés sont arrachés l’un à l’autre, jetés des ardeurs de l’exaltation amoureuse dans les horreurs de la séparation, sans avoir le temps de se désaimer.
Emmenée par sa suite, celle qui devient reine malgré elle s’éloigne de celui qui n’est plus son fiancé.
Au Châtelet, elle partait sur un vrai cheval, souveraine de l’empire espagnol, hissée au-dessus des autres.
Resté seul, accablé par cette « heure fatale » qui le dévaste, l’infant veut descendre dans le tombeau.

Ci-dessus, le buste anonymisé de Charles-Quint (aucune ressemblance avec aucun Habsbourg), utilisé en 2017 et pendant les répétitions de 2019. Remplacé pour les représentations.
  • La réalité historique est plus sombre encore.
    Ce n’est pas une fois, mais deux, que Philippe a épousé une princesse d’abord destinée à son fils. Même si ces mariages étaient conclus pour des raisons d’État, même si don Carlos, après une chute dans un escalier où il coursait une servante, avait dû être trépané deux fois avant que les prières d’un saint moine ne parviennent à le sauver, il y a de quoi devenir sinon fou, du moins déstabilisé et poussé à la révolte contre un père qui vous prend deux fois votre fiancée.

L’acte se termine avec Carlo évanoui au pied du buste, comme si son grand-père l’avait tué, ce qui est bien l’idée de la mise en scène, puisqu’à la fin c’est Charles-Quint, fantôme sorti de son tombeau, qui, contrairement au livret et à la vraisemblance, pousse le révolver sur la tempe de son petit-fils.

… avec un retour au vrai Roberto Alagna.

ACTE II

Désespéré d’avoir perdu Élisabeth, l’infant, réfugié au couvent de San-Giusto où est enterré son aïeul, sombre dans le désespoir.
Rodrigo, son seul ami dans la jungle de la Cour, tente de détourner vers une autre passion l’amour devenu adultère de celui qui lui est plus cher que la vie. Il veut faire de Carlo un héros, le sauveur de l’Espagne : qu’il parte ! qu’il se batte et libère les Flandres dévastées par les armées de son père!

Ils proclament leur amour de frères, jurent de s’aimer jusqu’à la mort et s’exaltent dans un appel passionné à la liberté, aussi verdien que schillerien.
Le magnétisme d’une voix héroïque, jeune, solaire, qui n’a pas changé sinon pour acquérir une suavité plus émouvante et plus soyeuse, fait de ces duos des joyaux.

Ci-dessus : Roberto Alagna avec Étienne Dupuis, Rodrigo, marquis de Posa.
Dio, che nell'alma infondere
amor volesti e speme,
desio nel cene accendere
tu dei di libertà. 
Giuriamo insiem di vivere 
e di morire insieme. 
 
Dieu, tu semas dans nos âmes
un rayon des mêmes flammes, 
le même amour exalté, 
l'amour de la liberté. 
Dieu qui de nos cœurs sincères
a fait les cœurs de deux frères
accepte notre serment
nous mourons en nous aimant (version du Châtelet).
  • Représenté au Châtelet avec une économie de moyens extrême : murs à la chaux, ouvertures noires, Carlos et Rodrigue en noir aussi, comme les moines, le couvent suintait de cette angoisse que chante l’infant.
    À l’Opéra, c’est le contraire ; l’angoisse s’étant déployée dans le décor du premier acte, par contraste, le monastère est un pimpant moucharabieh au rouge éclatant, derrière lequel on imagine de voluptueuses hétaïres plus facilement que les pieux gardiens d’un mausolée impérial. Cette contradiction nécessite une projection pour informer le public qu’on se trouve au monastère de San-Guisto. Mais on n’y sera jamais ! On est ailleurs, dans un autre lieu, abstrait, non identifié, en train de suivre une autre histoire puisque dans celle qui est représentée les images contredisent les mots.
    Sans la puissance et la conviction d’ Alagna, acteur et chanteur, qui pourrait croire que don Carlo voit le fantôme de son aïeul au pied de l’éclatant moucharabieh? Mais on le croit, lui, on croit son corps pressé contre le mur, son frémissement de tout l’être, ses yeux écarquillés d’effroi, ses mains qui repoussent l’horreur et, plus que tout, sa voix : « Il cor mi trema!… Qual terror! » Si on le croit, c’est parce qu’il a évité toute gesticulation spasmodique jusque-là.
    Après le flash-back d’un suicide inventé, l’inversion des ambiances des actes I et II (amour/ bonheur de Fontainebleau joués dans la salle lugubre qui servira au dernier acte ; angoisse/terreur représentées dans un décor joyeux) confirme la volonté de dénigrement du livret.
  • Dans le duo avec Rodrigo, la voix de Roberto Alagna flambe du même feu à l’Opéra qu’au Châtelet, son partenaire, Étienne Dupuis, y met la même conviction que Thomas Hampson, mais ils sont privés du lyrisme des gestes qui escortait les voix, de l’élan irrépressible qui les portait l’un vers l’autre donnant à leur rencontre, alors que l’un revient des Flandres et que l’autre s’est terré dans un caveau, un caractère unique.
    Au Châtelet, la mise en scène enthousiaste de Luc Bondy leur faisait vivre passionnément cette rencontre, à eux, à nous.
    À l’Opéra, il suffit de voir Rodrigo entrer pour savoir qu’on sera tous, eux et nous, privés des manifestations d’une amitié exceptionnelle: Rodrigo, marquis de Posa, Grand d’Espagne, ami de l’héritier du plus grand empire du monde sur lequel le soleil ne se couche jamais, habillé d’un costume de cadre commercial fait son entrée au monastère de San-Guisto où repose Charles-Quint, un attaché-case à la main !

