Au Metropolitan, la « Tosca » d’Aleksandra Kurzak et Roberto Alagna

Chapitre 1

REPÉTITION GÉNÉRALE, SITZPROBE, lE 26 FÉVRIER 2022

UN LIVRE ET UNE GÉNÉRALE

Le 24, mes « Nouvelles d’un monde cruel » sortaient en librairie, à Paris.

Le lendemain, je pouvais faire ce que font certains, courir les librairies, demander s’ils ont le livre et vont le mettre en place. Je ne le faisais pas dans ma jeunesse, ce n’est pas pour commencer aujourd’hui, d’autant qu’il faut un certain temps avant que quelque chose arrive ou n’arrive pas.

Personne ne s’attendait à une réponse favorable, lorsque j’ai demandé au Met d’assister aux répétitions de « Tosca », comme avant, elle est venue par retour. Dans les studios, c’était impossible à cause de la Covid. À la générale fermée du 26 février 2022, il n’y aurait ni photographe ni journaliste, est ce que je voulais y assister et prendre des photos, seule dans la salle? J’ai relu plusieurs fois la réponse du Met.

Le 25, lendemain de la sortie de mon livre à Paris, j’étais dans l’avion.
La météo annonçait des chutes de neige et le 26 – 10° centigrades à New York et se trompait comme souvent. Ciel radieux et le soir, de mes fenêtres, les nuages ont enflammé dans le couchant les tours qui, au loin, cernent le Metropolitan Opera.

SITZPROBE DU 26 FÉVRIER 2022

Le lendemain, 26 février 2022, unique répétition générale, sitzprobe, les solistes assis devant leurs pupitres sans décors ni costumes devant une salle vide.

Plus que pendant une générale traditionnelle, on plonge avec ce type de répétition dans l’avant du spectacle. Maquillage, costumes, décors et éclairages peuvent apporter du plaisir esthétique, mais là, on rencontre parfois une vérité qui n’a besoin de rien d’autre.

ROBERTO ALAGNA OU L’ACHÈVEMENT DE L’INACHEVÉ

Roberto Alagna donnait à voir le cœur battant de Mario, son âme dépouillée jusqu’à l’abime, dans ses résonances les plus mystérieuses pour trouver la perfection d’un achèvement pourtant inachevé.

« E lucevan le stelle » a été un moment de grâce absolue, d’une incomparable beauté.

Les éclairages ne changent pas, c’est lui qui change, différent à chaque scène et parfois à l’intérieur même d’une scène.

 

ALEKSANDRA KURZAK ET SA PREMIÈRE TOSCA

Aleksandra Kurzak va donner sa première Tosca. Sans révéler totalement ce qu’elle sera au soir de la première, on a vu déjà sa marque de fabrique. Elle devenait comme une partition qui s’incarnait, on pouvait lire la musique sur elle, qui traduisait les accords de l’orchestre comme si elle devenait un fleuve traversé par les notes. Parfois, ses lèvres seules remuaient en silence, parfois sa tête et parfois son corps tout entier. Parfois, Roberto Alagna, qui cependant se tenait à côté d’elle face à la salle s’anime d’un mouvement semblable, très doux suave et lent, et c’était comme la parade de deux danseurs si accordés qu’ils n’ont plus besoin de se regarder pour partager l’amour d’un art qui les unit.

La première, demain.

Chapitre II

ENTRE TOSCA ET LE POINT, ENTRE KURZAK, ALAGNA ET BESSON, MES NOUVELLES

Donc, le 24 février 2022, mes « Nouvelles d’un monde cruel » sortaient en librairie.

Le 26, j’assistais à la répétition générale de « Tosca », par un privilège inouï, toute seule admise dans l’auditorium du fabuleux Met.

Je crois que les dernière répétitions auxquelles j’ai pu assister, c’était avant la Covid-19, Roberto Alagna était Rodolphe de « La Bohème » en alternance avec Aleksandra Kurzak, Violetta de « La Traviata », les photographes occupaient au moins deux rangées. J’avais transporté le tripode. Plus trop la force.

