Roberto Alagna au Metropolitan Opera, un Roméo cosmique

ASTROLABE ET COSMOS

Au Metropolitan Opera de New York, en 2007, les décors n’attendent pas la spectaculaire image où le lit de la première nuit d’amour descend des cintres au milieu des étoiles pendant que le vent agite les draps pour proclamer que « Roméo et Juliette » est une histoire d’amour cosmique.
Dès le début, pendant la rencontre au bal des Capulet et les scènes du balcon, Roméo et Juliette évoluent sur un parquet qui représente un astrolabe géant, projection plane de la voûte céleste, ceinturé par un anneau avec les douze signes du zodiaques.

L’ensemble mobile, dont les anneaux extérieurs se soulèvent et s’abaissent ainsi que le plateau central, se prête à différents jeux de scène qui soutiennent l’action, forment des cachettes ou des appuis jusqu’au « jour de deuil », pivot de la marche à la mort, où Roméo tue Tibalt en duel.

LE COSMOS TÉMOIN DE L’AMOUR ET LA MORT


Le cosmos est ainsi le premier témoin de la naissance de l’amour, de son double accomplissement dans le mariage religieux et l’amour charnel, et de la mort annoncée, celle de Tibalt préludant à celle des époux.


En même temps que l’astrolabe occupe la partie centrale du plateau, le décor du fond, où la maison de Juliette est représentée par une marqueterie renaissance si fouillée qu’elle pourrait borner la scène, s’ouvre sur un jeu de projections de la voûte céleste avec ses galaxies d’une beauté magique aux couleurs changeantes qui foncent ou rosissent.


Ainsi Roméo, sous le balcon de Juliette, a les pieds sur l’astrolabe, au milieu des astres du ciel représentés à la mesure humaine, la lune comme un croissant, et la tête dans des poussières d’étoiles qui ouvrent sur l’infini.
Cette représentation propose une double image figurée : celle du dramaturge qui doit enserrer dans la limite des mots une histoire grande comme le monde et celle de l’amour considéré comme porteur de l’infini cosmique. On ne peut qu’être enthousiasmé par cette vision si shakespearienne de Roméo et Juliette.

DES IMAGES FAITES POUR ALAGNA

Ces images vont si bien à Roberto Alagna qu’elles semblent conçues pour lui qui affirme que chanter, c’est prier. On n’en doute pas, quand on le voit sur une scène. Ici, la conception de cette production ne l’oblige pas à imposer la vérité de son personnage contre tout ce qui l’entoure, mais le sert, exalte tout ce qu’il est, dans sa nature même et dans ce qu’il a conquis pour son art depuis ses premiers pas à l’Opéra. Cette concordance, lui épargne d’épuisants combats et d’inutiles fatigues, alors qu’il est obligé d’user ses forces si souvent simplement pour respecter l’œuvre qu’il interprète, le personnage qu’il incarne et son public venu l’entendre qui, comme lui, déteste les contresens (tout ce qui devrait être un évident acquis), et procure une aisance suprême à son Roméo, d’autant qu’avec Anna Netrebko pour Juliette, tous les deux sont parfaits.

 La vision cosmique du réalisateur rend compte d’un rêve ou d’une réalité suggérant que le caractère immortel des héros de Shakespeare est inscrit dans les étoiles de toute éternité. Ce n’est donc pas fortuit si les deux moments où le décor est clos sont lorsque Juliette avale le faux poison et la fin, dans le tombeau, où les époux se rejoignent dans la mort. Dans ces deux scènes, la mort est présente, en simulacre d’abord puis en réalité, donc l’immortel cosmos disparait, se voile le visage, refuse d’y assister. Mais pour ne pas renoncer à l’idée de la grandeur humaine d’un amour aussi puissant, le plafond de la chambre, très élevé, donne cette ample respiration qui permet à Juliette de boire « à Roméo » – et celui du tombeau, contrairement à la réalité des chapelles funéraires, mais en accord avec l’univers de Shakespeare et avec nos attentes, est vertigineusement élevé. Il se perd à une hauteur démesurée, volontairement soulignée par un escalier fictif (Roméo en emprunte un autre pour descendre près de Juliette) et semble grimper dans les cintres aussi haut qu’en descendait le lit, comme si leur amour abaissé sur la terre repartait vers le ciel. L’escalier irréel figure alors une image du salut et répond à la prière de Juliette et Roméo qui demandent à Dieu pardon de se tuer à la fin d’une scène si cruelle que, de nos jours, on pourrait s’attendre à ce qu’ils mettent en question le « Dieu de bonté, Dieu de clémence » qu’ils ont prié passionnément depuis leur mariage.

