Le Requiem de Verdi, traduction, analyse et interprétation du 27 septembre 2019, à la Philharmonie de Varsovie

Roberto Alagna, répétition du 25 septembre 2019.

Introduction

 LETTRE DE VARSOVIE

Dans le vol Paris-Varsovie, j’ai traduit le Requiem de Verdi, dans lequel je n’arrivais pas à entrer ; c’est si sensible un mot, peut-être que chacun a besoin des siens sur ce type de texte. La traduction littérale est obscure, qu’est-ce que ça veut dire : « que le porte-étendard saint Michel les introduise dans ta sainte lumière »? Il y a un risque d’obscurité dans ce cas. Il est exact d’évoquer la lumière éternelle, mais c’est une expression abstraite, au contraire, en évoquant une lumière sans déclin, vous avez beau être prévenu puisque « sans » précède « déclin », vous le voyez et il vous illumine, ce soleil d’or rouge qui, au lieu de disparaître derrière l’horizon que vous aimez, reste suspendu au milieu de la voûte céleste pour ne plus jamais se coucher. Donc il y a des passages à éclaircir, des choix à faire et même des ajouts. Traduire Marie, sans ajouter Madeleine, alors qu’il est question de la pécheresse, induit d’autant plus en erreur que Verdi fait entendre des accents d’Ave Maria à ce moment. Cela fait, il reste des expressions rebelles à toute traduction, même s’il existe des traductions. La cadence royale des jumeaux grecs : « Kyrie eleison » et « Christe eleison », sonne avec tant de grandeur qu’on les comprend mieux et avec une autre intelligence si on leur épargne la platitude du Seigneur prends pitié. Traduit-on de l’hébreu « amen » et « hosanna » ?

En débarquant à Varsovie, il faisait froid, la brume cachait la pointe du Palac de la Place Defilad où triomphait en juin la Madama Butterfly d’Aleksandra Kurzak et Roberto Alagna. Premier bonnet, made in China, j’en veux pas. Ça réchauffe de marcher d’un bon pas. J’en trouve un vrai, un polonais, sur la place de charme qui met les touristes en joie « même moi ». Si d’ici là vous n’avez pas cliqué pour vous en aller, en arrivant au passage sur Serge Boulgakov et Michel Polnareff, vous saurez pourquoi j’ai coincé ces deux-là entre des guillemets. Sur la place donc, près de la fontaine, le même jeune homme qu’en juin, filiforme, avec des lunettes d’intellectuel anglo-saxon, joue de l’orgue de Barbarie. Un Voïvode, descendu de son château-fort, pelisse ceinturée de velours bleu roi, toque à plume et épée au côté, déambule non loin, en fumant. Sur des tréteaux, entre les tables des restaurants, qui n’ont pas encore regagné leurs abris pour l’hiver, une plantureuse aux yeux bleus vend des bonnets de laine qu’elle fabrique, dit-elle dans un très bon anglais.
Le bonnet acheté, le temps a changé, variable, inconstant, pluvieux, ensoleillé, venteux, tout le déploiement automnal, mais froid, plus du tout. Personne ne porte de bonnet, même moi.

En juin, il faisait 32°. Il y a eu deux répétitions pour Madama Butterfly, une climatisée, une autre place Defilad où se montait l’échafaudage pour le concert-opéra en plein air devant cinq mille spectateurs.
Pendant les temps vacants, j’achevais dans les cafés un roman à paraître début 2020. Je lui cherche un titre, en arpentant la ville. D’abord, prudente, j’évite la Place Defilad, et puis, sachant ce qui m’attend, j’y vais, je ne peux pas m’en empêcher : à tous les coins de rues la pointe du Palac me fait des signes. Là où se dressaient la scène, rayonnante dans son faisceau d’échafaudages aux tubulures entrecroisées, et les gradins, s’étale un morne parking. Les affiches ont été remplacées, ils n’en ont pas gardé une, pas même dans le café du Studio Théâtre. La Place, le Palac, avec ses deux théâtres jumeaux qui se font face, les escaliers, les parvis, les colonnes, tout l’espace suinte de tristesse. Où elle est, Butterfly ? dans quelle ombre engloutie ? C’est plus Kanal et Wajda ici que Puccini.