    Pour la scène suivante, on attend le jardin de l’Alhambra dans lequel Eboli chante la chanson sarrasine, la mystérieuse et prémonitoire Chanson du Voile.
    Ni arbres, ni fontaines, ni fleurs. La maléfique princesse, première dame de compagnie de la reine, éprise de Carlo qu’elle croit amoureux d’elle, et qui sera l’instrument de sa mort, ne gouverne plus les jeunes filles de la Cour. Le jardin est une salle d’armes, nouvelle anticipation sur l’action car, à ce moment, rien ne laisse présager la trahison d’Eboli campée sur la scène, cigarette au bec, en collant d’escrimeuse. Au lieu de la broderie, elle enseigne les armes aux suivantes de la reine devenues duettistes, masquées, épées à la main, sans se gêner pour caresser l’une d’elles, ce qui dans l’Espagne des autodafé lui aurait valu à coup sûr le bûcher.
    Si on voulait, c’était facile pourtant de lui donner l’air mauvais dès le début. Elle était borgne. Borgne, belle et séduisante. Un bandeau sur l’œil (depuis des lustres personne n’ose plus), le tour était joué, elle avait l’air d’un pirate des Caraïbes ou d’ailleurs. Le bandeau pouvant être flamboyant comme certains masques à Venise un soir de Carnaval, rien ne dit que les chanteuses auraient rechigné à porter un accessoire hors du commun.
    Elisabetta entre dans la salle d’escrime, hiatus, encore un (alors à quoi bon comprendre le texte? à quoi bon l’articulation d’Alagna et de certains de ses partenaires ?) avec les paroles d’Eboli qui vient d’évoquer un « lieu sacré où la reine seule peut pénétrer ».
    Royale, élégante et lointaine, ne voyant pas des vulgarités dont elle ne veut pas savoir qu’elles existent, Élisabeth cache qu’elle est déjà détruite derrière des lunettes noires.

Cependant, Rodrigue a obtenu qu’elle rencontre l’infant.
Le deuxième duo va le laisser plus dévasté que le premier. Il s’exalte jusqu’à tomber aux pieds de celle que son père a épousée, apparemment sans vie.
En deux ans, cette scène aussi a changé.

  • Tomber, se relever…

    Au lieu de tomber à plat ventre (comme à la fin du premier acte quand il roule aux pieds de la table et du buste – et comme cela se faisait en 2017), Alagna s’effondre à genoux et bascule sur le dos devant Élisabeth. Sauf des premiers rangs où le rebord du plateau le cache, personne n’ayant songé à surélever cet endroit, on voit son visage tout le temps qu’il chante le passage où Carlo croit entendre une voix d’amour qui vient à lui du Ciel et s’achève par « la salva rifiori, la nature refleurit ». Sans cesser de chanter, sans prendre appui sur les mains, il décolle les reins du sol, roule sur le côté, évite la malencontreuse transition à quatre pattes qui a donné tant de mal à tant de chanteurs et, chantant toujours, s’agenouille, enlace la taille d’Elisabeth et se relève dans un mouvement d’une aisance si élégante que personne ne prend conscience de l’exploit sportif qu’il accomplit.