AJOUTER AU CLASSIQUE SANS LE DÉNATURER

Cette approche de l’œuvre, qui va, pour ceux le veulent, au-delà d’une lecture au premier degré, sans rien dénaturer de son caractère classique, est d’autant plus convaincante aujourd’hui où tant de mises en scène contemporaines étouffent les forêts, les palais, les amours et les rêves dans des décors étriques et vilains qui représentent de petites boites très laides, hangars, bureaux, salles de conférences ou de rien du tout, au plafond bas, éclairées au néon qui n’ont pas d’autre but, avoué d’ailleurs, que politique destiné à détruire une culture, un art sublime pour imposer un concept rudimentaire et démontrer que tout n’est qu’égalité, que le beau égale le laid, le grand le petit, le noble l’ignoble, le crime et l’innocence – et que personne n’a le droit de juger une mise en scène tordue.
Emparons-nous de ce droit, qu’on nous refuse aujourd’hui, pour applaudir le Met et sa conception de l’art lyrique, qui ajoute sans dénaturer.
Pour regarder et regarder encore un Alagna époustouflant dans l’incroyable jeunesse, vocale, mais pas seulement, de ce Roméo idéal.

© Jacqueline Dauxois

Images : captations de la vidéo du Met le 8/12/2007.

« Les Cavaliers » de Kessel ou l’épopée d’un monde assassiné

L’ÉPOPÉE D’UN MONDE EXÉCUTÉ

Ci-dessus : Joseph Kessel.


En 1967, Joseph Kessel écrit « Les Cavaliers », roman épique barbare et foisonnant, publié par Gallimard. On lit d’un trait les cinq cents quarante-six pages de ce roman du courage incandescent et des ravages de la trahison, dont les héros sont un cavalier et un cheval de légende, Jehol, « le cheval fou », si étroitement soudés l’un à l’autre que leur vies mêmes sont liées. Mais ce centaure dépasse tout ce que l’Antiquité avait imaginé, le cavalier, Ouroz, dans une course à l’abîme qui est tout le sujet du livre, s’est fait scier une jambe gangrénée qui l’aurait conduit à la mort.

Auteur de quatre-vingt-sept livres, Joseph Kessel, est un héros qui a fait les deux guerres, engagé volontaire dans l’aviation au cours de la première, capitaine pendant la deuxième reporteur, voyageur, baroudeur, sa vie remplirait plusieurs romans, son écriture est d’une puissance magistrale, ses personnages inoubliables.

Le décor des Cavaliers, c’est l’Afghanistan, qu’il connaît avec ses bouzkachis effrénés et sauvages où deux équipes à cheval se disputent parfois au péril de leur vie les restes d’un bouc, ses paysages et ses architectures fabuleuses sur la route des caravanes. Sur cette terre où la montagne domine la steppe infinie vivaient des hommes aux passions sans retour, d’une cruauté et d’une grandeur qui rejoint le mythe : les cavaliers. Quand le bouzkachi d’autant plus enragé qu’il se dispute en présence du roi s’achève, l’intrépide et cruel Ouroz a une jambe fracassée et il fuit à cheval l’hôpital qu’il juge indécent. Alors commence le fabuleux périple par lequel il s’enfonce dans le cœur du pays et dépouille son âme et ses sentiments, comme sa jambe, jusqu’à l’os. Hommes et femmes, les personnages qu’il croise le long du périple mortel dans lequel il s’engage sont, comme lui, des héros de légende que rien ne détourne d’être eux-même. Y compris le fidèle entre les fidèles, le traître absolu et parfait comme on en trouve dans Shakespeare.