Mon éditeur m’appelle alors que je photographie la Philharmonie, il faut écrire l’argumentaire du roman alors que j’ai le Requiem dans la tête, j’en oublie de me présenter correctement à la Philharmonie, du coup, les photos, c’est interdit.

De gauche à droite, Aleksandra Kurzak, soprano, Agnieszka Rehlis, mezzo, de dos, le chef Jacek Kaspszyk, Roberto Alagna, ténor, Rafal Siwek, basse.

Première partie

TRADUCTION DU TEXTE LATIN

I
Requiem (soli et chœur)
Donne-leur le repos éternel, Seigneur, et reçois-les dans ta lumière sans déclin. C’est pour toi, mon Dieu, que nous chantons des hymnes dans Sion et qu’à Jérusalem nous célébrons Ton nom. Exauce ma prière ; que toute chair vienne à Toi. Donne-leur le repos éternel, Seigneur, et reçois-les dans ta lumière sans déclin.
Kyrie eleison. Christe eleison.

II
Dies irae (chœur)
Jour de colère, ce jour où le monde sera réduit en cendres selon les prophéties de David et de la Sibylle.
Quelle terreur nous connaîtrons lorsque viendra le Juge au jour du Jugement.
Tuba mirum (basse, chœur)
La trompette sonne au milieu des sépulcres des nations et rassemble tous les hommes au pied du Trône.
Mors Stupebit (basse, choeur)
La Mort et la Nature sont plongées dans l’effroi : la créature ressuscite et comparaît devant le Créateur.
Liber scriptus (mezzo, chœur)
On lira le Livre dans lequel tout est écrit et le monde sera jugé.
Quand le Juge jugera, tout ce qui a été caché sera révélé, rien ne restera impuni.
Quid sum miser (soprano, mezzo, ténor)
Malheureux, que puis-je dire pour ma défense, qui plaidera pour moi alors que tremble même le juste ?
Rex tremendae (soli, choeur)
Terrible Roi de majesté, Toi qui peut nous sauver sans faire les compte de nos péchés, Toi, source de tendresse, sauve-moi.
Recordare (soprano, mezzo)
Souviens-Toi, Seigneur Jésus, c’est pour moi que tu T’es incarné, ne me condamnes pas en ce jour de colère.
C’est pour me racheter que Tu as enduré les supplices et la Croix, ne sois pas mort en vain.
Juste Juge, accorde-moi ton pardon avant le Jugement.
Ingemisco (ténor)
Je gémis comme un coupable, mon péché empourpre mes joues ; je t’en supplie, mon Dieu, fais-moi miséricorde.
Tu as pardonné Marie-Madeleine, Tu as exaucé le larron, moi aussi j’espère en toi.
Je ne suis pas digne de te prier, mais dans ta bonté, fais-moi miséricorde, épargne-moi les flammes éternelles.
Accueille-moi avec tes brebis, éloigne-moi des boucs, fais-moi une place à ta droite.
Confutatis (basse, chœur)
Malédiction sur les maudits jetés dans la féroce fournaise éternelle, appelle-moi avec les bénis.
Je te prie, suppliant, prosterné, le cœur brisé, sauve-moi lorsque viendra la fin dernière.
Lacrymosa (soli, chœur)
Jour de larmes, ce jour qui viendra, où l’homme ressuscitera de ses cendres pour connaître le Jugement.
Pardonne, Maître, Seigneur doux Jésus, donne à tous le repos. Amen.

III
Offertorio, Domine Jesu Christe, Hostias, (soli)
Seigneur Jésus-Christ, Roi de gloire, délivre tous tes fidèles défunts des peines de l’enfer et de l’abîme sans fond.
Délivre-les de la gueule du lion, fais-les échapper au Tartare, arrache-les aux ténèbres, et que marchant sous l’étendard de Saint-Michel, le chef des milices célestes, il entrent dans la lumière que tu promis à Abraham et sa postérité.
Nous te louons, Seigneur, nous t’offrons nos sacrifices et notre prière, reçois-les pour les âmes dont nous faisons mémoire en ce jour.
Fais-les passer, Seigneur, de la mort à la vie que tu promis jadis Abraham et sa postérité.

