A la recherche d’Othello, je trouve le crâne de Sampiero Corso

à Roberto, Ornella et Elio,
le 31 août 2019.

UN REGARD DE BRONZE

Sampiero Corso.

Chaque fois que j’écris le mot condottiere, je vois le Colleone à cheval au-dessus de son énorme socle. Dans ses yeux, flamboie la folie d’Othello qui assassine son amour. Je vais sauter dans le premier avion pour revoir cette foudre dans un regard de bronze (1) déjà, je respire l’odeur de la lagune et le doux clapotis de l’eau les murs qui lèche les murs me bat dans les oreilles. Holà ! Halte là ! (2) , c’est quoi, cette histoire ? Ce condottiere n’est pas le tien ! Faudrait voir qu’il ne le soit pas ! Le tien, c’est Sampiero Corso, aux sources de l’Othello de Shakespeare ! tu étais en train de t’inventer une belle passion et tu prétends revoir le Colleone qui a vécu un siècle avant Sampiero ! Qui n’a pas tué sa femme ! Qui n’a inspiré ni Cinthio ni Shakespeare !!! C’est nul ! C’est nullissime !!! Sauf que le génie de Verrocchio a fait du Colleone l’incarnation du condottiere de tous les temps et donc de Sampiero ! Hypocrite ! Il n’y a qu’une bonne raison pour te précipiter à Venise pendant la pire saison, c’est que La Fenice est ouverte au mois d’août. Oui, et alors?

L’ADIEU AU COLLEONE

Alors, la Corse.
J’ai cherché Sampiero, j’ai enquêté, de préférence en véhicule climatisé, à pied si obligée, la canicule  empirait sans arrêt depuis juin (Varsovie, Butterfly, Kurzak, Alagna).
Je l’ai trouvé.
Dans une chaleur d’Afrique, les cailloux roulent sous mes pieds, je vois sa cuirasse jeter des éclairs à travers le maquis, il est cuit et recuit sous son armure, j’entends le cliquetis de ses armes et son cheval qui encense et qui mâche le mors, les branches craquent sous les sabots et sous mes pas dans ce goulet de la forêt de Suarella que je remonte jusqu’à l’endroit où il fut assassiné.

LA STATUE DE BASTELICA

À Bastelica, où il a vu le jour probablement, sa statue domine la rue principale, à l’entrée du village. Au pied du monument, à l’ombre, quelques tables installées par le bar juste en face, toutes occupées par un car. Un car sur cette route en lacets où on ne peut pas se dépasser ! Un car entier lancé comme moi sur les traces de Sampiero ! Ils vont m’empêcher de l’approcher! Mais non, ils s’en vont.Leur Sampiero n’est pas le mien. Ils font un tour gastronomique. Comme les chocolatiers l’ont fait à Vienne avec Mozart, ici la charcuterie a pris Sampiero pour emblème ! Mamma mia!

UN CAVALIER À PIED

Il faudrait écrire l’histoire de sa statue qui visiblement a posé des problèmes à ceux qui l’ont commandé, conçue et réalisée. Dressé sur un socle placé sur un pré-socle formé d’un assemblage de rochers, on regarde Sampiero de beaucoup plus bas que le Colleone à Venise.

Lui qui a passé sa vie entière à cheval ! Qui a combattu dans toute l’Europe ! Qui, en selle depuis l’âge de quatorze ans, parvenu presque à soixante-dix, chevauchait à la tête de ses hommes quand il a été trahi, capturé, tué, sa statue le représente à pied !
Si encore le résultat était flamboyant d’élégance, de grandeur, de panache ; au contraire, la composition révèle une conception laborieuse.

