« Ma Louise », roman d’Édouard Moradpour, sélectionné pour le Renaudot

Idylle au Quartier Latin

Elle, Louise, petite factrice, jeune, très jeune en tout cas trop pour lui, Arnaud, gynécologue arrivé, marié, père de deux enfants, bon praticien, bon mari, bon père, bon fils. Elle est drôle et cocasse, bouillonnante de vie, lui sent déjà  la naphtaline. Tout les sépare, ce qui les rend irrésistibles l’un pour l’autre. C’est le début de Ma Louise, classique histoire d’amour, en apparence.

Akhnaten et Doctor Atomic, deux opéras interrogent notre univers

Les retransmissionsCovid du Metropolitan

Akhnaten, musique de Philip Glass, livret tiré du Livre des Morts de l’Anvcenne Égypte, production Phelim McDermott, avec AnthonyRoth Costanzo dans le rôle titre et J’Nai Bridge, Néfertiti.

Doctor Atomic, musique de John Adams, livret de Peter Sellars, production Penny Woolcock, avec Gerarld Finley dans le rôle de J.Robert Oppenheimer et Sasha Cooke, Kitty Oppenheimer.

L’APPARENCE ET LA RÉALITÉ

Alors que rien ne semble plus différent que les thèmes abordés par Akhnaton et Doctor Atomic, retransmis par le Met à quelques jours d’intervalle, ils se ressemblent, ils sont jumeaux, ils traitent le même sujet dans une perspective inversée : changer la conception du monde en modifiant la vie et la mort. Deux opéras faustiens, deux hommes au-delà de l’ordinaire humanité.

Retransmission, le 24 juin 2020, du « Samson et Dalila » de Roberto Alagna et Elīna Garanča, enregistrés le 20 octobre 2018

Les retransmissionsCovid du Metropolitan

Le 24 juin 2020.

En juin 2020, Orange aurait dû préparer le troisième Samson de Roberto Alagna pour le 10 juillet. Sans Elīna Garanča, mais mis en scène par Jean-Louis Grinda, ce qui permettait d’espérer le meilleur. À cause du covid-19, le spectacle est reporté à l’année prochaine. Le 24 juin 2020, le Met a retransmis le spectacle enregistré le 20 octobre 2018.

Lire la suite

Photographier Alagna ou la retransmission en 2020 de l’Otello de Vienne de 2018

Le 19 juin 2020

RetransmissionCovid de l’Opéra de Vienne

ARGENTIQUE NUMÉRIQUE


L’argentique, c’était le temps des tirages dans la salle de bains, du noir et blanc le plus souvent, pour chercher la pure beauté. Le numérique, qui a fait des progrès, n’a pas retrouvé cette qualité.
Malgré tout, c’est difficile de rater Alagna.
Quelques-uns y parviennent ; bien qu’armés jusqu’aux yeux de tout ce que la  technique a de plus sophistiqué, ils le loupent, alors que des appareils tout juste bons à illustrer les dimanches des familles, trouvent sur lui l’âme de ses héros.
Alors ?

Lire la suite

Quatre livres pour un ténor, genèse des « Quatre Saisons avec Roberto Alagna »

Je ne connaissais de lui que sa voix.
Elle me rendait intacts les héros lyriques de mon enfance, quand ma grand-mème m’inoculait l’Opéra en chantant tous les airs de la terre (à dix ans, je les croyais tous écrits pour sopranos, stupeur et fou rire lorsque j’ai découvert que  » n’ouvre ta porte, ma mie, que la bague au doigt » était la sérénade Méphisto) et ceux du temps fervent des JMF. Il faut dire qu’en ces temps-là, avec le catéchisme et le ciné-club, l’Opéra était le seul endroit où on pouvait rencontrer des garçons. Flirter dans l’obscurité d’une salle, à quinze ans, exaltée par les plus beaux airs du monde, chavirer sous le clair de lune enchanteur des projecteurs vous fait des souvenirs pour une vie entière.


Le courant de la vie cependant me faisait oublier les héros de ma jeunesse. La vie et ses remous, la vie et l’écriture, mon phare.
Pour écrire et rester libre, j’ai toujours exercé des métiers. L’Université a d’abord été un job comme un autre et après, diplômes en poche, les métiers à portée de la main (1). Tout pour écrire en toute liberté. Comme le temps est élastique, il est arrivé que j’écrive deux livres à la fois. De temps en temps, à n’importe quel âge, je retournais à l’Université suivre un cursus qui me tentait, je passais d’autres diplômes, pour changer d’air et m’aérer la tête.