IV
Sanctus (double chœur)
Saint est le Seigneur, Dieu tout-puissant, le ciel et la terre sont remplis de ta gloire.
Hosanna au plus haut des Cieux !
Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur.
Hosanna au plus haut des Cieux !

V
Agnus Dei (soprano, mezzo, chœur)
Agneau de Dieu, qui enlèves le péché du monde, donne-leur le repos.
Agneau de Dieu, qui enlèves le péché du monde, donne-leur le repos éternel.

VI
Lux aeterna, communion, (mezzo, ténor, basse)
Seigneur, fais resplendir sur eux la lumière sans déclin qui brille pour tes saints pendant l’éternité.
Donne-leur le repos éternel, Seigneur, et fais briller pour eux ta lumière sans déclin.

VII
Libera me (soprano)
Délivre-moi, Seigneur, de la mort éternelle, en ce jour de terreur où le ciel et la terre seront ébranlés, quand tu viendras juger le monde par le feu.
Je tremble, le jugement s’approche, j’ai peur de la colère du Jour à venir.
Jour de colère, ce jour-là, jour de calamité et de misère, jour de souffrance grande et amère.
Donne-leur le repos éternel, Seigneur, et fais briller pour eux ta lumière sans déclin.

Aleksandra Kurzak, au centre, le chef à droite, Roberto Alagna, à l’image assis entre les deux, sa partition dans les bras.

Deuxième partie

ANALYSE DE LA MESSA DA REQUIEM

 Le jugement et l’abîme

Verdi a dirigé la Messa da requiem, le jour du premier anniversaire de la mort de Manzoni, le poète du Risorgimento, en l’église Saint-Marc de Milan, le 22 mai 1874. Ensuite, à la Scala, à Paris, Londres, Vienne, Cologne, Munich, ce fut un triomphe partout.
Âgé de plus de soixante ans à cette époque, le Maître, après le triomphe d’Aïda, avait décidé de ne plus écrire d’opéra et il faudra attendre dix ans pour qu’il y revienne avec son « projet chocolat », Otello. Mais on peut presque dire que le Requiem est son vingt-septième opéra. Il l’a écrit pour cent exécutants, comme Don Carlo, quatre solistes, deux chœurs. Il y a mélangé quatuors, arias lyriques, grands solos, il y a créé des ruptures de ton, l’allégresse du Sanctus défie les ténèbres de la mort, il y a introduit des contrastes violents, de surprenants effrois lorsque les trompettes cachées du Tuba mirum (à Varsovie, il y en avait au premier balcon) déchainent des fortissimi assourdissants qui contrastent avec la tendresse sidérante des pianissimi du Requiem et du Libera me.

La Messa da Requiem a une histoire.
Six ans plus tôt, à la mort de Rossini, en 1868, dix compositeurs avaient accepté d’écrire ensemble une messe. Dix compositeurs pour une œuvre, c’est trop. Le projet a échoué. Mais Verdi, avait terminé le Libera me qui lui incombait ; il a tout achevé, seul, pour Manzoni son ami. Que cette messe ait été célébrée à la mémoire de Manzoni au lieu de Rossini n’a rien de choquant pour un chrétien.
Qu’est ce que c’est, une messe de requiem ? C’est une messe pour les défunts. On ne dit pas pour un défunt, on emploie toujours le pluriel, c’est la messe des morts, pas « du » mort. Pourquoi ? Un seul défunt représente la créature de Dieu, l’homme (homme et femme) crée à Son image.

