ALAGNA LE CONCERT D’ASSISE, NOËL 2021

Partie 1

À LA CROISÉE DES ARTS

Assise 17/18 décembre 2021, enregistrement du concert de Noël, par la RAI

Cinq jours après le concert à Gaveau, il entre dans la basilique Saint-François d’Assise.
Je suis à Paris, esclave de l’œil à qui dans quatre jours, on enlève les fils -, des fils dans l’œil, mais quelle horreur.
Il entre. J’entre avec lui. Il n’en sait rien. Moi non plus, c’est impossible et cela est. Je le sais avec certitude car, comme chaque fois, en pénétrant sous cette voûte, comme dans quelques endroits du monde, très rares, le cœur se brise, le mien se brise. Le chef-d’œuvre vous le brise. La traversée des monde et des temps, l’entrée dans le centre vital de l’Ombrie, du Trecento foisonnant, le choc de cette double perfection de l’architecture et de la juxtaposition des fresques de Giotto, sans lesquelles (en ajoutant celles de San Marco à Florence et la chapelle des Scrovegni à Padoue) le monde ne serait pas le même.
Quand on entre là, la connaissance livresque n’a plus cours, le cœur, brisé et reconstruit, resplendit.
Quand il entre là pour chanter, lui, son cœur aussi est troublé, c’est certain, troublé autrement que dans la Basilique de Saint-Denis, qui a plus de grandeur mais moins d’intimité. Sa présence ajoute un chef-d’oeuvre d’aujourd’hui aux chefs-d’œuvre d’un passé si présent. Sa voix, qui n’est que beauté, glorifie la beauté qui l’entoure comme une mer de merveille qui vient à sa rencontre, qui, depuis quelques siècles, l’attendait.
Non, je n’y étais pas, mais je voyais. J’entendais. Comment aurait-il pu en être autrement ? Il chantait sous les fresques de Giotto et, si dans l’église du bas, on reconnaît parfois le coup de pinceau d’un élève qui n’a pas la somptueuse maîtrise du maître, ce n’est pas le cas en haut, et lui, il chante en haut près d’une des fresques de Joseph qui pardonne à ses frères.
C’est là que les arts se croisent. Lui, deux fois, je l’ai entendu chanter cet air, que peignit Giotto, extrait de « La Légende Joseph en Égypte », de Méhul.
Il l’a mis au programme du concert de Hambourg, le 12 novembre 2021, et, le 23 mai 1995, c’est avec Joseph qu’il commençait son concert au TCE. Je ne sais pas ce qu’il a enregistré pour Noël à Assise, quoi que ce soit, la Natitivé, qui prélude à la Résurrection, passe par le pardon.
Oui, j’y étais à Assise, ce serait trop triste, d’être restée à Paris, à corriger les épreuves de « Trahison », que j’ai tant de mal à lire, qu’un ami vient m’aider. Oui, j’y étais. Et puisque je suis arrivée à le photographier à Gaveau, lui, avec un œil en drapeau, c’est certain que, là-bas, j’aurais trouvé le cadrage pour avoir, au carrefour des arts, lui, en plan rapproché, devant le pardon de Joseph par Giotto.
La preuve que je n’y étais pas, c’est que personne ne se sera soucié de ce cadrage indispensable qui additionne les chefs-d’œuvre : Alagna près du Joseph de Giotto.

Partie 2

NOËL 2021

LA « NATIVITÉ » DE GIOTTO ET LE CONCERT SACRÉ DE ROBERTO ALAGNA

C’est à Assise, en la basilique Saint-François que la Rai1, cette année 2021, a invité Roberto Alagna à célébrer Noël.

Il a enregistré les 17 et 18 décembre le concert qui sera diffusé le 25 à midi trente.

Saint François, à qui est dédiée l’une des plus émouvantes églises d’Italie, naquit dans une famille riche, parlait aux animaux sauvages et finit ses jours presqu’aveugle dans une hutte de roseaux que lui avait construit sainte Claire à Saint-Damien. Tumultueuse et sainte, sa vie continue d’inspirer des artistes contemporains.