Lire la suite

Quand Andrea Chenier soufflait les bougies d’Alagna, 7 juin 2019 -7 juin 2020

7 JUIN 2019 – 7 JUIN 2020

C’était il y a un an, le 7 juin 2019, Andrea Chénier soufflait les bougies d’anniversaire de Roberto Alagna, cela semble à des années lumières.
Aujourd’hui, comme tous ceux qui ont été happés par un art qui est devenu leur raison de vivre, le ténor se retrouve pire qu’enchaîné, bâillonné.

En scène.


Depuis trois mois on ne l’a pas vu, pas entendu. Il y a eu de petites distractions musicales, si ce n’est pas tout à fait rien, ce n’est pas grand chose. Mais l’art, dans sa grandeur, sa vérité et son mystère, l’art qu’on a vu culminer, il y a un an, avec Andrea Chenier, on ne l’a plus. Le manque est dramatique car nous sommes gavés de reproductions, mais c’est de l’art vivant que nous sommes privés, alors que l’année dernière, le 7 juin exactement…

C’était à Londres.
Le soir de son anniversaire, il a bouleversé l’interprétation traditionnelle et son Chénier transfiguré s’incarnait enfin tel que ne pouvait pas ne pas être le plus grand poète français de son temps, arbitrairement jeté en prison et guillotiné. Alagna a donné au chant du poète, dans sa dénonciation des crimes aveugles, sa passion d’amour, son défi à la mort, la force et la douceur qui sont sa marque. Qu’il ait connu par cœur la vie et l’œuvre de Chénier ou qu’il ait recrée le personnage de l’intérieur, il l’avait comme toujours abordé non pas en interprète mais en créateur pour en faire un flambeau de vérité.

Lire la suite

Coup de soleil de Nikita Mikhalkov

Alors que les cinémas sont fermés pour cause de pandémie mondiale, le 29 mai 2020, à sept heures du soir, le Centre de Russie pour la Science et la Culture a exceptionnellement rediffusé Coup de Soleil de Nikita Mikhalkov qui raconte l’un des épisodes les plus tragiques de la Révolution russe : la reddition au pouvoir soviétique de la flotte impériale de la mer Noire, dont c’était le centenaire.

D’après une nouvelle de 10 pages d’Ivan Bounine,  le film raconte la chute d’un monde et montre le sort effroyable réservé par les Soviets (les Alliés ne se sont pas mieux conduits envers eux) aux officiers vaincus du général Wrangel.

Lire la suite

Antigone ou le choix de la liberté dans la tragédie de Sophocle, III : La dernière d’une race de rois

­­

Troisième épisode : ­­

Créon, Hémon, le Chœur

Le deuxième épisode s’achevait sur les supplications d’Ismène, rejetées, l’une par sa sœur, qui n’accepte pas son sacrifice tardif et la condamne à vivre, l’autre par Créon qui refuse d’épargner Antigone :
« Ne me parle pas d’elle ; elle n’existe plus ».
La surprise, qui n’en était pas une pour les Grecs, était causée par la révélation d’un nouveau personnage : Hémon, fils de Créon et fiancé d’Antigone. Ismène s’adressait à lui, qui n’était pas encore entré : « Ô mon si cher Hémon, pour ton père, tu ne comptes pour rien ! » 
Le coryphée soutenait la supplication d’Ismène : « Tu enlèverais la fiancée de ton fils ?»

Sur la réponse de Créon d’enchaîner Antigone et Ismène, le  chœur intervient, entrecroisant généralités, métaphores poétiques et adresses à la divinité dans son langage qui mêle force et poésie.

Lire la suite

Innocence et perversité dans le duo d’amour de Madama Butterfly

Le 6 mai 2020, le Met a doublé les séances de rediffusion en donnant Madama Butterfly (enregistré le 2 avril 2016) avec Roberto Alagna et Kristine Opolais (sa partenaire aussi dans Manon Lescaut). Destiné aux étudiants, aux professeurs et aux parents, le spectacle était précédé d’un entretien À la Maison avec Roberto Alagna, qui a répondu à des questions d’élèves. Ils ont eu de la chance, les petits Américains, de voir ce Pinkerton inégalable et d’entendre le ténor lui-même leur en parler (à retrouver sur YouTube).

C’est une illusion, mais c’est une illusion qui est véritable.
Roberto Alagna

Deux civilisations

Tout sépare Cio-Cio San, la petite Japonaise, orpheline de quinze ans, et Pinkerton, jeune officier de la marine américaine. Un entremetteur les réunit. Il leur organise un mariage à la japonaise, qui inquiète Sharpless, le consul américain, car ce qui est un jeu amoureux pour Pinkerton, représente le salut pour Cio-Cio San, dont le père a été contraint de se faire hara-kiri.

Lire la suite