Tout requiem dédié à un mort particulier est une célébration pour les défunts de tous les temps. Comment Verdi n’aurait-il pas associé à son œuvre ses deux jeunes enfants et sa femme, emportés en deux ans, entre 1838 et 1840 ? Agnostique ou pas, baigné de christianisme, frappé dans ses proches, il a donné des accents universels à la supplication de l’homme, vif ou mort, prosterné au pied de son Dieu, attendant le Jour de colère, le jour du Jugement, on dit aussi le Jugement dernier.
Tout requiem est résurrectionnel car il n’y a pas de mort sans la résurrection à la vie éternelle.

Des ténèbres à l’apocatastase

Du commencement jusqu’au milieu de l’œuvre, résonne une musique d’effroi et de terreur qui évoque le Jour où le ciel et la terre s’ouvriront et où les morts sortiront du tombeau pour le Jugement.

Dans Requiem, la première séquence qui donne le nom à l’œuvre, le chœur demande deux fois la lumière sans déclin, il évoque Sion, le peuple élu, et Jérusalem, la Cité de Dieu des textes apocalyptiques, la Jérusalem céleste qui descendra du Ciel sur la Terre le Jour du Jugement. Cette supplication parcourt toute la messe dans laquelle l’attente de la résurrection des corps, « que toute chair vienne à toi », précède le Jugement.  

La voix du ténor

C’est la voix du ténor qui incarne l’appel à la Résurrection, c’est elle que Verdi fait entendre en premier après le chœur du requiem, avant celle des autres solistes, dans le Kyrie eleison. Cet eleison du ténor, qui se détache avec une force extraordinaire et doit resplendir, ne peut revêtir un caractère résurrectionnel que s’il est porté par une voix de lumière qui se cuivre en jetant des feux aussi éclatants que la trompette de l’ange.
Des voix capables de cet exploit sont d’une rareté extrême.
Il y a eu Pavarotti.
Il y a Alagna.

Alagna

Ces voix créent une tension inhabituelle, le public attend qu’elles se fassent entendre de nouveau, comme les défunts attendent de revoir le jour. La comparaison est peut-être audacieuse, néanmoins il suffit qu’une personne ait pressenti cette similitude pour qu’on ne puisse la rejeter entièrement.
Pour susciter aujourd’hui une attente si poignante dans une assistance souvent profane, si vous n’avez pas Alagna, vous n’aurez pas l’attente ou alors elle sera ordinaire, comme dans tout opéra, pas résurrectionnelle. Dans ce cas, vous manquez la moitié du Requiem et perdez la moitié du sens d’une messe qui, parce qu’elle est celle des défunts, est celle des ressuscités.
C’est pour que les auditeurs comprennent et vivent cette attente du paradis que la sainte Église romaine, pendant des siècles, a consenti à a fabrication des castrats, ne vous étonnez pas, maintenant qu’il n’y en a plus, si des voix qui les égalent sont de prodigieuses exceptions.

Au centre du Requiem, la voix de ténor

La première séquence, celle du eleison, est formé d’un seul air : requiem.
La deuxième en a neuf : Dies irae, Tuba mirum, Liber scriptus, Quid sum miser, Rex Tremendae, Recodare, Ingemisco, Confutatis, Lacymosa.
Les quatre premiers des neuf sont le rappel du Jour du Jugement, prophétisé par le roi David, qui fit monter à Jérusalem l’Arche de l’Alliance conclue avec Abraham et l’antique sibylle dont la prédiction retentit jusque chez saint Augustin. Jusqu’à Recordare, pendant six airs consécutifs, il n’est question que de cendres, de trompettes, de sépulcres. La créature ressuscite pour comparaitre devant son Juge. Le Jugement sera terrible, car tout est écrit. La basse retentit : « La mort et la Nature sont plongées dans l’effroi », relayée par la mezzo : « rien ne restera impuni. »  
Si les fautes et les crimes sont comptés, dans le Livre, il n’y a plus d’espoir pour personne. Texte et musique descendent dans une terreur abyssale qui conduit aux trois airs placés au centre de l’œuvre, Rex tremendare, Recordare, Ingemisco. C’est le moment où l’effroi cède devant l’espoir.
Le « sauve-moi » d’une malheureuse créature, qui vient de se reconnaître incapable de se défendre elle-même et de trouver un défenseur (Rex Tremendare) semble voué à l’échec. Il n’en n’est rien.
La créature était paralysée par la terreur : l’espoir la relève. L’argument de Recordare est très fort : le Christ ne peut pas être mort pour rien. Puisqu’il a été crucifie pour le salut du monde, il faut qu’il sauve tous les hommes, avant le Jugement. Cet amour inconditionnel de Dieu s’étant déjà manifesté par sa mort sur la Croix, pourquoi le Jugement ne serait-il pas la proclamation du salut universel ?