La Covid ce n’est pas fini, du moins l’Opéra a rouvert ses portes. Pour les chanteurs, tests sur tests, pour le public, loges interdites ; et la ville, comme Paris, baigne dans une tristesse qui n’est pas le fait de la guerre en Ukraine.

L’épicerie Boulud, à côte de  Fiorello et de Smith, fait face au Metropolitan.

J’y ai ma table puisque l’hôtel, dévasté, n’a plus ni café ni bar ni restaurant ni service d’étage ni blanchisserie, et qu’il faut commencer la journée, pour avoir un café, par mettre le nez dehors. Sinon, je vais dans une salle à manger gigantesque, abandonnée, je dépoussière un petit coin pour l’ordi, mais ils font des rondes et me débusquent. J’ai un peu peur aussi qu’un jour ils m’enferment là-dedans. Il y a deux ans, on y prenait le petit déjeuner. Ils avaient les meilleures crevettes de la planète.

Chez Boulud, ils ont un cheesecake aux cerises ; dans ce pays où tout est grand, elles ont la taille de myrtilles. Pas pensé à le photographier tout de suite et maintenant, j’en ai trop mangé. L’avantage avec ce gâteau c’est que jusqu’au lendemain, j’ai plus faim. L’endroit où ils n’étaient pas si gras a mis la clef sous le paillasson.

Sauf que ça crie fort dans ce café de bon matin, que dehors les travaux défoncent la rue, qu’un choix varié de sirènes américaines me casse les oreilles, je suis bien là.

Je travaille mes photos et mon prochain roman, comme promis à mon éditeur avant de partir, ce qui me donne l’impression d’exister très fort, c’est toujours ça de pris, d’autant qu’une de mes lectrices américaines, qui achète et lit tous mes livres, mais oui ! a fait le voyage d’Oklahoma City avec son mari pour assister à la troisième « Tosca » de Roberto Alagna et Aleksandra Kurzak.

Les « Nouvelles d’un monde cruel » n’évoquent pas « Tosca », c’était le roman précédent : « Le Mémorial des Anges oubliés » qui racontait comment la voix humaine lorsqu’elle est belle, qu’elle devient irremplaçable, unique, celle de Roberto Alagna, peut devenir un bouclier contre le terrorisme – et les terreurs que véhicule notre monde cruel.

D’une autre manière, je le dis aussi dans les « Nouvelles », qui vont être la semaine prochaine l’objet de la Chronique de Patrick Besson dans « Le Point » – le 17 dans les kiosques.

Depuis deux jours, j’apprends à faire des selfies pour mon éditeur. C’est pas gagné. L’attachée de presse fait des « stories » avec.

Peux pas croire que demain, c’est le dernier jour, la quatrième Tosca et dernière de la série.

Et il faudra partir.

Mais la semaine prochaine dans le Point, la Chronique de Besson sur les Nouvelles d’un monde cruel. A trouver dans les kiosques.

A suivre :

Chapitre III, les quatre « Tosca » de Roberto Alagna et Aleksandra Kurzak, un chef d’oeuvre au Met

©Jacqueline Dauxois

3 réflexions sur “Au Metropolitan, la « Tosca » d’Aleksandra Kurzak et Roberto Alagna

  1. Jacqueline–
    Vous avez dit que vous aimez New York. Je peux comprendre pourquoi. La ville pulse au tempo de votre esprit. Moi, non. Vous n`êtes pas prête à partir après trois semaines. Trois jours m’ ont remplie. Après notre rencontre et l`occasion de saluer ces deux chanteurs si admirables (toute une soirée pas même imaginable qui a eu lieu) j`ai dû vite rentrer chez moi et reprendre ma vie véritable dans les grands espaces.

    Le temps passe trop vite ce qui rend triste les départs. Je vous préviens qu`à San Juan, la circulation est affreuse. Ça vous fera revivre un peu cet aspect de New York, malheureusement. Il vaudrait mieux vous cacher dans la forêt tropicale, si possible. Bon voyage!
    Merrie

  2. On peut faire confiance à Jacqueline quand elle parle de chef d’oeuvre pour ce Tosca du Met . Mais y a-t-il une fois où Roberto n’a pas magnifié son Mario … Et fait de Lucevan le stelle l’air le plus beau de l’opéra

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