Ci-dessus : Les Bouddhas de Bâniyân (trois photos distinctes accolées).

Ci-dessus : le vide après la destruction à l’explosif.

En Afghanistan setrouve l’Indou Kouch, le passage des caravanes, dont la beauté a fasciné des générations de voyageurs. Bordant la vallée, les montagnes abruptes offrent un musée sculpté à ciel ouvert foisonnant de bouddhas gréco-bouddhiques. Ces trésors de l’art du 4ème et du 5ème siècle ont déjà été attaqués par les civilisations de la mort : l’islam, au 8ème siècle, et Genghis Khan, en 1222. Restaient deux bouddhas gigantesques taillés dans le roc de la falaise de Bâmiyân. Le plus petit de trente-cinq mètres et le plus grand de cinquante-cinq défiaient les barbares, toujours debout en 2001.
Le 1° mars 2001, un décret du mollah Omar, ordonne leur destruction à l’explosif. Un trésor de l’humanité part en fumée.

Le 1° mars 2001, le roman de Kessel devient un irremplaçable document sur un mode de vie assassiné sans cesser d’être ce fabuleux roman d’un auteur aussi géant que les bouddhas des falaises de Bâmiyân.

© Jacqueline Dauxois

Aleksandra Kurzak de l’ouverture de la Scala au récital du 11 avril 2021, nos solitudes

DE L’OUVERTURE DE LA SCALA AU RÉCITAL D’ALEKSANDRA KURZAK

En pleine tempête covid, le 7 décembre 2020, la Scala a fait de sa traditionnelle ouverture, un événement mondial, mettant en scène une pléiade d’artistes qui se sont succédés devant une salle dramatiquement vide. Le nom donné au spectacle : A riveder le stelle, « pour revoir nos étoiles » sonnait comme un défi à l’étranglement programmé de la culture. On a entendu, cette nuit-là, l’un après l’autre, Aleksandra Kurzak, et ensuite Roberto Alagna qui, dans le lamento de Mario, nous a déchiré l’âme. Nous espérions les retrouver tous les deux dans Tosca à l’Opéra de Paris, en mai 2021.

LE RÉCITAL DU 11 AVRIL 2021

Les places pour Tosca viennent d’être remboursées et, le 11 avril 2021, la Scala est toujours vide lorsque Aleksandra Kurzak fait de nouveau son entrée sur cette scène où elle a triomphé dans Gilda la première fois qu’elle s’y est produite, où elle a été une exquise Suzanne et, où plus tard, devant un public que la mise en scène consternait ou rendait tumultueux, elle a sauvé Le Comte Ory.

NOS SOLITUDES

Pour son récital du 11 avril 2021 tout semble comme d’habitude. Rien n’est pareil. Personne ne s’habitue. La longue robe printanière de la soprano veut tenir tête aux oukases qui s’abattent la culture mondialement en berne, mais au fil des airs (Chopin, Schumann, Brahms, Chopin encore et Pauline Viardot, Tchaikovsly), l’étau du vide et du silence ne se desserre pas.

D’un chant qui s’enchaîne à un autre sans que les applaudissement retentissent, s’étale un glacis de silence, auquel personne ne s’habituera jamais et qui devient plus lourd à mesure que passent les semaines. La soprano chante, les yeux baissées sur la partition, évitant d’évaluer la pesanteur de l’absence. Séduits par la beauté du programme et l’élégance de sa voix dont les couleurs se révèlent, pétrifiés par un élan vers elle qui ne peut s’exprimer, les spectateurs sont incapables de reprendre pied dans une réalité qui ne soit déchirante. Quel courage, il faut aux artistes qui acceptent de se produire pour nous dans ces conditions – et plus le temps passe, plus il leur en faut.
Aleksandra Kurzak affronte ce vide qui vient de la salle et des coulisses, elles aussi réduites au mode survie – même si Dominique Meyer est là, dans un pli de rideau. Ayant donné le plus limpide et le plus émouvant de son chant, lorsqu’elle s’incline devant les fauteuils vides, l’air d’une voile dérivant dans le calme plat de l’absence, le regard un peu perdu, elle tente peut-être de se représenter ses spectateurs éparpillés dans leurs maisons.
Et nous regardions nos mains inertes, incapables d’applaudir un écran.

