Première planétaire : « Concert À la Maison  » et « Elisir d’Amore »

PLUIE D’ÉTOILES DANS UN MONDE CONFINÉ

Le 25 avril 2020, le Met organise un Gala « À la Maison » (1).
Pour un spectacle comme on n’en a jamais vu, dans une situation que le monde n’avait jamais connue, Roberto Alagna et Aleksandra Kurzak ont choisi de donner une coupe de l’Elisir d’Amore et ce n’est pas du bordeaux mais du champagne.

Il va pleuvoir des étoiles toute la nuit.
Quarante chanteurs, que personne n’aurait jamais pu rassembler sur une scène, chacun cloitré dans sa maison, donnent un concert à toute la terre ! Comme c’est sans prix, le Met l’offre pour rien.

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Qu’est devenue la liberté?

-Tu n’as pas peur du coronavirus ?
-Ça pue bien trop ici, il serait mangé par les microbes !
-Tu n’as pas peur de mourir
?
-Pourquoi ? On va tous mourir un jour !
(réponse d’un petit garçon de 9 ans qui cherche à manger en fouillant les montagnes d’ordures aux Indes)

La canicule de 2003 s’était limitée à tuer en Europe.
Venu de Chine à l’instar des autres grippes qui tuent, le covid-19 s’est répandu partout, provoquant des réactions politiques à peu près unanimes et des débats au plus haut niveau qui ressemblent à ceux qu’on entendait, au temps des grands-parents, au café du coin. Les cafés fermés sur leur ordre, les chefs d’État ont pris le relais de ces conversations. A quel point tout cela se ressemble est étonnant, sauf que, des palais présidentiels où nos votes les ont installés, nos chefs ont sur nous pouvoir discrétionnaire, y compris celui de nous enfermer.

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Entretien avec un urgentiste

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Un urgentiste garde son calme. Pourtant, il va au charbon tous les jours, « en première ligne « comme ils disent, ayant définitivement adopté un vocabulaire guerrier (même le pape, le jour de Pâques), c’est le docteur Marc Andronikof, chef du service des Urgences de l’hôpital Antoine Beclère, à Clamart.

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Roberto Alagna dans « La Rondine », 2009 au Met

Mercredi 15 avril 2020


Le 15 avril 2020, Le Metropolitan donne, en streaming gratuit, La Rondine. Depuis Don Carlo, où ils s’étaient affolés pour rien, les écrans ont compris qu’on avait juste oublié de leur préciser que 7h30, c’était l’heure de New York – en France, 3h du matin.
Sans la présence de Roberto Alagna, on se demande où le spectacle trouverait son éclat.
La captation, plus attirée par les fabuleuses coulisses du Met que par une transposition sans lyrisme et désordonnée du second Empire aux années folles, se laisse inspirer par le décor de la verrière du troisième acte et les deux duos de la fin où Roberto Alagna est prodigieux.

L’Hirondelle

La Rondine, c’est l’hirondelle. Il en existe trois versions, sa composition ayant été perturbée par la grande Guerre, la Première.
Ce n’est pas l’opéra le plus connu de Puccini. On lui fait des reproches, on l’accuse de légèreté, on le compare, on le dénigre, on prononce à mi-voix le mot d’opérette, mais cela peut-être très joli, une opérette, si elle est composée par Puccini ; et si Roberto Alagna prête ses traits et sa voix à Ruggero, cela devient si beau et déchirant que le dernier duo est un bond dans la tragédie.

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Pâques, la Résurrection !

L’icône de la Résurrection représente le Christ ressuscité qui arrache Éve et Adam de leurs tombeaux pour les conduire avec lui auprès du Père.

Les Quatre Évangélistes racontent la Résurrection du matin de Pâques.
Voici le texte de saint Jean :

Le dimanche, Marie de Magdala se rendit au tombeau de bon matin, alors qu’il faisait encore sombre, et elle vit que la pierre avait été enlevée du tombeau.
Elle courut trouver Simon Pierre et l’autre disciple que Jésus aimait et leur dit : «Ils ont enlevé le Seigneur du tombeau et nous ne savons pas où ils l’ont mis.»

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« Crucifix » et Résurrection, Pâques covid, Pâques carillonnées

Samedi 11 avril 2020

Pâques approche, Pâques est là.
Qui va carillonner les cloches ?

VENDREDI SAINT
« CRUCIFIX »

Ci-dessus : dessin de Victor Hugo avec un crucifix.

Le Vendredi saint, les cloches se taisent pendant les trois jours de l’ensevelissement du Christ pour s’ébranler à toute volée au matin de Pâques.
Il y a trois générations, dans cette ville presque italienne et entièrement confinée, le Vendredi saint, vous n’aviez pas un magasin ouvert. On racontait aux enfants que les cloches ne sonnaient plus jusqu’à Pâques parce qu’elle étaient parties à Rome. Ce qu’elles allaient faire à Rome, les petits, qui n’en savaient rien, écarquillaient les yeux. Les parents racontaient qu’elles allaient à Rome se faire bénir et qu’au retour, elles apporteraient des œufs en chocolat.

