Roberto ALAGNA et Aleksandra KURZAK, concert Puccini au Théâtre des Champs-Elysées, le 6 novembre 2018

Le concert Puccini ou le triomphe de l’amour

 

Dans le droit fil de leur Traviata à l’Opéra Bastille, ils ont fait du concert Puccini au Théâtre des Champs-Elysées celui du triomphe de l’amour. Un public venu pour aimer, les acclamait avec un tel enthousiasme qu’Aleksandra Kurzak, alors qu’elle chantait son bis, a été interrompue par des bravos avant la fin du sublime O mio babbino caro (exrait de Gianni Schicchi). Pour lui épargner les perturbations d’une grogne bruyante, aucun loggioniste n’a conspué les intempestifs applaudisseurs qui découvraient peut-être, ce soir-là, un air moins connu que ceux de Tosca, la Bohème ou Butterfly. Toute la soirée, les ovations ont retentit pour les airs d’Aleksandra Kurzak d’un côté, pour ceux de Roberto Alagna de l’autre et pour tous les deux pendant les duos où leurs voix mélangées se liaient si étroitement qu’elles semblaient n’être qu’une seule voix.

 

 

 

Donner à découvrir, c’est la signature des concerts d’Alagna. Le concentré d’airs et de duos inscrits au programme a révélé les richesses et les complexités musicales du discours amoureux chez un compositeur dont les œuvres sont parmi les plus jouées dans le monde. Quant à lui, Alagna, il a confirmé ce que révélait sa Traviata, quelques jours plus tôt à l’Opéra Bastille. Il n’a pas cessé d’être le héros romantique idéal.

Il a été, à Vienne et à New York, un Samson d’une puissance exceptionnelle. Vocale mais physique aussi, les metteurs en scène donnaient à voir sa force avec jubilation. Dans ses loques du troisième acte, la poitrine et les bras de lutteur gonflés à craquer, tout seul, sans colonnes de temple à repousser, il apparaissait comme un colosse de chair. Six jours après le dernier Samson de New York, il enfile à Paris la redingote d’Alfredo et, uniquement préoccupé par ses amours avec la belle aux Camélias, semble n’être plus que fragilité. Qu’est-ce qu’il en a fait, du géant martyrisé de Vienne, cet irrésistible Alfredo ?

 

 

 

 

Dans ce théâtre, un jour, Roberto Alagna en scène a dit à sa maman, qui était dans la salle, de ne pas écouter parce qu’il allait chanter l’hymne des Siciliens exilés qui la ferait pleurer.  Le théâtre se prête à cette intimité, et et, le soir du concert, des spectateurs ont crié : « Roberto! » c’était lui dire qu’ils voulaient le voir ou revoir dans ces rôles romantiques dont il donnait des extraits.

D’autant qu’avec le « Ch’ella mi creda » de Johnson,  il a attisé  les regrets de ne l’avoir jamais entendu dans La Fanciulla dell west.
En bis, il a donné E Lucevan le stelle et la salle était transportée de retrouver l’unique Cavaradossi. Les ovations redoublaient alors qu’il mettait sans cesse Aleksandra, sa partenaire, sa femme, à l’honneur, comme pour lui donner toute la gloire et le bonheur de ce concert.

 

Touche finale. Laissant à Aleksandra les paillettes, il portait un habit à l’élégance classique dont la chemise, col cassé piquée d’un brillant, évoquait sa récente Traviata. Comme s’il assortissait son jeu à  son habit, alors que a voix du ténor resplendissait dans des soleils de vaillance, le jeu de l’acteur, sobre et d’une force retenue, était aussi superbe que lorsqu’il livre tout.

 

 

En annexe, le programme auquel il faut ajouter les bis :
Aleksandra Kurzak : O mio babbino caro ,
Roberto Alagna : E Lucevan le stelle (Tosca) et O soave fanciulla (La Bohème).

 

@ texte et photos Jacqueline Dauxois

Roberto Alagna et Aleksandra Kurzak, les duos de la Traviata Opéra de Paris Bastille 2018 en images

ROBERTO ALAGNA et ALEKSANDRA KURZAK

Les duos de La Traviata en images

 

C’est avec Verdi que, le 26 octobre 2018, ils ont fêté la sortie de leur disque Puccini in love. Leur Traviata à l’Opéra de Paris Bastille, qui précède leur concert Puccini au TCE, ils l’ont chantée ensemble un seul soir. Jusque-là, il était Samson à New York, elle était Violetta à Paris.

 

 

Et puis il y a eu le 26.