© Jacqueline Dauxois

Les illustrations sont des captations faites pendant la retransmission du concert.

Roberto Alagna « Le Chanteur », CD

« Le Chanteur », c’est le titre du disque de Roberto Alagna, sorti le 23 octobre 2020. C’est celui d’une chanson de Serge Lama et Alice Dona, avec laquelle le ténor commence le CD (Sony) qu’il consacre à quinze titres de la chanson française.

Sur ce montage, qui n’est pas la couverture du disque, la carte de France, à l’encre de Chine, est le travail d’un jeune dessinateur, Pablo Raison, en 2019.
J’ai pris la photo de Roberto Alagna à Monte-Carlo, pendant une répétition de « Luisa Miller » (voir l’article sur le site).



Bien qu’il soit aussi un autre (sinon plusieurs autres), le chanteur de la chanson, c’est lui. Il lui ressemble. Ses fans rêvent de lui : « Il nous fait croire un moment /Qu’il est devenu notre amant ». Ils sont venus de partout, décidés à l’entendre quoi qu’il en coûte, résignés à l’attendre des heures « les deux pieds dans la boue », consentant même à ne voir qu’un petit morceau de lui, s’ils doivent se contenter des mauvaises places lorsque les bonnes sont déjà prises : « on en verra que la moitié/ Mais la moitié qu’on verra/ On s’en contentera », entretenant le rêve fou que leur idole : « Nous emportera chez lui/Pour effeuiller nos mémoires,/ Nos visages d’un soir ».


Et soudain, derrière les paroles de la chanson, surgit un autre chanteur : le ténor d’Opéra ! « Celui qui rit, celui qui pleure », c’est Paillasse ! C’est Canio désespéré qui s’enfarine le visage pour faire rire son public avant de tuer et de se tuer : « Tramuta in Lazzi lo spasmo ed il pianto ;/ In una smorfia il sighiozzo e il dolore…/ Ridi Pagliaccio, sul tuo amore infranto ! » «Fais-les rire avec tes larmes et ta souffrance/plaisante et blague de tes sanglots/ Ris Paillasse, de ton amour en morceaux !»

Sur la toile : mes photos du « Pagliacci »du Metropolitan (voir les articles sur le site).

Comme dans un gant, Roberto Alagna se glisse dans les paroles de la chanson :

« On a collé l’autre jour ses photos dans les rues,
Ça faisait presque deux ans qu’il n’était pas venu.
Dans les théâtres, l’hiver,
Il nous invente la mer.
L’été, sous les chapiteaux,
Il nous fait les oiseaux.

« Sous le soleil ambulant de quelques projecteurs,
Il se fait bronzer tous les soirs sur le coup des onze heures.
Il nous fait croire un moment
Qu’il est devenu notre amant,
Juste le temps, c’est bien court,
D’une chanson d’amour.

« On est venu ce soir voir le chanteur,
Le chanteur qu’il faut voir, celui qui rit, celui qui pleure.

« Si l’on en croît les journaux, on le verra debout
Après l’avoir attendu les deux pieds dans la boue.
Comme on sera pas bien placé,
On en verra que la moitié ;
Mais la moitié qu’on verra,
On s’en contentera.

« On est venu ce soir voir le chanteur,
Le chanteur qu’il faut voir, celui qui rit celui qui pleure.