Seule bonne idée : il brandit son épée, mais sa main gauche prend appui sur un écusson armorié placé en arrière dont on se sait s’il s’y retient ou s’il l’empêche de tomber. Hormis des héraldistes, personne ne s’intéresse à l’ écusson qui serait mieux sur le socle.
Le buste et les bras sont protégés par la cuirasse.
Mais les jambes ! Avec des hauts-de-chausses bouffants comme des montgolfières, qui s’arrêtent en haut de la cuisse – c’est la mode et il faudra attendre quelques siècles pour qu’ils se dégonflent et descendent jusqu’au genoux à la rencontre des bottes (3). Qui donc a eu l’idée d’aller couler ces couches-culottes dans le bronze et d’ajouter les deux pans de son écharpe noués dans son dos où ils flottent lourdement ? Vu d’en bas, le raccourci le change en gnome, il semble accroupi, la pointe du drapeau ennemi, qu’il écrase du pied, semble lui perforer l’entre jambes. Que de contorsions au lieu de le montrer dans la simplicité de ce qui l’a rendu unique (ce n’est pas qu’il soit revendiqué par les indépendantistes, ce qui ne passionne pas grand monde) : comme l’étrangleur de Desdémone, je veux dire de Vannina d’Ornano, le modèle d’Othello, universellement connu, ce personnage créé par l’un des plus grands dramaturges de tous les temps, repris à l’Opéra par le géant Verdi. Si on avait représenté Sampiero comme le précurseur et l’inspirateur d’Othello, les cars à saucissons en oublieraient leurs cochonnailles et grimperaient jusqu’au sommet du monument pour voir le héros shakespearien de plus près, la morte aimée entre les bras de son tueur. Sauf que cette information est entièrement occultée. Vous ne trouverez nulle part, sur aucune plaque destinée au touriste, que Sampiero fut l’assassin de sa femme et que, contrairement à la pièce de Shakespeare et à l’Otello de Verdi, le crime fut prémédité.

J’aurais mis en ligne les plus malencontreuses prises de vue de la statue pour informer mes lecteurs ; mais elles s’échappent de mon site, et je ne veux pas ridiculiser Sampiero.
Qu’aurait fait, Verrocchio ?
Verrocchio n’aurait pas accepté de représenter un cavalier en fantassin ! Oh, et puis j’en sais rien !

Sans le manteau, c’est la statue qu’il fallait couler, avec sa gestuelle guerrière et désespérée. (Sur la photo : Alagna dans son premier Otello, à Orange, 2014).

LES MAISONS

Bastelica, la maison natale

À l’autre extrémité du village, sa maison natale n’est indiquée nulle part. Elle n’intéresse pas les touristes. Ils veulent du saucisson, et cette fois, ils ont raison : donnez-m’en aussi une tranche !
Les renseignements glanés auprès des habitants, quand il s’en trouve un dehors, ne concordent pas. Donc, allées et venues sur la route et le long des ruelles torrides.

Façade de la maison natale de Sampiero Corso, rendue méconnaissable. Bâti dénaturé : modification des ouvertures, ajout d’un balcon et crépi.

Une fois qu’on l’a trouvée, la maison natale est signalée par une plaque où, comme souvent, le nom du donateur est aussi grand que celui du héros. La façade a subi les dégradations fréquentes dans l’habitat rural : modification des ouvertures, ajout d’un petit balcon avec rideau à mouches, disparition de la noble beauté de la pierre sous un crépi médiocre. Tout ce qu’à connu Sampiero jusqu’à quatorze ans, âge où il est parti avec un de ses oncles servir les Médicis, a été effacé. Il ne reste qu’une bâtisse humiliée, un lieu historique bafoué par l’incompétence et la vanité. Plus rien ici ne parle de lui.

Vico, la maison démantelée

À Vico, les ruines de sa maison forte démantelée par les Génois, et non rasée comme ils s’en sont vantés, racontent la dévastation volontaire, causée par l’ennemi et non par la sottise. Le massacre, pas la honte.


Parenthèse :
Sur conseil médical, pour soigner des migraines qui terrassaient ce taureau normand, Maupassant a séjourné à Vico. Dans sa correspondance, on trouve la description de la montée au village, mais pas un mot de Sampiero. Il ignorait probablement son existence, moi aussi, il n’y a pas si longtemps. D’ailleurs, même si de son temps, on avait apposé les plaques qui signalent aujourd’hui certains lieux où vécut Sampiero, Maupassant n’aurait pu remonter jusqu’à Shakespeare, puisque rien, nulle part, ne fait mention que Sampiero ait pu inspirer Othello.
Maupassant est très indirectement lié à l’Opéra d’une autre manière, tout aussi négative. Sa mère, dans une crise de dépression, avait tenté de se suicider avec ses cheveux. Ce que fait Guenièvre dans le Roi Arthus de Chausson, qui a pu connaître cette tentative (4).
Fin de la parenthèse.