Ci-dessus : Assise, basilique de saint François, la Nativité de l’église basse.

Ci-contre : Padoue la chapelle des Scrovegni, la Nativité de Giotto.

En 1225, proche de sa fin, il écrivit le « Cantique des créatures » qui célèbre la Création :

« Très-Haut, Tout puissant, Bon Seigneur,
à Toi louange, gloire, honneur,
et toute bénédiction,
à Toi seul, ô Très-Haut, ils conviennent,
et nul n’est digne de dire ton nom.


Loué sois-tu mon Seigneur,
avec toutes tes créatures,
et surtout Messire frère Soleil,
lui, le jour dont tu nous éclaires,
beau, rayonnant d’une grande splendeur,
et de toi, ô Très-Haut, portant l’image.


Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour sœur la Lune et les étoiles
que tu as formées dans le ciel,
claires, précieuses et belles.
Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour frère le Vent,
et pour l’air et le nuage et le ciel clair
et tous les temps par qui tu tiens en vie


Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour soeur Eau, fort utile,
humble, précieuse et chaste.
Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour frère Feu, par qui s’illumine la nuit,
il est beau, joyeux, invincible et fort.


Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour sœur notre mère la Terre
qui nous porte et nous nourrit,
qui produit la diversité des fruits,
et les fleurs diaprées et l’herbe.
Louez et bénissez mon Seigneur,
rendez-lui grâces et servez-le,
tous en toute humilité. »

Les fresques de Giotto qui célèbrent le saint d’Assise sont en accord parfait avec le poème des créatures.. On entre sous les voûtes comme on y pénétrait au Trecento, lorsque  les enduits finissaient de sécher sur les murs et qu’on respirait, avec cette odeur si particulière de la détrempe, celle des pigments qui l’avaient imprégnée pendant les dix années de travaux ininterrompus. Giotto travaillait avec son école. Il a réalisé lui-même les fresques de l’église haute, qui racontent la vie et les miracles de saint François.

 C’est là que Roberto Alagna a enregistré des chants de Noël, créant un troisième accord parfait avec « Stille nacht », l' »Ave Maria », « Minuit chrétiens » et « Mille cherubini in core » de Schubert, illustration parfaite de la nativité d’Assise.


« Dormi, dormi
Sogna, piccolo amor mio
Dormi, sogna
Posa il capo sul mio cor
Mille cherubini in coro
Ti sorridono dal ciel
Una dolce canzone
T’accarezza il crin
Una man ti guida lieve
Fra le nuvole d’or
Sognando e vegliando
Su te, mio tesor
Proteggendo il tuo cammin
(Su te, mio tesor)
(Proteggendo il tuo cammin)
Chiudi gli occhi
Ascolta gli angioletti
Dormi, dormi
Sogna, piccolo amor
Chiudi gli occhi
Ascolta gli angioletti
Dormi, dormi
Sogna, piccolo amor
Sogna, piccolo amor. »

Dans l’église du bas, ayant donné ses directives, Giotto a laissé peindre ses élèves. C’est en bas qu’on trouve une Nativité, dans le transept nord, à droite au fond, information très utile si on veut la trouver sans chercher. Si on compare cette Nativité à celle, pourtant antérieure, de la chapelle des Scrovegni, à Padoue, elle est moins réaliste, mais, dans sa profonde naïveté et son innocente ferveur, elle introduit de plain-pied dans le monde de l’Incarnation. C’est ce miracle aussi qui se produit lorsqu’Alagna ouvre la bouche pour célébrer Noël, lui qui affirme que chanter, c’est communier.

©Jacqueline Dauxois

Une réflexion sur “ALAGNA LE CONCERT D’ASSISE, NOËL 2021

  1. De l’art, de l’art, toujours de l’art (je n’avais pas vu le titre …)Quand la voix d’ Alagna illumine les fresques de Giotto le « miracle » dont parle Jacqueline peut s’imaginer. Nous qui connaissons l’église St François et l’émotion que peut procurer la voix de Roberto.

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