« Vers les minuit et demi finira le hasard,
On l’emportera chez nous au fond de nos mémoires.
Peut-être que lui aussi
Nous emportera chez lui
Pour effeuiller nos mémoires,
Nos visages d’un soir.

« On est venu ce soir voir le chanteur,
Le chanteur qu’il faut voir, celui qui rit celui qui pleure.

« On est venu ce soir voir le chanteur
Et il peut bien pleuvoir, le cœur rempli d’espoir,
On est venu ce soir voir le chanteur. »

Si seulement c’était vrai ! si nous pouvions venir le voir ! si théâtres, opéras, cinémas n’étaient pas fermés ! Si nous n’étions pas empêchés de nous retrouver sauf à la supérette !
Comme si les arts n’étaient pas le produit de première nécessité par excellence, le souffle même de la vie. Et c’est peut-être pour cette raison qu’Alagna, qui a enregistré le disque l’été dernier, en plein Covid-19, ne reprend pas son souffle entre les chansons, mais les enchaîne dans l’urgence, comme si le temps nous était compté, alors qu’on en a trop pour se désespérer de ne rien faire et plus assez pour vivre et pour aimer.

Quinze chansons roulent leurs flots comme la marée montante, toutes différentes, irisées comme la vague qui jette son écume dans l’arc-en-ciel, emportées d’une seule coulée où tous les airs s’enchaînent sans ménager d’espaces entre eux, créant une histoire commune à ces quinze histoires.
On sourit quand on entend « sa voix couvre ma voix » (« Padam, padam ») en se demandant ce qui pourrait bien couvrir cette voix, des tambours? ; on savoure, lorsque, sans imiter, il permet de distinguer en filigrane, à travers ses couleurs à lui, celles d’un autre (« Les feuilles mortes ») ; on se laisse emporter par la force et la vaillance de son timbre héroïque (« Il pleut sur la route ») ; on découvre, mêlées à la sienne, les voix de sa femme et de ses deux filles, et on s’étonne de trouver tout neufs ces airs connus arrangés par Ivan Cassar et Roberto Alagna lui-même.

Ce disque le raconte. Au carrefour de la nostalgie, de la pluralité, des influences venues d’ailleurs, c’est lui qu’on retrouve, au cœur du meltingpot qui fait la France, lui, le Français né de parents siciliens avec du sang espagnol dans les veines (oui aussi cf. Je ne suis pas le fruit du hasard), qui enfant, jouait avec les Gitans de son quartier, qui a été formé à l’Opéra pendant ses années de cabaret par le cubain Rafaël Ruiz. Lui qui ne renie rien et intègre ce qu’il aime à ce qu’il est devenu.
Il chante Mayari, le lamento afro-cubain de Joséphine Baker, avec sa fille, aînée, Ornella, dont les élégances vocales reflètent celles de son père. On peut trouver ce texte ici étonnant, mais Alagna étonne chaque fois, il ne serait pas lui sans ça.
Il chante, avec l’enfant Malèna, Domino qu’il a adapté pour elle, à sa demande à elle, en adoration devant lui depuis qu’elle est née (cf : Lettre à Malèna).
Il chante avec Aleksandra Kurzak, sa femme, un Maniusciu, ach ! ébouriffant.

Ce disque est une déclaration d’amour à la chanson française, à ses racines multiples, à tout ce qu’elle su absorber et faire sien. En ces temps de confinements à répétitions que nous subissons depuis plus d’un an, pendant que la tristesse tombe et retombe sur nous, il apporte un rayon ardent auquel se réchauffer un moment… en attendant que nous puissions renaître, ensemble, lui sur une scène, son public l’acclamant.

Annexe :
À l’exception des photos de
« Paillasse« , les autres sont des captations.
À cause de la covid, l’été dernier, je n’ai pas demandé à assister même à une seule séance de l’enregistrement du disque.
À cause des conséquences interminables de mon accident du 3 octobre 2020, qui m’ont empêchée de marcher pendant six mois, et qui s’ajoutaient aux restrictions sanitaires de l’interminable pandémie, étrangleuse de la culture, je n’ai assisté à aucune promotion du « Chanteur ».
Les photos sont des captations.

