« Le Mémorial des Anges oubliés », mon prochain roman

SORTIE DU ROMAN DANS UN MOIS

LE SUJET DE NOTRE TEMPS

C’est mon quarantième livre et mon huitième roman contemporain.
Le covid me l’a retardé, il devait paraître le 9 février ; si tout va bien, il sera en librairie fin août, publié aux éditions Michel de Maule.

Ci-dessus : en haut, la couverture, au-dessous , la quatrième de couverture.

Le sujet du Mémorial des Anges oubliés : celui de notre temps, le terrorisme.

LA GRANDE PÂQUE RUSSE


J’en ai déjà parlé dans un roman, publié en 2004, aux éditions du Rocher, la Grande Pâque Russe. Bien sûr, j’ai choisi le titre en pensant à Rimsky-Korsakov, j’étais allée sept fois en Russie, avaler le pays, du Bolchoï à Arkhangelsk, du Ladoga à la steppe. Je vivais à l’intérieur de mes personnages, j’étais l’impératrice imaginaire et le prince déjanté Sokolnikoff et Frédéric le petit diplomate français tout mignon et j’étais l’affreux turc incestueux.
Sur la quatrième de couverture on lit :

« La grande Pâque russe raconte la lutte contre le terrorisme islamique dans une Russie imaginaire, où d’étonnant personnages vont nous entraîner à la reconquête de Constantinople. Une impératrice russe  de vingt ans ; son héritier, une enfant aux pouvoirs cosmiques ; un Premier ministre qui finit son existence en pérégrinant pour laver sa vie du sang qu’il a  versé ; un prince sensuel, débauché et mystique dont la voiture explose pendant une mission secrète à Istanbul ; un fol en Christ , une prostituée noire, une diseuse de bonne aventure, un régicide de dix-sept ans , un français désenchanté, la fille du président de Turquie violée par son frère, de massacres, des noces, de somptueuses cérémonies, des démons et des anges illustrent cette histoire de politique-fiction, d’amour, d’espionnage et de guerre. »

Les quatrièmes sont toujours à côté. Les miennes en tout cas, tout sonne faux. Elles résument et ne résument pas. Comment voulez-vous parler du contenu d’un livre?

VIVRE, ÉCRIRE

Je ne relis pas mes livres, en recopiant cette 4ème, j’en ai envie, je n’aurai pas le temps, il me reste tant de chef d’œuvre à lire et à relire.  Quelqu’un, hier me parlait du Manteau de Gogol, je l’ai oublié. La Grande Pâque russe est un  roman flamboyant. Trop gros, comme je les aime. Il me donne envie de repartir sur la route de la soie et de vivre comme alors. Que la vie soit une aventure, que l’aventure se change en livre. Boire à nouveau le jus noir des mûres  de la vallée du Ferghana, tremper les pieds dans le Syr-Daria, être battue à coups de cannes par un vieillard indigné sur le marché de Samarkand, et pourtant l’appareil était dans mon sac, attendre la décrue d’un fleuve qui débordait partout dans un train pourri aux confins de la Chine du Sud Ouest sans voir venir la décrue. Rêver comme un casse-cou alors que je suis si bien dans mon jardin. Mais c’est faux.  Je ne suis pas bien sans bouger, sans aller voir l’autre côté du monde. Je vis comme je vivrai dans mes vieux jours. J’y suis aux vieux jours. C’est ce que dit mon passeport. Il ne dit pas que je travaille comme à trente ans. Que la tête fonctionne comme une turbine. Que le corps grimpe dans les arbres pour les tailler, refait l’enduit d’un mur, fait ses 900 m de dénivelé en deux heures, du dos crawlé, de la bioéthique médicale, des reportages, dessine, photographie, écrit, écrit, écrit. Rester en place est un fardeau. Ce qui me console, c’est qu’à la place des caravansérails, ils ont construit des cinq étoiles, piscines et spas, pour tours organisés, que de la Chine de Marco Polo et ses quartiers en bois, rien ne reste et qu’au Ferghana on trouve peut-être des cars de touristes avec le jus de mûres en carton stérilisé. Avec tout ce que j’ai mangé et bu, je n’ai jamais été malade, jamais rien attrapé. Comme dans les coulisses, il ne peut rien m’y arriver de mal. Mais il n’y a qu’à Bilbao que les machinos le savent. Ailleurs, ils me font filer et m’attrapent. Si tout est touristifié, jamais les mariés de Boukhara n’inviteront une étrangère à leur repas de noces. Ni le marchand de tapis sous sa treille. C’est pour ça d’ailleurs, que je me suis fait la même ici.