On ne peut pas refaire la photo ci-dessus, signée M. J. Costa, publiée dans le Mémorial des Corses (6 volumes) sous la direction de Francis Pomponi (1970). Aujourd’hui la façade disparait sous la végétation…
… et le buste, visible sur la photographie ancienne, est saisi par le lierre qui l’étrangle comme le condottiere a étranglé Vannina dans un enlacement mortel.

Décapitée, la maison n’a plus de toit, mais il reste un étage. La façade mutilée est mangée par la végétation. Le buste encastré, très visible sur les photos anciennes, va disparaître si on ne fait rien pour sécuriser une ruine que les briseur de rêves n’ont pas offensée, qui périt noblement pour fait de guerre. Les bras du lierre ont déjà saisi Sampiero par le cou. La statue va finir étranglée par une étreinte végétale et mortelle, comme Sampiero a, de ses mains, étranglé Vannina/Desdémone.

À l’arrière de la maison, au premier étage, un figuier, qui pousse à l’intérieur, sort la tête par la fenêtre.

Santa Maria Siché, la maison de la famille Ornano

À Santa Maria Siché, la maison des Ornano, la famille de sa femme, rend compte de ce qu’étaient ces maisons forteresses, imprenables tant qu’elles avaient des provisions.

La maison des Ornano.

À l’arrière, côté village, l’entrée est à peine enjolivée par un vase qui se demande ce qu’il fait là.
Le côté et la façade, affirment leur allure de forteresse.
La vue donne sur la campagne et un clocher du XIIè siècle.
Sampiero les voyait.
Rien n’a changé.

EMBUSCADE SUR LA PLAGE

Écrire est une aventure, chercher un héros en est une autre qui s’encastre dans la première et réclame la solitude. Pendant une enquête sur le terrain, dans un pays petit où tout le monde se connaît, on est content de vous avoir, on vous renvoie de l’un à l’autre et vous passez de mains en mains sans parvenir à arrêter le mouvement. Au moment où il est le plus nécessaire, le tête-à-tête, mystérieux, secret, fragile de l’auteur(e) avec son personnage est rendu impossible et le héros s’en va, épuisé de fatigue, prétextant que ce n’est pas lui qui se cherche un auteur. Ce qui est encore à prouver. Les héros sont parfois de très mauvaise foi et, dans ce domaine, Sampiero, rusé, roublard, brouillant les pistes sans arrêt a démontré qu’il fut un maître.
Il sait que je n’avais pas le choix, j’étais obligée d’écouter les érudits bavards me dresser la généalogie complète des Ornano avant, pendant et après lui, m’énumérer les célébrités de la diaspora corse, je ne dis pas que c’est sans intérêt, c’était le plus mauvais moment pour m’en parler. J’essayais de faire taire les savants, d’arrêter ce brouillage, quitte à paraître désobliger ceux-là même qui se mettaient en quatre pour moi. Rien à faire. Les gens ne vous écoutent pas. Ne comprennent pas. Ne se taisent pas. Et je voyais, sans parvenir à le retenir, Sampiero s’effacer sous l’avalanche d’informations qui l’ennuyaient comme l’image disparait des vieilles pellicules.

Stèle commémorant la mort de Sampiero à Eccica Suarella.

Il a été tué dans une embuscade dans la forêt d’Eccica Suarella. Mon guide, un ancien officier, en raison de la portée des arbalètes, ne croyait pas que l’embuscade avait eu lieu à l’endroit où se dresse la stèle, mais en contre-bas, de l’autre côté du torrent.

Photos du haut : les lieux de l’embuscade. Photos du bas: le paysage alentour.

Mes illusions corses ont reçu le coup de grâce, une nuit, sur une plage de sable brûlant, sous une lune jaune. Je sais qu’il n’y a que les rêveurs et les nigauds pour croire les belles histoires qu’on leur raconte. Rangez-moi dans la catégorie qu’il vous plaira, mais j’avais lu que les Corses aujourd’hui chantaient encore les poèmes du Tasse et j’écoutais ces polyphonies âpres gronder de toute leur rocaille dans les gorges des hommes en me parlant à moi-même, rêvant à haute voix que Sampiero avait pu entendre ces chants qui semblaient, comme Aphrodite, surgir de la mer. Quelqu’un alors s’est mis à traduire.
Si je le tiens, celui qui a écrit que les Corses chantent toujours la Jérusalem Délivrée, ça fera du grabuge !