Découvrant qu’il est aimé, Carlo veut l’amour tout entier. Le monde n’existe plus pour lui. Il existe pour elle, la reine, l’épouse de Philippe II, le père de cet infant fou d’amour qu’elle aime malgré elle, mais refuse d’aimer.
En 2017, dans ce duo où l’amour fou se heurte à la force du devoir, Elisabeth giflait Carlos. En 2019, cette gifle n’a pas fait long feu. Elle a été supprimée aussi vite et définitivement que le baise-main incongru qui, au premier acte, étriquait l’amour au lieu de le grandir.
A l’Opéra, les mots sont plus puissants que les coups. Elle accuse Carlo de dessein parricide :  » a svenar corri il padre, cours égorger ton père. »
Il est alors frappé là où il faut : pas au visage, au cœur.

Lui, ces mots l’épouvantent. Il comprend dans l’effroi qu’il n’a jamais voulu mourir. C’est son père qu’il veut voir mort. Il s’enfuit en criant:  » Ah! maledetto io son, je suis maudit ».

Carlo enfui, le roi trouve la reine seule – scandale, violation de l’étiquette la plus rigoureuse du monde, dans une Cour où le moindre geste est codifié, où chacun vit dans un carcan. Sans hésiter à lui faire un affront public, Philippe II chasse la suivante française qui a négligé ses fonctions et n’aurait pas dû laisser la reine seule fût-ce un instant.

Aleksandra Kurzak et René Pape, Philippe II.

Cet éclat disperse tout le monde. Philippe retient Rodrigue. Il lui demande d’espionner la reine et l’infant avant de le mettre en garde non sans perversité contre le Grand Inquisiteur – qui effectivement le tuera, avec son accord royal.
Il a volé la fiancée de son fils.
Il lui vole son ami. Du moins, il le croit.

ACTE III

L’acte de l’autodafé est celui de la mort annoncée.


Il débute par un quiproquo qui fait découvrir à Eboli l’amour de Carlo pour la reine. Ses ambitions anéanties, la jalousie et une haine furieuse se déchaînent. Elle a les moyens de faire périr Carlo. Elle lui dit qu’elle va le perdre, que le sol s’ouvrira sous ses pas. Rodrigue veut la tuer. Carlo l’en empêche, comme dans Schiller.

Roberto Alagna et Anita Rachvelishvili, le princesse Eboli.


Rodrigue, qui ne doute pas qu’Eboli mettra ses menaces de mort à exécution et qui, déjà, projette de le sauver, demande à Carlo de lui donner ses papiers compromettants.

Un gag

  • L’autodafé, qui vient ensuite, est annoncé par le chœur comme un jour d’allégresse à la gloire du roi, comme un jour de terreur par les moines. Pendant que les chœurs chantent derrière un rideau transparent sur lequel on projette des vidéos, on assiste, au premier plan, à une scène mimée. Non pas une une illustration de la folie des Habsbourg, des cruautés retorses et sanglantes de Philippe II et des fureurs populaires et religieuses d’un autodafé : un sketch d’alcoolisme en milieu petit bourgeois. Philippe boit, essaie de posséder la reine de force, met le pied sur sa traine pour la faire trébucher. Un gag, pas une maladresse. Il recommence chaque soir. L’artifice détruisant l’illusion, c’est le seul moment où ces chanteurs exceptionnels, qui sont aussi de grands acteurs, ne semblent à l’aise ni l’un ni l’autre. Mais c’est qu’on leur demande d’incarner la famille impériale d’Espagne tout en jouant une scène de feuilleton télévisé! La fausseté déteint sur tout ; c’est le seul moment où ils paraissent déguisés, où les brillants de la tiare et des décorations ont l’air d’une pacotille de bazar. Un instant plus tard, lorsqu’ils reprennent leurs rôles, les vrais, les accessoires réintègrent le monde de l’illusion, qui est le leur, et les faux brillants paraissent véritables. Il faut la qualité d’une Aleksandra Kurzak et d’un René Pape pour surmonter ces ridicules sans ridicule – pour une une fois où leurs vêtements évoquaient l’Empire ! pas celui des Habsbourg, la robe et la tiare s’inspirent de Joséphine de Beauharnais du Sacre de Napoléon peint par David.
Aleksandra Kurzak et René Pape, scène de l’autodafé.


Pendant qu’on célèbre le roi, Carlo en grand uniforme, conduit une délégation de Flamands et demande à son père de lui donner le Brabant et les Flandres pour apprendre son métier de futur empereur.