ÉCRIRE, LA DROGUE DES DROGUES, SANS AUCUNE DROGUE

Un très grand a dit que le malheur des hommes venait de leur incapacité à rester dans une chambre. Pour moi, qui suis un transformateur, un transmetteur, le grand malheur est d’y rester. Sauf quand j’écris et je ne vois plus rien que cet autre monde, mais si écrire, c’est posséder le monde,comme je le crois, alors il faut y aller. Après, d’accord, retour dans une chambre pour être par lui possédée, et par ses personnages, hantée.

L’AUTEUR ET SES PERSONNAGES : LA POSSESSION

Des auteurs indiscutables ont récrit la même histoire toute leur vie. J’en suis incapable, je marche à la suite d’autres génies qui ne le pouvaient pas non plus et dévoraient le monde. Ce que j’aime, c’est me fondre dans mes héros et les brasser, ils sont moi autant que je suis eux. Tout est possibles alors, traverser les temps, les âges, les sexes. Mes premiers livres étaient tous des livres d’hommes. Il a fallu qu’un éditeur me demande d’écrire sur les femmes. Je ne savais pas que je pouvais. Je connaissais mieux les hommes et surtout je les aimais.
En état de fusion avec mes personnages, j’habite une autre planète, je ne sais plus les jours, les heures, les mois, j’arrive en avance de huit jours ou en retard d’un mois. Et qu’est-ce que je peux donner comme explication ? Excusez-moi, je suis Sokolnikoff, je suis Alexandra, je suis Marat, je suis Anne de Kiev, Rodolphe de Habsourg, Georgia, Néfertiti, Akhénaton, Laura… N’importe qui ayant fréquenté la science-fiction vous dira qu’on ne passe pas si facilement d’un monde à l’autre, moi c’est d’un monde à l’autre et, en plus, d’un personnage à l’autre, j’en ai créé des centaines, je les ai créés à partir des vrais, mais reconstruits, à la recherche de leur vérité, les masques tombés, avec eux, je connais chaque fois cette prodigieuse fusion.

LA FUSION DE L’AUTEUR AVEC SES PERSONNAGES

Cela fait que j’ai du mal avec les horloges et les calendriers, un jour à Venise j’ai raté le bateau, j’étais avec le doge qui lançait son anneau dans la mer. De gondoles à touristes, il n’y en avait plus, d’ailleurs il n’y avait plus un seul touriste, je déambulais dans une fresque de Tiepolo, tout le monde dans les vicoli, les piazzette, les sottoporteggi, auprès des puits, sur les canaux rongés, absolument tout le monde sortait des tableaux de l’Academia. Ou alors c’était le jour où les marins débarquaient le corps de saint Marc de derrière les tonneaux de porc où ils l’avaient caché des musulmans. Forcément, il n’y avait plus de temps. Si encore ça m’était arrivé une seule fois. Maintenant, comme je n’ai plus personne pour m’expliquer où j’en suis avec le temps normal, je fais très attention avec les transports, parce qu’être coincée à Tachkent ou dans les Tata Somba, c’est amusant si ça ne dure pas trop longtemps et si les autorités ne vous menacent pas de toutes sortes de représailles avec leurs formalités.

LA FUSION DE LA CRÉATION, LA TRANSE

C’est seulement au comble de l’amour, qu’on peut connaître cet état second, et encore pas toujours et surtout, en amour, c’est court, tandis que dans l’écriture on peut y passer des jours et des nuits, en réalité, on peut vivre dans cet état le plus clair de sa vie. Cette fièvre est noire parfois. Si obscure et sans une lueur d’espoir. On se dit alors qu’on va mettre un terme. On le fait. Dans la vie plate, je ne tiens pas. Je retourne là-bas.

MON HUITIÈME ROMAN CONTEMPORAIN

Le Mémorial des Anges oubliés, donc mon huitième roman contemporain, c’est l’autre face du terrorisme, l’insidieuse, dont on ne se méfie pas.
Au lieu de brasser des personnages extraordinaires dans une vision épique de la réalité, c’est une plongée sous les eaux calmes de la baie des Anges, pour voir ce qu’il y a dessous. Au centre de l’histoire, Laura, souvenir d’une chanson, une gamine avec de bonnes raisons pour disjoncter, comme tant d’autres. J’aurais appelé le roman : l’Amour terroriste.

GENESE

Ce livre, je l’ai écrit il y a dix ans. J’ai tout récrit l’année dernière.  Il y a  dix ans, personne ne pouvait ignorer l’existence du terrorisme en France. Nice était une ville dans laquelle il ne se passait rien, sauf l’installation d’un tramway. L’idée était trop bonne. Il ne fallait la donner à personne. Lorsque le camion a fait un massacre en 2016, sur la Prom’, j’ai récrit mon roman et repris mon idée de faire exposer le Carnaval, meilleure que celle du camion. Je ne dis pas comment je l’ai tout refait, sinon personne n’achètera le livre.