À ma connaissance, Roberto Alagna a fait seul la promotion du « Chanteur », sauf une fois où il est venu sur un plateau avec Malènaparce que sans l’intervention de sa toute petite il n’aurait pas ajouté à « Domino » les quelques vers qui changent tout.

© Jacqueline Dauxois

Ci-dessus, la couverture Sony.

France Culture : Entretien entretien avec Jacqueline Dauxois sur « Le Mémorial des anges oubliés »

« Un livre contre l’instrumentalisation de la religion, le fanatisme et l’intégrisme ».
Alexis Chryssostalis

« Le mémorial des anges oubliés est un roman dont le sujet, cruel et malheureusement terriblement actuel, traite de la barbarie dans laquelle peuvent parfois plonger certaines personnes, des jeunes, voire des adolescents, vulnérables donc par définition, parce que la société dans laquelle ils vivent, y compris leur entourage proche, n’a pas pu ou n’a pas su leur donner les repères culturels, intellectuels et spirituels équilibrés et solides dont chacun de nous a besoin dans la vie ; les héros du Mémorial des anges oubliés sont nombreux, issus de tous les milieux, d’origines et de religions diverses ; ce livre parle de la descente aux enfers progressive d’une jeune fille de 15 ans, mais il commence et finit par des paroles qui ouvrent sur l’espoir. »
Alexis Chryssostalis

ÉCRIRE

Je suis un écrivain, je n’existe que pour écrire, c’est de l’encre qui me coule dans les veines avec les pulsions du clavier de l’ordinateur. Si vous me découpez le cœur, vous y trouvez des livres.
Le 3 octobre 2020, une chaufarderresse m’a tué la promotion de celui-là.

Je ne connaissais rien des hôpitaux. J’ai skié et fait de l’équitation à des niveaux où les chutes peuvent être fatales, je me me suis jamais rien cassé. J’ai assisté en Afrique à des cérémonies secrètes, on m’a découverte, on ne m’a rien fait ; sur la route de la soie, j’entendais tirer derrière les collines du caravansérail où je m’étais arrêtée avec mon guide ; au marché de Samarkand où pourtant je portais une robe par-dessus un pantalon, un vieil homme m’a frappé la tête avec sa canne jusqu’à ce que la police l’en empêche ; à la fin d’un colloque sur la poésie, sur le lac d’Ohrid en Macédoine, à la frontière de l’Albanie, je suis passé à travers le pare-brise d’un chauffeur qui confondait slivovitz et café au petit déjeuner. L’hôpital a retiré le verre de mon crâne, j’ai raté l’avion du retour, j’ai tout de même apporté à temps mon reportage au Magasine Littéraire. De petits bobos. Dans les coulisses des légendaires Opéras du monde, à l’ombre du ténor Roberto Alagna, je ne me suis jamais pris le pied dans le serpent d’un câble, jamais tordu la cheville dans l’obscurité et je n’ai pas dégringolé d’une de ces échelles où il est interdit de grimper. Je ne me suis jamais rien démoli. Je n’ai jamais cessé d’écrire. Sur la plus jolie plage des Tropiques, trois jours après mon arrivée, il me fallait un stylo, un cahier.

UN LIVRE TUÉ


Il a fallu l’attaque d’une auto folle pour arrêter en moi l’écriture et détruire la lancement de ce roman. Un chirurgien boucher d’une clinique Poubelle de la banlieue parisienne a terminé le travail de la chauffarde. Staphylocoque doré.
Un chirurgien génial des Hôpitaux de Paris m’a tirée de l’enfer. Après six mois passées enfermés chez moi, à taper dans les chambranles avec un fauteuil à roulettes, six mois sans descendre mes quatre étages sinon portée par des ambulanciers, six mois sans pouvoir écrire à cause de la plus redoutée des infections nosocomiales, je vais revivre, puisque je recommence à écrire.