 

 

 

 

 

Ils ont été Alfredo et Violetta comme on n‘ose pas les rêver, ils nous les ont donnés, ce soir-là, avec une générosité passionnée. Ils ont été le couple de chanteurs romantique parfait, ils ont incarné cet amour idéal et désespéré qu’Alexandre Dumas fils avait imaginé. La salle planait dans le bonheur, y compris le bonheur des larmes à la fin de Violetta.

Ci-dessus : les saluts devant le rideau.

 

Ci-dessous  : les saluts vus des coulisses.

Ci-dessous : la troupe derrière le rideau.

 

 

Signature après le spectacle

Après les saluts, un autre triomphe les attend quand ils descendent l’escalier pour aller dans le grand hall signer le disque Puccini in love.

 

 

© texte et photos Jacqueline Dauxois

 

 

Roberto Alagna, dans La Traviata, Opéra de Paris 2018, un Alfredo parfait

Un Alfredo parfait

Unique représentation de La Traviata avec Roberto Alagna, le 26 octobre 2018, à l’Opéra de Paris.

 

 

C’était à un moment où il ne chantait pas.
Tout au début.
C’était même avant le Libiam’.


Il a eu un regard vers l’Olympia de Manet suspendue au dossier du lit de Violetta. Comment de respectables critiques d’art ont-ils pu sérieusement qualifier d’effrontée cette femme nue ? C’est un mystère aussi profond que celui des bâtisseurs des pyramides. Il existe peut-être ailleurs, une Olympia vivante, effrontée, joyeuse ou triste, celle du tableau c’est une morte au regard mort qui attend le client.


Il a levé les yeux vers elle un court instant.
Ses yeux disaient, tu es peut-être à tout le monde, tu ne seras qu’à moi , déjà tu n’es plus cette morte, tu vas ressusciter.
A cet instant, on est entrés avec lui dans la magie.
Comme chaque fois.

 

 

 

On savait que ce serait parfait. Que tout serait parfait son chant, son jeu, le libiam’, la caballette, les duos, tout. Son Alfredo venait nous donner sa jeunesse. Ceux qui l’étaient, jeunes, dans la salle, à la fin pleuraient avec lui autant que ceux qui avaient cessé depuis longtemps de l’être. Et ceux-là, qui se réjouissent de tout ce qu’il fait depuis, découvraient en sortant qu’ils avaient attendu plus de vingt ans que Roberto Alagna leur donne à nouveau « son » Alfredo.

 

 

© texte et photos Jacqueline Dauxois

 

Un entretien de Roberto Alagna au Corriere della Sera, traduction de Jacqueline Dauxois

À bâtons rompus

La veille de la générale de Samson et Dalila, le 19 septembre 2018, Roberto Alagna, de sa loge du Metropolitan Opera de New York, donne au Corriere delle Sera un entretien téléphoné dans lequel il aborde plusieurs sujets de sa vie personnelle et publique.
Plusieurs sites ont mis en ligne la bande audio dont voici la traduction.
Les titres ont été ajoutés et des coupures faites en accord avec Roberto Alagna.

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L’ « Opening Night » du Met avec Roberto Alagna et Elīna Garanča dans Samson et Dalila

 

L’Opening night, à New York, est une vraie fête de la musique qui se prépare pendant des semaines et s’achève par les saluts le soir de la Première. Le 24 septembre 2018, Samson et Dalila, avec Roberto Alagna et Elīna Garanča dans les rôles titres, ouvre la saison.

 

 

 

 

 

 

 

Manhattan avant l’Opening Night

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Les deux Samson et Dalila de Roberto Alagna et Elīna Garanča

 

Deux mises en scène pas à pas

Acte 1

Victorieux des Hébreux

Au premier acte, à condition de cadrer serré pour éviter de montrer le costume de Samson, et supprimer décors et  choristes, le même geste de Samson triomphant, qui relève un peuple d’esclaves pour lui rendre sa liberté et son Dieu, ferait presque croire à deux approches analogues entre la mise en scène et d’Alexsandra Liedtke, à Vienne, en mai 2018, et celle de Darko Tresnjak, à New York, en septembre de la même année. Lire la suite

Les deux Dalila d’Elīna Garanča en images

 

Avec sa voix de mezzo en velours et son talent de tragédienne, Elīna Garanča, avec ses personnages, explore tous les registres de la séduction, de l’ambiguïté des travesti à ceux de la femme fatale. Elle a été un inoubliable Octavian jusqu’en 2017. Cette année-là, en même temps que Renée Fleming faisait ses adieux au rôle de la Maréchale, Elīna Garanča, pour interpréter un répertoire plus dramatique, a chanté ce personnage pour la dernière fois, au Met, dans la production de Robert Carsen. Après plusieurs somptueuses Carmen, à New York, Vienne et Paris, en quelques mois, elle interprète deux Dalila en quelques mois, avec Roberto Alagna dans le rôle de Samson. Lire la suite