Roberto Alagna dans Manon, Paris, 5, 11 et 17 février 2022

Lorsqu’on possède une voix céleste et un physique de cinéma, tous les rôles sont pour vous.

Le problème, il y en un, est pour la critique : affirmer qu’il incarne le héros romantique dans sa perfection semblerait sous-entendre qu’alors il ne serait pas dans la perfection du héros vériste, réaliste, verdien, wagnérien etc. et ne le serait pas non plus s’il lui plaisait d’aborder d’autres compositeurs. Sottise ! Quels qu’ils soient, il porte tous ses personnages à la perfection, mais son héros romantique, auquel les Opéras lui demandent de revenir depuis (il me semble) L’Elisir d’Amore de Londres, est étonnant. Reprenant dans sa maturité rayonnante les rôles de sa première jeunesse, ils lui vont mieux qu’un gant.

À Paris, où il va donner Manon les 5, 11 et 17 février 2022, il a déjà stupéfié la salle récemment, avec l’Alfredo de sa jeunesse qu’il a chanté un seul soir, Aleksandra Kurzak étant Violetta, sans parler du Metropolitan où il a été, il y a deux ans, l’incomparable Rodolfo de la Bohème, trente ans après son premier triomphe new-yorkais dans le rôle.

Ci-dessous, Paris, 2004 :

Son des Grieux, il l’a déjà chanté en français (Manon, de Massenet) et en Italien (Manon Lescaut, de Puccini). Donc, non pas un, mais deux rôles, deux chevaliers des Grieux différents (l’abbé Prévost ne s’y attendait pas), qui demandent des capacités vocales entièrement différentes, dans lesquels il resplendit.

Il n’a été qu’une fois le des Grieux de Puccini, au Met, février/mars 2016, dans la production de Sir Richard Eyre qui donne à voir des images fulgurantes : l’arrestation des amants dans un palais baroque dans lequel on descend, comme le beau chevalier a dévalé dans le vice, par un immense escalier d’or, l’embarquement sur le gigantesque bateau des injustices humaines, la mort enfin dans un désert figuré par le palais disloqué de nos civilisations qui s’effondrent. La magnificence des images escortant celle des chanteurs (Christine Opolais en Manon) et leurs voix – et sa voix. Le Met lui a fait une ovation debout.

Ci-dessous: Vienne 2007, Anna Netrebko, Manon.

Le des Grieux de « Manon », est une plus ancienne connaissance pour lui. Il l’a incarné à Paris, en 2004 dans une mise en scène poussivement fidèle (le plus souvent on se désole du contraire, preuve que l’excès dans le scrupule de la restitution provoque aussi une sorte de trahison).

L’expérience ne s’est pas renouvelée à Paris, mais à Vienne, trois fois, en 2007, 2010 avec Anna Netrebko et, en 2011, avec Norah Amsellem.

Comme nous sommes en 2022, voici qui règle au moins la question de son âge. Il n’en a pas !

Il a celui du rôle.

C’est si intrigant que, déjà, dans « Quatre Saisons avec Roberto Alagna », l’auteur, c’est moi, abordait le sujet.

Ci-dessous, au Metropolitan, « Manon Lescaut » avec Christine Opolais.

Son chevalier des Grieux, cette année, à Paris, nous tombe du ciel, cadeau inespéré alors que la Covid continue de troubler perturber, encager, d’imposer des jauges, des pass, des tests, des masques, un rituel morbide qu’il va pulvériser sur scène, défiant tout ce que nous affrontons ensemble : la maladie, l’angoisse, la tristesse pour nous donner (avec ses partenaires, les chœurs, l’orchestre, les machinistes et tout le personnel de l’Opéra), une leçon de grandeur, de bonheur, de liberté et d’amour.

Merci, maestro, nous sommes déjà debout pour le plus grand des Grieux.

© Jacqueline Dauxois

 Écrit le à Paris, le 15 janvier 2022, le jour où les pass sanitaires à deux doses et non trois sont désactivés et retour pour ces malheureux à la case de la mort sociale, pendant que les autres, qui sont débarqués des salles de théâtre et de concert pour cause de variabilité des jauges, bien qu’ayant leurs 3 doses, peuvent toujours se consoler en allant avaler un café sans qu’on leur demande, en plus du pass, une carte d’identité. Vive la liberté !

3 réflexions sur “Roberto Alagna dans Manon, Paris, 5, 11 et 17 février 2022

  1. Pour moi le Manon Lescaut du Met reste le plus beau A la fois parce que personne n’a égalé la musique de Puccini, parce que Alagna et Opolais ont magnifiquement incarné Manon et Des Grieux et que la mise en scène du Met (si bien évoquée en quelques phrases par Jacqueline ) les a sublimé.
    Mme Dauxois, peut-on aussi vous dire que nous sommes en desaccord avec vos commentaires sur la situation sanitaire actuelle . La liberté c’est cela aussi .

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