Philippe l’accuse de vouloir le tuer.

Insensato! chieder tanto ardisci!
Tu vuoi ch’io stesso porga a te
l’acciar che un dì immolerebbe il Re!

Insensé! Tu oses me le demander!
Tu veux que je te donne de ma main 
le fer qui servira un jour à immoler le roi!

La grâce des Flamands rejetée aussi rudement que la demande de l’infant, Carlo tire l’épée pour protéger la délégation. Une épée nue devant le roi, pas besoin d’en menacer personne, c’est un crime. Rodrigo désarme le rebelle. Il était marquis de Posa, le roi le fait duc.
L’autodafé peut commencer.

ACTE IV

L’acte IV débute par une vidéo d’un film noir et blanc (lequel? si vous vous en souvenez, dites-le moi !) où Chronos dévore ses enfants, peut-être déjà utilisée dans une autre mise en scène car elle donne une impression de déjà vu .

C’est l’aube.
L’empereur est seul, désabusé. « Ella giammai m’ammò ! Elle ne m’a jamais aimé », la déploration d’amour dont les librettistes auraient pu le dispenser sert d’introduction au vrai sujet de Philippe, récurrent dans tout l’opéra : le constat des limites de son pouvoir et la vanité de la grandeur impériale.

« Ella giammai » n’a inspiré de grands élans lyriques ni au Châtelet ni à l’Opéra.
Alors que les décors des premiers actes du Châtelet semblaient tirés de livres comme on en offrait aux enfant, voilà qu’au milieu des belles images surgissait une sorte d’Auberge des Adrets où on imaginait des bandits hirsutes avec des coutelas d’égorgeurs. Les murs semblaient crasseux. Du plafond pendaient des objets, l’un d’eux l’air d’un jambon (au fait, c’était quoi ? quelqu’un a une idée?), des lumières de couleur évoquaient des flonflons, pas Verdi. Philippe II était assis sur une chaise rustique près d’une Élisabeth endormie sur un lit de camp idéal pour un Bonaparte en campagne.
À l’Opéra, le bureau impérial est une salle lugubre, sorte de hangar à plafond bas éclairé au néon, où des fauteuils club occupent deux niveaux, au moins c’est propre et rigoureux.

Au Châtelet, Élisabeth dormait près de Philippe, illustrant l’impériale déploration : »Elle ne m’aime pas ».
À l’Opéra, c’est Eboli qui est couchée en travers d’un fauteuil, incitation à comprendre de travers : « Ella giammai m’ammò !  » Peut-être pour éviter le contre-sens – est-il évité? – Philippe lui tourne le dos. Ce choix qui, une fois encore anticipe, explicite son adultère avec la princesse Elobi, mais détruit la surprise des aveux d’Eboli à la reine, qui viennent ensuite.

Le roi attend le Grand Inquisiteur pour lui poser la question de son salut : est-ce qu’il sera absout s’il fait tuer son fils ? Réponse inouïe à une demande délirante : Dieu a donné le sien pour le salut du monde. Ayant fourni au roi l’assurance qu’il demandait, l’Inquisiteur exige la tête de Rodrigo, le seul confident et ami du roi. Il s’en va, laissant Philippe vaincu.

La reine entre alors et réclame justice : on lui a volé son coffret. Elle ignore qu’Eboli l’a donné au roi comme preuve de son adultère avec Carlo dont il contient le portrait. Elle jure qu’elle est restée « pure comme le lys, immacolata qual gigli son! ». Philippe, qui la menace de la faire condamner pour parjure et adultère, la jette par terre (il l’a déjà fait avant l’autodafé) et tente de l’étrangler.
Mais on n’est pas dans Otello !
Philippe II n’est pas un condottiere qui a conquis sa position à la pointe de l’épée! Il est l’Empereur. Affligé de tares épouvantables, il ne se conduit ni en soudard parvenu ni en bourgeois. Il ne peut pas ! Il a été moulé autrement, c’est un autre poison qui lui bouillonne dans les veines. Dressé depuis le berceau à dissimuler à l’univers entier ce qu’il éprouve, contraint d’agir masqué, en secret, retors, biaisant sans cesse, n’écrivant pas une ligne sans la crypter, il ne reste plus rien en lui de spontané. Élisabeth est l’impératrice avant d’être sa femme, elle a pour lui un caractère sacré, s’il la jette par terre, il se jette lui-même, se détruit lui-même. D’ailleurs, pourquoi ferait-il un mouvement ? Il possède un appareil d’État tentaculaire capable de faire disparaître qui il veut, femme, fils, n’importe qui, sans se salir les mains – ni le pied sur une traine.