LA MUSIQUE DANS CE ROMAN, ce sera un autre article

À LIRE SANS ATTENDRE UN MOIS, LE PREMIER CHAPITRE DES « ANGES ».

Ce qui est curieux et qui sait, prémonitoire, c’est que pour la première fois, j’ai mis ma maison dans un livre et que c’est dans cette maison que je me suis réfugiée pendant l’enfermement.

Au premier plan, l’oranger sicilien,
dont il est question dans le roman.

Avec la permission de mon éditeur, Thierry de la Croix, ci-dessous vous cliquez et vous lisez le premier chapitre du Mémorial des Anges oubliés.

https://www.jacquelinedauxois.fr/wp-content/uploads/2020/06/Dauxois-1-16.pdf

© Jacqueline Dauxois

« Shakespeare Les feux de l’envie » de René Girard

Le fou, l’amoureux et le poète,
Sont d’imagination tout entiers pétris.
Shakespeare, le Songe d’une nuit d’été.

Dans les vieilles maisons où se succèdent les générations, il y a des entassements de livres et parfois vous tombez sur un qui semble neuf comme ce Shakespeare, Les feux de l’envie de René Girard, surgi en plein confinement, un jour où je me persuadais qu’il fallait ranger. La traduction française a trente ans (Grasset, 1990).

Le Suicide de Lucrèce, Lucas Cranach l’Ancien, Cracovie, Pologne.

Quatre livres pour un ténor, genèse des « Quatre Saisons avec Roberto Alagna »

Je ne connaissais de lui que sa voix.
Elle me rendait intacts les héros lyriques de mon enfance, quand ma grand-mème m’inoculait l’Opéra en chantant tous les airs de la terre (à dix ans, je les croyais tous écrits pour sopranos, stupeur et fou rire lorsque j’ai découvert que  » n’ouvre ta porte, ma mie, que la bague au doigt » était la sérénade Méphisto) et ceux du temps fervent des JMF. Il faut dire qu’en ces temps-là, avec le catéchisme et le ciné-club, l’Opéra était le seul endroit où on pouvait rencontrer des garçons. Flirter dans l’obscurité d’une salle, à quinze ans, exaltée par les plus beaux airs du monde, chavirer sous le clair de lune enchanteur des projecteurs vous fait des souvenirs pour une vie entière.


Le courant de la vie cependant me faisait oublier les héros de ma jeunesse. La vie et ses remous, la vie et l’écriture, mon phare.
Pour écrire et rester libre, j’ai toujours exercé des métiers. L’Université a d’abord été un job comme un autre et après, diplômes en poche, les métiers à portée de la main (1). Tout pour écrire en toute liberté. Comme le temps est élastique, il est arrivé que j’écrive deux livres à la fois. De temps en temps, à n’importe quel âge, je retournais à l’Université suivre un cursus qui me tentait, je passais d’autres diplômes, pour changer d’air et m’aérer la tête.

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Antigone ou le choix de la liberté dans la tragédie de Sophocle, III : La dernière d’une race de rois

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Troisième épisode : ­­

Créon, Hémon, le Chœur

Le deuxième épisode s’achevait sur les supplications d’Ismène, rejetées, l’une par sa sœur, qui n’accepte pas son sacrifice tardif et la condamne à vivre, l’autre par Créon qui refuse d’épargner Antigone :
« Ne me parle pas d’elle ; elle n’existe plus ».
La surprise, qui n’en était pas une pour les Grecs, était causée par la révélation d’un nouveau personnage : Hémon, fils de Créon et fiancé d’Antigone. Ismène s’adressait à lui, qui n’était pas encore entré : « Ô mon si cher Hémon, pour ton père, tu ne comptes pour rien ! » 
Le coryphée soutenait la supplication d’Ismène : « Tu enlèverais la fiancée de ton fils ?»

Sur la réponse de Créon d’enchaîner Antigone et Ismène, le  chœur intervient, entrecroisant généralités, métaphores poétiques et adresses à la divinité dans son langage qui mêle force et poésie.

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Antigone ou le choix de la liberté, analyse de la tragédie de Sophocle, II : la malédiction des Labdacides

II
LA MALÉDICTION DES LABDACIDES

Prologue :
Antigone, Ismène, le chœur

Au lever du rideau, Antigone assure sa sœur de son amour, évoque l’héritage tragique légué par Œdipe et lui demande si elle a une idée du nouveau malheur que leur réserve Zeus.
En une phrase, tous les éléments de la tragédie qui va se jouer dans l’amour, entre la mort et les dieux, sont en place.