REVIVRE

Écrire. Revivre. Grâce à ce chirurgien. Grâce à cet hôpital. Grâce à une émission de France Culture.

Depuis octobre la promotion du livre, en librairie quelques jours avant l’accident, a été annulée, pour commencer une signature conférence à la librairie des Abbesses et, en ce moment même dans le Midi, les conférences-concert que j’avais imaginées auxquelles un ami baryton avait accepté de participer.
C’est alors qu’Alexis Chryssostalis m’a téléphoné. Je ne pouvais pas marcher, il est venu enregistrer chez moi, avec son équipe.

L’enregistrement a eu lieu entre deux opérations.

Les coulisses de l’entretien. Dans la salle à manger changée en studio d’enregistrement, Alexis Chryssostalis avec Anne Perez, réalisatrice et Martin Troadec, technicien.

Cette émission participe à ma résurrection. Le producteur, musicien, pianiste, historien des textes, homme de science et de culture, Alexis Chryssostalis a étudié à l’institut de Théologie de Saint-Serge. Moi aussi. Il a enseigné à l’École Pratique des Hautes Études, moi à l’École Centrale de Paris. Il aime la musique byzantine et l’Opéra. Moi aussi.

C’est dire que les questions qu’il pose sont celles que j’ai envie d’entendre. Aussi, alors que je croyais ne plus pouvoir parler de ce livre tué, mes réponses coulaient de source, mes personnages se réveillaient, j’avais envie d’exister.

Écoutez-nous :

https://www.franceculture.fr/…/le-memorial-des-anges…

© Jacqueline Dauxois

RENCONTRE AVEC LE BARYTON RICHARD RITTELMANN

2020, l’Opéra équestre.

Le 11 juillet 2020, alors que les mesures destinées à circonscrire la covid-19 assassinaient la culture, fermaient jardins, librairies, disquaires, musées, cinémas, théâtres et Opéras comme non essentiels, nous traitant tous, non en personnes, mais en tubes digestifs, alors que depuis des mois, on n’entendait plus que de la musique en conserve, que même le Sud, avec ses Carnavals brutalement interrompus, était lugubre, le baryton Richard Rittelmann, dans un château, près de Grasse, a donné un concert en chair et en os. C’était le premier que j’entendais depuis 5 mois.

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De Jupiter à Wagner, les métamorphoses du cygne

LÉDA ET LE CYGNE

Elle est païenne et vieille de quelques millénaires, la première image d’un cygne qui a marqué l’imaginaire collectif. C’est celle du Zeus grec, devenu le Jupiter romain, mari volage qui séduisait des vierges par des tours de magie. Il n’avait pas de préjugés et à l’occasion, changé en aigle géant, il enleva aussi un berger adolescent, Ganymède. Mais sa préférence allait aux tendres jeunes filles qu’il violait utilisant des métamorphoses inaccessibles au plus retors des sorciers. Trois d’entre elles ont inspiré des peintres parmi les plus grands,- ce qui a perpétué leur souvenir à travers les siècles.
Jupiter enleva d’abord la nymphe Europe. Ayant pris l’apparence d’un taureau doux et docile, il l’emporta à travers les mers et l’engrossa de celui qui devint le roi Minos. Commémorant cette agression, le platane, depuis, en oublie de perdre sa ramure.
La deuxième, Danaé, princesse d’Argos, gisait au fond d’une prison où l’avait enfermée son père à la suite d’une de ces prédictions dont se délecta l’Antiquité annonçant que le fils de sa fille le supplanterait sur le trône. Pour approcher l’inapprochable, Jupiter se changea en pluie d’or. Persée naquit de cet accouplement plus fantastique encore que le précédent.

Rubens, Léda et le cygne.


Enfin, ce fut Léda, fille d’un roi de l’Étolie que le dieu des dieux païens approcha changé en cygne. On ignore si Danaé accoucha d’une bourse géante qui contenait Persée, mais on sait que Léda pondit un œuf d’où sortirent les jumeaux Castor et Pollux.

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