Eboli avoue à la reine qu’elle a volé le coffret, inventé l’adultère et qu’elle est la maîtresse du roi.
Élisabeth n’espère plus que dans le Ciel :

Più speme omai, ah! che in ciel non ho!
Speme ho sol nel ciel!
Aleksandra Kurzak et Anita Rachvelishvili. Les aveux d’Eboli.

Eboli restée seule maudit sa beauté, »O don fatal, o don crudel » et découvre qu’à travers le voile de haine, elle aimait la reine qu’elle a trahie.
Avant de s’enfermer dans un couvent, il lui reste un jour pour sauver Carlo – qu’elle a perdu.

Roberto Alagna et Étienne Dupuis. La prison.

Après l’autodafé, il a été jeté en prison.
Côté jardin, il y a un poulailler sur la scène.
C’est la prison où Rodrigue vient lui dire adieu. Il s’est sacrifié pour lui, laissant trouver sur lui les documents qui compromettaient l’infant. Assassiné par un coup de feu anonyme, il meurt après lui avoir dit qu’Elisabetta l’attend le lendemain à San-Giusto : ‘Io morrò ma lieto in core, je meurs le cœur joyeux. »

Le Châtelet donnait la scène attendue : Rodrigue mourait dans les bras de Carlos qui se relevait éclaboussé du sang de son ami.
À l’Opéra, Carlo reste encagé derrière un grillage de jardinerie qui empêche les deux amis de se rejoindre et oblige Rodrigue à mourir loin de Carlo. Visuellement, cela équivaut à supprimer la scène. Au couvent, le duo manquait de chaleur, mais il existait. Dans la prison, il est détruit. Reste un monologue : Rodrigue meurt tout seul en rampant sur le ventre.
À quoi sert d’avoir Alagna, si c’est pour l’empêcher de jouer cette scène d’adieux où il chante peu, dont l’émotion repose sur l’intensité de son jeu, et de priver les spectateurs de voir son visage et ses gestes quand son ami meurt dans ses bras ?
* Les croisillons sur le visage, on les a déjà beaucoup vus (Acte III « a Mezzanotte »), quand la lumière leur tombe dessus, à lui et ses partenaires, en traversant le moucharabieh et qu’ils ont l’air couverts de tatouages remuants.

Le peuple, soulevé par Eboli, réclame l’infant.
L’Inquisiteur retourne la situation. La foule se prosterne devant le roi.
Et le roi s’agenouille devant l’Inquisiteur.

ACTE V

Seule dans l’obscurité crépusculaire de ce couvent funèbre, près du mausolée de Charles-Quint, Élisabeth, si radieuse à son premier duo, déchirée au deuxième, maintenant brisée et au bord de la mort, fait ses adieux à l’amour, à la beauté du monde, à la vie dans un bouleversant : « Tu che la vanita » où sa voix se brise et renait dans un inlassable flux et reflux d’une émouvante intensité.

Comme Carlo à la fin de l’acte I, elle n’aspire plus qu’à la paix du tombeau, mais elle veut que l’infant vive et lui insuffle cet élan héroïque que Rodrigue déjà, dans ce même cloître, tentait de susciter en lui. Elle y parvient. Elle le persuade.

Ils renoncent l’un à l’autre et se disent adieu dans ce monde. Lorsqu’ils disent qu’ils se reverront là-haut, elle sait qu’elle va s’en aller tout de suite, mais espère que Carlo succèdera à son père dans un long règne heureux. Ils sont entièrement sincères en se disant adieu dans ce monde pour toujours.

Philippe fait irruption avec le Grand Inquisiteur.
Mauvais, il reprend les mots qu’ils viennent de prononcer : « per sempre ». Pour toujours devient une sentence de mort pour tous les deux : « Io voglio un doppio sacrifizio, j’exige un double sacrifice ». Les inquisiteurs s’emparent de la reine. Si le désespoir ne la tue pas avant, elle mourra dans leurs cachots probablement assassinée par Philippe comme il a sans doute empoisonné son fils.
À l’Opéra, elle s’empoisonne (mais pas chez Verdi, l’héroïne verdienne s’empoisonne dans Nabucco et Le Trouvère, c’est tout) et il se tire une balle. Il s’est déjà ouvert les veines ! Deux suicides pour un infant, joli titre. Sauf que le livret n’a prévu aucun suicide pour lui. Il vient d’accepter un destin royal et ne se laisse pas arrêter, il se bat seul contre les sbires de son père.
Le livret écrit :
 » En se défendant, Carlos recule vers la tombe de Charles-Quint. Les grilles du cloître s’ouvrent. Le moine du premier acte apparaît, mais vêtu de la pourpre et de la couronne royales. C’est Charles-Quint. »
Tous ont peur, sauf Carlo.
Le livret conclut : « L’apparition entraîne Carlo éperdu dans le cloître avec lui. »