LE CRÂNE DE SAMPIERO

J’ai arpenté l’île, rencontré des quantités de gens, des tranquilles et des exaltés, l’un m’a déclaré d’emblée : « Henri III est le fils de Catherine de Médicis et de Sampiero ! » (ce sera dur d’avoir la preuve!), un généalogiste m’a montré la promesse de mariage signée entre Sampiero et Francesco, le père de Vannina d’Ornano, quatre ans.

J’avais lu aussi (que n’avais-je lu ?) que le crâne de Sampiero avait été scellé dans le pilier d’une église de village. On me disait que c’était invraisemblable.
Mais au contraire !
Trahi, livré aux Génois, dépecé, son corps mis en lambeaux parce que chacun voulait emporter un morceau de sa chair (horreur ! pour en faire quoi ?), sa tête exposée sur le mur d’Ajaccio, comment ses partisans auraient-ils toléré que ses restes fussent dévorés par les bêtes et ravagés par les intempéries ?
C’est l’éternelle histoire d’Antigone qui s’est rejoué là.
Au risque de leur vie, ses fidèles sont allés récupérer la tête pour lui donner une sépulture chrétienne et quelle meilleure cachette qu’un pilier d’église ? L’Église recueillait les reliques des saints, elle accueillait les sépultures des grands et qui, pour ses partisans, était plus grand que Sampiero, familier des Médicis et de la famille royale de France ?
Persuadée que le crâne y était inséré, je voulais voir ce pilier.

Devant l’église, deux gros camions. Des ouvriers réparent des canalisations. Ils m’offrent de déplacer leurs engins pour que je puisse photographier la façade sur laquelle une une plaque confirme que, depuis quatre siècles, ces murs abritent l’illustre crâne. Une heure plus tôt, les ouvriers auraient pu me faire entrer : ils viennent de rapporter la clef à la maire, de l’autre côté du village. J’y vais. Le maire, seul habilité à disposer de la clef, n’est pas joignable avant l’après-midi. Attente torride en compagnie d’une bouteille chaude d’eau minérale d’Orezza dans la fumée des brochettes du seul restaurant ouvert sur la petite route.
L’heure tourne.
Pas vite.

En début d’après-midi, le maire, contacté au téléphone par ses services, me donne la permission d’aller contempler les piliers. Savoir lequel abrite le crâne est une autre histoire. Personne ne semble intéressé.
Je prends la clef.

Photo du haut, les deux plaques sur la façade de l’église : à gauche, en marbre blanc et illisible, la liste des morts de Quatorze. A droite, (détail photo du bas) la plaque qui mentionne la présence dans l’église de la tête de Sampiero Corso.

C’est quand je la rapporte qu’une employée, pâle et transparente, déclare que le crâne n’a jamais été caché dans un pilier.
Ah, non ?
Non, lâche-t-elle comme à regret. Il était scellé dans la façade.
Était ? Il n’y est plus ? Il y a pourtant une plaque.
La plaque ne dit pas qu’il y est encore !
Ni le contraire non plus.
Pourtant, il n’y est plus !
Qu’en sait-elle ?
Elle sait !

Elle est l’arrière petite-fille du maçon, qui, en fixant la plaque commémorant les morts de la Première guerre, a découvert le crâne.
Dans un coffret.
Scellé dans la façade.
En Corse, hormis quelques prolixes que rien n’arrête, l’ensemble de la population économise les mots. C’est le cas de l’arrière petite-fille du maçon. J’en fais autant, et, après un silence :
Où est-il maintenant, ce crâne ?

Le sait-elle ?
Elle le sait.
Eh bien ?
C’est un secret.