Ismène ignore ce qui se trame. Antigone le sait.
Ismène préfèrerait ne pas l’apprendre. L’histoire familiale l’accable : le souvenir d’ Œdipe, leur père, qui s’est arraché les yeux en découvrant qu’il avait épousé sa propre mère alors qu’il voulait déjouer la malédiction des Labdacides, celui de Jocaste qui s’est pendue et la mort de leurs frères, Étéocle et Polynice qui se sont entretués dans la bataille de Thèbes. C’est plus qu’elle n’en peut supporter alors que sa sœur, tout en l’assurant de son affection, vient la chercher pour lui parler des « menaces que leurs ennemis font peser sur ceux qu’elles aiment ».

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Antigone ou le choix de la liberté dans la tragédie de Sophocle, I introduction

I

INTRODUCTION

ANTIGONE AUJOURD’HUI

Depuis deux mille cinq cents ans, la tragédie de Sophocle n’a pas quitté l’affiche.

En 2015, Le Théâtre de la Ville a donné, en anglais, une Antigone dans la vision minimaliste de Ivo van Hove, avec Juliette Binoche – magnifique interprète du Hussard sur le toit (de Jean-Paul Rappeneau d’après Giono), qui raconte l’épidémie de choléra en Provence – et le Festival d’Avignon, en 2017, a présenté une mise en scène à l’esthétique raffinée, de Satoshi Miyagi.

Il y a deux jours, le 25 mars 2020, sans l’ordre de fermer les théâtres pour cause de Covid-19, on jouait Antigone au Théâtre National de Bordeaux Aquitaine.

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Nous sommes des barbares, Antigone au secours !

Le 19 mars 2020

UNE LOI AU-DESSUS DE TOUTES LES LOIS

Nous sommes des barbares, si nous abandonnons nos morts aux mercenaires.
Depuis quand faut-il demander la permission à un gouvernement pour accomplir des rites millénaires ?


Est-ce qu’il n’existe pas une loi au-dessus de toutes les lois ? Cette loi n’est-elle pas divine parce qu’elle est amour ?
Cette loi, supérieure à toutes les autres, n’est pas un décret périssable édictéepar un gouvernement. Elle est réelle, concrète, elle n’a rien d’abstrait. Contrairement aux lois humaines, elle est permanente, invariable. Elle est inscrite en chacun de nous, dans chaque fibre qui nous constitue, elle règne dans nos cœurs, nos âmes, nos esprits et nos corps.

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A la recherche d’Othello, je trouve le crâne de Sampiero Corso

à Roberto, Ornella et Elio,
le 31 août 2019.

UN REGARD DE BRONZE

Sampiero Corso.

Chaque fois que j’écris le mot condottiere, je vois le Colleone à cheval au-dessus de son énorme socle. Dans ses yeux, flamboie la folie d’Othello qui assassine son amour. Je vais sauter dans le premier avion pour revoir cette foudre dans un regard de bronze (1) déjà, je respire l’odeur de la lagune et le doux clapotis de l’eau les murs qui lèche les murs me bat dans les oreilles. Holà ! Halte là ! (2) , c’est quoi, cette histoire ? Ce condottiere n’est pas le tien ! Faudrait voir qu’il ne le soit pas ! Le tien, c’est Sampiero Corso, aux sources de l’Othello de Shakespeare ! tu étais en train de t’inventer une belle passion et tu prétends revoir le Colleone qui a vécu un siècle avant Sampiero ! Qui n’a pas tué sa femme ! Qui n’a inspiré ni Cinthio ni Shakespeare !!! C’est nul ! C’est nullissime !!! Sauf que le génie de Verrocchio a fait du Colleone l’incarnation du condottiere de tous les temps et donc de Sampiero ! Hypocrite ! Il n’y a qu’une bonne raison pour te précipiter à Venise pendant la pire saison, c’est que La Fenice est ouverte au mois d’août. Oui, et alors?

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OTHELLO, un nouveau regard, des sources de Shakespeare à Verdi

Les 7, 10, 13, 16, 20, 23, 26 et 29 mars 2019, Roberto Alagna donne, après Orange et Vienne, son troisième Otello à l’Opéra de Paris, Aleksandra Kurzak étant Desdémone.
C’est l’occasion de porter sur Othello un autre regard.

CAPITANO MORO

Othello, avec « h », c’est la pièce de Shakespeare ;  Otello, sans « h », c’est l’opéra que Verdi a tiré de Shakespeare. Le dramaturge génial de Stratford-on-Avon a trouvé son sujet dans une nouvelle publiée à Ferrare avec quatre-vingt dix neuf autres, les Ecatommiti de Giovanni Battista Giraldi, dit Cintio.

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