Ce n’est pas faute d’en chercher, mais aucune fin ne saurait être plus troublante et plus forte.
Avec Roberto Alagna en Carlos ou Carlo, c’est celle du Châtelet, du Met, de Vienne.

LES INTERPRÈTES

Verdi a été servi par la direction de Fabio Luisi qui, loin de chercher des effets tonitruants, ce qui avait été reproché à Antonio Pappano, tient compte des palpitations intimes de la musique et des voix de chanteurs exceptionnels.

Le Maestro Fabio Luisi pendant les répétitions.

Anita Rachvelishvili est une princesse Eboli aux couleurs volcaniques. D’abord un monolithe, elle devient de plus en plus humaine au fil des actes, jusqu’à révéler qu’elle a un cœur.
Etienne Dupuis, Rodrigue d’une grande souplesse vocale, est élégant et convainquant, y compris dans le duo, pour lui certainement redoutable, avec le grand fauve dont la voix impose son règne au monde de l’Opéra.
René Pape, qui a été à Orange le superbe Méphisto d’un Faust (Alagna) radieux, même caricaturé en petit-bourgeois, parvient à faire entendre un monarque avec Rodrigo et dans l’affrontement avec le Grand Inquisiteur (Vitali Kowaljow) où il donne l’impression de n’être vaincu que parce qu’il y consent. Au Châtelet, le Grand Inquisiteur, courbé presque jusqu’à ramper, l’air d’une bête, appuyé sur des canes chancelantes, se traînait ; à l’Opéra, il porte des lunettes noires et certains trouvent qu’il ressemble à un gangster, peut-être, mais moins effrayant que le buste.

Pour sa troisième prise de rôle en quelques mois, après Desdémone à l’Opéra de Paris et Madama Butterfly, en plein air devant cinq mille spectateurs à Varsovie, Aleksandra Kurzak, dans Élisabeth de Valois, se révèle une fois de plus aussi grande comédienne que chanteuse au sommet de son art.
Elle montre une souveraine écartelée entre la passion romantique d’un inoubliable premier amour et la fidélité aux serments qu’elle a prêtés à Philippe II en l’épousant. Radieuse fiancée, reine solitaire vivant loin de son pays, elle meurt de son refus d’être infidèle et de l’impossibilité de ne plus aimer. Son monologue de la fin, alors qu’elle attend Carlo près du tombeau, est déchirant et le duo qui la réunit à Carlo/Alagna fait couler les larmes.

CARLOS ET CARLO

Sans parler des Carlos/Carlo qu’il a interprétés ailleurs, il semble difficile de faire jouer à Roberto Alagna deux mises en scène aussi différentes que celle du Théâtre du Châtelet, classique et romantique, et celle de l’Opéra de Paris, moderne et décalée.
Comme d’habitude, il a relevé les défis en vainqueur.

Au Châtelet, il a dû affronter les menaces de ceux qui le trouvaient trop jeune et lui annonçaient qu’il se casserait la voix dans un rôle trop lourd. Il a montré que le rôle était exactement taillé à sa mesure. Ceux qui l’ont vu à l’époque n’ont pas oublié pas son éblouissant don Carlos.

  • En rentrant, un soir dans le métro, c’est arrivé qu’une inconnue, le programme à la main, me parle du Châtelet. Depuis, je me demande combien de spectateurs d’alors sont revenus l’entendre à l’Opéra avec ce souvenir.

À l’Opéra de Paris, le défi est d’une autre nature. En l’absence de fil directeur, le pubolic assiste à une juxtapositions d’images fortes sans relation entre elles et sans rapport avec l’opéra de Verdi et où, plus énergiquement que les autres, le personnage de don Carlo a été dénaturé. Mais c’est Alagna qui l’incarne aussi, dès les premières images qui présentent, au lieu d’un infant d’Espagne, un quidam qui se rase, on comprend qu’il ne faut pas essayer de comprendre, mais accueillir tout ce qu’il va nous donner d’un personnage dont il est lui aussi, très probablement, dépossédé. Dans cet opéra où il a plus de duos que de grands airs pour ténor, avec Aleksandra Kurzak, il porte son chant à ces sommets de tension heureuse ou désespérée pour lesquels Verdi a composé des pages superbes. Ensemble, ils rendent son intelligence à la partie de l’histoire qui les concerne, en donnant à leurs personnage leur propre authenticité.