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2010/2020 du spectacle à la captation le « Don Carlo » du Met avec Roberto Alagna

Roberto Alagna en don Carlo, Metropolitan, 2010.

Le 2 avril 2020, à 7 h 30 pm, les écrans qui attendaient la retransmission du Metropolitan ont paniqué. Ils espéraient le Don Carlos de Roberto Alagna dans la mise en scène de Nicholas Hytner (2010), on leur montrait Nixon in China avec une obstination d’autant plus vaine que ceux qui avaient voulu y assister s’étaient connectés la veille et que le 2, ceux qui espéraient Don Carlo quittaient en hâte ce Nixon-là, qui est très bon peut-être, je ne sais.

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Retransmission du MET, le « Don Carlo » d’Alagna en 2010

Entre le Don Carlos du Châtelet, en 1996 et le Don Carlo 2019 donné à l’Opéra de Paris, s’intercale celui du Met en 2010.

À gauche, au Châtelet, 1996 ; à droite à l’Opéra de Paris, en 2019.

C’est ce spectacle, enregistré le 11 novembre 2010 (dans la version en 5 actes qui dure 4h1/2 et le temps paraît court) que propose le Met, le 2 avril 2020, pour sa troisième semaine de rediffusion gratuite suite au coronavirus -, après une semaine entière consacrée à Wagner.

Au Metropolitan, en 2010.


Roberto Alagna y est, comme toujours, superbe, entouré par une distribution éblouissante (voir annexe), habillé de costumes aussi beaux que ceux du Châtelets, plus soucieux de vérité historique que du flamboiement de l’imagination, mais si indiscutablement réussis qu’Alagna semble s’être échappé d’une salle espagnole du Kunsthistoriches Museum.
Dans son incarnation ardente, chaque fois ardente, au Met, pas plus qu’au Châtelet Alagna ne s’est trouvé confronté à d’incessants contre-sens et le spectacle, bien que d’une conception beaucoup plus littérale que celui du Châtelet, ne peut qu’emporter l’adhésion d’un public fatigué par les invraisemblances, le mépris des œuvres et de leur signification, la laideur.

Novembre 2019, à l’Opéra de Paris.

C’est à l’automne 2014 que j’ai vu Roberto Alagna répéter Don Carlo pour la première fois. À Vienne, dans le studio Carlos Kleiber.

Vienne 2014 : Roberto Alagna et Alain Altinoglu.

Dans ce même studio, il a répété Turandot le mois dernier, c’est le dernier spectacle qu’il a chanté avant les annulations mondiales.


Dans « Quatre Saisons avec Roberto Alagna » (Éditions Le Rocher, 2017) j’avais raconté les répétitions viennoises.
Quelques mois plus tôt, il avait accepté que j’écrive un livre sur lui. Voici le début du chapitre, en attendant la retransmission de jeudi 2 avril.

© Jacqueline Dauxois

Note : La photo d’Alagna au Met a été extraite de la captation du Met, à qui appartiennent les droits d’auteur. Elle ne doit pas m’être attribuée.

Ci-dessous le programme des rediffusions du Met pour la troisième semaine:

Antigone ou le choix de la liberté, analyse de la tragédie de Sophocle, II : la malédiction des Labdacides

II
LA MALÉDICTION DES LABDACIDES

Prologue :
Antigone, Ismène, le chœur

Au lever du rideau, Antigone assure sa sœur de son amour, évoque l’héritage tragique légué par Œdipe et lui demande si elle a une idée du nouveau malheur que leur réserve Zeus.
En une phrase, tous les éléments de la tragédie qui va se jouer dans l’amour, entre la mort et les dieux, sont en place.

Ismène ignore ce qui se trame. Antigone le sait.
Ismène préfèrerait ne pas l’apprendre. L’histoire familiale l’accable : le souvenir d’ Œdipe, leur père, qui s’est arraché les yeux en découvrant qu’il avait épousé sa propre mère alors qu’il voulait déjouer la malédiction des Labdacides, celui de Jocaste qui s’est pendue et la mort de leurs frères, Étéocle et Polynice qui se sont entretués dans la bataille de Thèbes. C’est plus qu’elle n’en peut supporter alors que sa sœur, tout en l’assurant de son affection, vient la chercher pour lui parler des « menaces que leurs ennemis font peser sur ceux qu’elles aiment ».

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Antigone ou le choix de la liberté dans la tragédie de Sophocle, I introduction

I

INTRODUCTION

ANTIGONE AUJOURD’HUI

Depuis deux mille cinq cents ans, la tragédie de Sophocle n’a pas quitté l’affiche.

En 2015, Le Théâtre de la Ville a donné, en anglais, une Antigone dans la vision minimaliste de Ivo van Hove, avec Juliette Binoche – magnifique interprète du Hussard sur le toit (de Jean-Paul Rappeneau d’après Giono), qui raconte l’épidémie de choléra en Provence – et le Festival d’Avignon, en 2017, a présenté une mise en scène à l’esthétique raffinée, de Satoshi Miyagi.

Il y a deux jours, le 25 mars 2020, sans l’ordre de fermer les théâtres pour cause de Covid-19, on jouait Antigone au Théâtre National de Bordeaux Aquitaine.

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