Elle a clos la conversation etc rois que je vais m’en aller. Je suis timide mais quand je

Si elle croit que je vais renoncer… je suis timide, mais pour être obsti je crois tenir un sujet, rien ne m’arrête et comme je ne trahis jamais personne, que je travaille comme quatre, il n’y a pas de raison qu’on me refuse. D’ailleurs pourquoi je sortirais ? la chaleur est encore pire dehors, je n’ai jamais eu si chaud ni en Afrique ni sur la route de  la Soie, c’est du moins ce que je me raconte chaque fois qu’il fait trop chaud.
À ma droite, il y une porte ouverte sur une salle, et, derrière une longue table, dont je vois l’extrémité en m’approchant, un monsieur très vieux, tout plissé, tout blanc, les yeux rieurs, ce qui est rarissime en Corse, qui, enfoui derrière des liasses, n’a pas perdu un mot de la conversation.
Tout au fond, dans l’ombre, un buste. Sampiero évidemment, la tête montée sur une fraise aussi artistement tuyautée que le visage du vieux. J’admire et surtout je le compare, à son avantage, avec la statue de Bastelica, flatterie qui me donne le droit de consulter des archives, installée en biais par rapport au vieux, sous le nez de Sampiero.

Buste de Sampiero Corso.

De temps en temps, je lâche un mot. Sur Vannina, les Médicis, François I°, le sultan ou Saint-Florent. Après les mots, de courtes phrases en deux étapes : Sampiero, parti de (presque) rien, qui assiste au mariage de Catherine de Médicis, qui projette l’assassinat de Charles- Quint ! Là, j’entends un nom qui se murmure, associé au mot « crâne ». C’est la transparente, entrée très doucement, très invisiblement, qui a parlé. Le vieux, qui échange avec elle des signes à mon sujet, a opiné.
Mais elle a mâchouillé les mots pour que je comprenne de quoi elle parlait en m’empêchant d’identifier les sons.

Alors, je prépare ostensiblement un crayon et un bout de papier, en continuant mes petites phrases qui pêchent à la ligne. Quelqu’un pourrait me rappeler pourquoi on surnommait Giovanni de Médicis « Jean des Bandes Noires »? L’expression ne désignait pas ses hommes, mais des bandes noires placées sur ses armes à l’occasion d’un deuil. De qui donc était-il en deuil ? Le petit vieux donne un coup de menton vers mon crayon, un autre vers l’employée qui répète le nom que j’ai déjà entendu.
Candidement levé, mon crayon interroge :
Comment ça s’écrit ?
Elle épelle.
Et l’adresse?
Je note le nom et l’adresse.
Je connais le secret.
Il était temps : la mairie va fermer.

Le lendemain, au lieu-dit indiquée, il y a trois maisons dont les occupants se détestent au point de m’informer de travers. J’ai trouvé tout de même. L’homme m’a ouvert.

Du sommet d’une armoire, il attire à lui un carton à chapeau de grand-mère, rubans roses et tendres fleurettes. Il le pose sur l’appui d’une fenêtre et ouvre avec précaution. Dans le carton, se trouve une boule de papier de soie blanc. Avec des gestes minutieux, l’homme aux longs doigts retire le papier de soie. J’ai vu le crâne de Sampiero. Je n’ai avoué à personne que j’ai horreur des crânes, même de celui, tout synthétique, qui médite avec Hamlet.

L’actuel détenteur du crâne de Sampiero, le tire du carton à chapeau, sa dernière demeure.

Mais je suis venue pour mes recherches, je fais le travail jusqu’au bout, ravalant quelque chose d’obscur et de puissant qui se noue d’émotion au fond de ma gorge. Je ne touche pas le crâne, je prends des photos. Des photos de cet unique reste du condottiere qui inspira à Shakespeare Othello.

Notes :


(1) Le Colleone de Verrocchio, à Venise, devant la Scuola San Marco (lui qui voulait sa statue place Saint-Marc et pas à San Zanipolo !) Ne cherchez pas : Zanipolo, en vénitien, c’est le Campo Santi Giovanni et Paolo.
(2) Ici, il faut chanter la réplique de Carmen jusqu’à : « Qui va là ? Dragon d’Acala« , surtout n’oubliez pas.
(3) Alagna au Met a porté les deux costumes, habillé comme Sampiero, version habit de de cour, pour Don Carlo ; portant ceux du temps des mousquetaires dans Cyrano de Bergerac.
(4) Première représentation, le 30 novembre 1903.
En 2017, à l’Opéra de Paris, avec Sophie Koch, Guenièvre ; Roberto Alagna, Lancelot ; Thomas Hamson, le roi Arthus).

© Jacqueline Dauxois

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