Final à l’Opéra de Paris.

ANNEXES

HISTOIRE ET LITTÉRATURE

En se retirant, le roi dit au duc de Féria qu’il lui confiait la garde du prisonnier, dont il aurait à répondre sur sa tête.
« Vous feriez mieux de me tuer tout de suite! criait don Carlos. Si vous ne me tuez pas, je me tuerai moi-même. – Vous n’en ferez rien, dit le roi; ce serait l’action d’un fou.- Je ne suis pas fou; mais vous me traitez si mal que vous me réduisez au désespoir! »
Ces lignes de Prosper Mérimée (Philippe II et Don Carlos, la Revue des deux Mondes, 1859) pourraient servir d’exergue au destin d’un personnage qui n’a pas attendu le XIXe siècle pour échapper à l’Histoire, la grande, et s’évader de la sienne, tortueuse et tragique.

En 1672, Saint-Réal, cadet d’une famille de Chambéry, abbé malgré lui, passionné d’histoire et de lettres, bagarreur qui fait le coup de poing dans les tripots parisiens, publie « Dom Carlos, nouvelle historique », texte contemporain de La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette. C’est lui qui a créé le personnage que la littérature et l’Opéra nous ont rendus familier. L’idée d’un infant amoureux, qui veut se faire aimer d’une fiancée inconnue qui l’aime aussi sans l’avoir jamais vu, c’est la sienne. Schiller commence différemment son drame interminable de 5.300 vers iambiques (5 pieds). Pourtant, l’unique source qu’avoue le livret est le Don Karlos, Infant von Spanien, de Schiller.
Il faudrait un volume pour débrouiller l’écheveau des différents textes : la nouvelle, le drame et les livrets.

PLUSIEURS VERSIONS D’UN OPÉRA

Don Carlos a été commandé à Verdi par l’Opéra de Paris pour l’Exposition Universelle de 1867, sur un livret de Camille du Locle et Joseph Méry. Le jour de la création, le 11 mars 1967, on joue une version différente de celle qui a été répétée.
La traduction en italien est d’Achille de Lauzières et Angelo Zanardini.
Des parties recomposées par Verdi, ont été écrites par le librettiste d’Aïda : Antonio Ghislanzoni.
Les deux versions italiennes, révisées par Ghislanzoni, sont identiques à un acte près : celle de Milan, en 1884, supprime l’acte de Fontainebleau. La version de Modène, en 1886, le rétablit.

En 1964, l’Opéra de Paris, avait donné une version en italien (Franco Corelli, don Carlo ; Suzanne Sarroca, Elisabetta ; Rita Gorr, Eboli) et en 1986, sans aucun succès, une version en français, qui incorporait le ballet de la Perle.

C’est en 1996 que Roberto Alagna fait triompher Don Carlos au Châtelet dans la version d’Antonio Pappano, version repensée à partir des livrets parisiens, qui comporte des ajouts pris dans les versions italiennes, et des coupures. Il a chanté le 29 février et les 1°, 4, 7, 10, 13 et 16 mars. Il y a eu une retransmission (Arte) et il existe un DVD. (DVD ARTS avec Roberto Alagna, José Van Dam, Thomas Hampson, Karita Mattila et Waltraud Meier).

Depuis ce spectacle, rendu mythique par un ténor de trente-deux ans, Paris n’avait plus entendu le Don Carlos de Roberto Alagna.
C’est en italien, dans la version Modène, que, vingt-trois ans après Le Châtelet, Roberto Alagna reprend le rôle à l’Opéra de Paris, les 25, 28, 31 novembre et les 4, 7 et 11 novembre 2019.

Il y a quelques semaines, on trouvait l’affiche de Carmen (Stade de France, le 19 septembre 2020 avec Alagna, Uria-Monzon, Kurzak) dans le métro. Un soir, de ma station, Abbesses, jusqu’à l’Opéra, changement Concorde ou Madeleine, tout le long, j’ai été escortée par l’affiche de Don Carlo.

© Jacqueline Dauxois

Elīna Garanča au Théâtre des Champs-Elysées, le 14 octobre 2019

Elīna Garanča a été Dalila à Vienne et New York pendant la saison dernière avec Roberto Alagna dans le rôle de Samson. Pour la saison prochaine, elle reprend le rôle au Staatsoper de Berlin, sous la direction de Daniel Barenboim, elle retrouve le personnage de la princesse Eboli de Don Carlo, qu’elle chantera en Italien pour la première fois au Bayerische Staatsoper, avant de devenir, au Met, la Marguerite de La Damnation de Faust.

Lire la suite

Le Requiem de Verdi, traduction, analyse et interprétation du 27 septembre 2019, à la Philharmonie de Varsovie

Roberto Alagna, répétition du 25 septembre 2019.

Introduction

 LETTRE DE VARSOVIE

Dans le vol Paris-Varsovie, j’ai traduit le Requiem de Verdi, dans lequel je n’arrivais pas à entrer ; c’est si sensible un mot, peut-être que chacun a besoin des siens sur ce type de texte. La traduction littérale est obscure, qu’est-ce que ça veut dire : « que le porte-étendard saint Michel les introduise dans ta sainte lumière »? Il y a un risque d’obscurité dans ce cas. Il est exact d’évoquer la lumière éternelle, mais c’est une expression abstraite, au contraire, en évoquant une lumière sans déclin, vous avez beau être prévenu puisque « sans » précède « déclin », vous le voyez et il vous illumine, ce soleil d’or rouge qui, au lieu de disparaître derrière l’horizon que vous aimez, reste suspendu au milieu de la voûte céleste pour ne plus jamais se coucher. Donc il y a des passages à éclaircir, des choix à faire et même des ajouts. Traduire Marie, sans ajouter Madeleine, alors qu’il est question de la pécheresse, induit d’autant plus en erreur que Verdi fait entendre des accents d’Ave Maria à ce moment. Cela fait, il reste des expressions rebelles à toute traduction, même s’il existe des traductions. La cadence royale des jumeaux grecs : « Kyrie eleison » et « Christe eleison », sonne avec tant de grandeur qu’on les comprend mieux et avec une autre intelligence si on leur épargne la platitude du Seigneur prends pitié. Traduit-on de l’hébreu « amen » et « hosanna » ?

Lire la suite

Pagliacci avec Roberto Alagna et Aleksandra Kurzak au Deutsche Oper de Berlin

Suite de l’article sur Cavalleria Rusticana

Chapitre 2

PAGLIACCI

1

L’ARRIVÉE DU PETIT CIRQUE DE CANIO

Le corps de Turridu, qui paraissait si vrai quand il tombe à la fin de Cavalleria Rusticana, lorsque Tonio chante le prélude près de lui n’est qu’un vilain mannequin.
Le cheval d’Alfio était un joli camion jaune rieur, très expressif.
Après les applaudissements qui saluent la prestation de Carlos Alvarez, une 15 CV (je crois) fait son entrée.

Lire la suite

Roberto ALAGNA dans CAVALLERIA RUSTICANA au Deutsche Oper de Berlin, septembre 2019

Roberto Alagna a donné trois représentations de Cavalleria Rusticana et Pagliacci au Deutsche Oper de Berlin les 13, 16 et 20 septembre 2019.
Il a été rejoint dans Paillasse par Aleksandra Kurzak, interprète de Nedda.
Les spectacles ont été précédés par deux répétitions : le mardi 10, Pagliaccio, le mercredi 11, Cavalleria Rusticana.

Chapitre 1

CAVALLERIA RUSTICANA

Des loges à la salle, les coulisses sont bordées de statues religieuses que le chœur va conduire sur la scène pour la procession de Pâques et on longe un échafaudage (photo ci-dessous). Au premier plan, l’escalier conduit les chanteurs jusqu’au pont qu’on voit au fond du cliché. Sur ce pont, qui occupe toute la largeur de la scène, Turridu et Lola se jettent dans les bras l’un de l’autre et font l’amour après les Sicilienne.

Lire la suite

ALCHIMIA de Patricia Petibon au 70 e Festival de musique de Menton

Teint de porcelaine poudré de lune, paupières scintillantes d’une poussière d’étoiles, cheveux incandescents torsadés dans un bandeau couronnant son front pâle, Patricia Petibon s’approche du piano sur le parvis de Saint-Michel-Archange dans une longue robe de satin et dentelles d’un rose qui hésite entre saumon et corail et la moule dans un écrin intemporel.

Lire la suite