La voix du ténor dans Ingemisco.

Depuis le premier eleison du ténor on n’a plus entendu sa voix seule. Parvenu au centre de l’œuvre, Verdi lui donne l’aria qu’il chante en solo : Ingemisco, cœur et clef de voûte du Requiem.

Par la voix du ténor, l’homme qui souffre, récapitule la prière du chrétien. Il assume sa condition de pécheur, se reconnaît indigne de prier, mais rappelle à Jésus qu’il a pardonné les péchés de Marie-Madeleine et promis le paradis au mauvais larron, crucifié en même temps que Lui, sans prendre en compte leurs péchés, considérant uniquement leur foi. « Moi aussi, j’espère en toi, » dit le ténor et cette prière, que la créature se croyait indigne de formuler, il l’adresse de toute son âme, déjà confiant puisqu’il détaille tout ce qu’il veut et ne veut pas.
Il ne veut pas brûler en enfer. Il ne veut pas être mis avec les boucs.
Il veut se retrouver avec les brebis à la droite du Père.
Ce « je » est collectif. C’est la demande du salut pour tous, l’apocatastase dont le théologien russe Serge Boulgakov s’est fait le chantre. Cet appel à une éternité de lumière a trouvé un nouvel élan en 1972 avec la chanson de Michel Polnareff et Jean-Louis Dabadie : « Nous irons tous au paradis, même moi ».

Ce n’est pas dire qu’à partir de l’Ingemisco, la messe n’est plus qu’un cri d’allégresse et d’espoir de la résurrection, ce serait un Magnificat. Mais au milieu des larmes de la vallée de la mort, sans oublier le Jour dernier, brille un espoir éclatant, récapitulé dans le Libera me final de la soprano à qui incombe d’exalter le sens tout entier de la messe, les deux aspect qui semblent antinomiques qu’elle réconcilie : la peur de la colère de Dieu et l’espoir du salut.

Voix de soprano dans Libera me.

3

ROBERTO ALAGNA ET ALEKSANDRA KURZAK À LA PHILHARMONIE DE VARSOVIE

Fer de lance des productions auxquelles il participe, Roberto Alagna donne à la messe de Requiem les couleurs d’une voix qui évoque ces vitraux tissés de lumière dont a perdu le secret de fabrication.
Il y a quelques mois, il transfigurait Andrea Chenier, à Londres.
À Varsovie, il emporte le Requiem dans un univers résurrectionnel .
Le Libera me d’Aleksandra Kurzak, qui chante son premier Requiem dans la capitale de son pays natal, frissonne du vertige de la créature suspendue au-dessus de l’abîme, qui tremble et qui espère.

La ville de Chopin, qui a dressé une statue à la clef de sol, a fait au Requiem un triomphe debout.

Conclusion en avion

LE LIBERA ME D’ALAGNA

Je n’ai pas photographié, hier soir.
Dans l’avion de retour, je trouve, intactes, enregistrées dans mon cerveau, des séquences du spectacle. Les images finiront par s’effacer, ma tête ne vaut pas le plus minable appareil, pour le moment sont vivantes, je les filmerais, si j’avais une caméra dans le crâne, à défaut, je les raconte au petit ordi. Les moteurs ronflent. Ils me saoulent. Je suis dans un état second pour n’avoir rien mangé depuis la veille et m’être exaspérée à chercher à me connecter cette nuit pour poster autre chose que des mails, alors que des hôtels on ne peut pas, je ne le sais que trop, mais autant essayer quand on dort pas après un spectacle, qu’il pleut dehors, fait froid et tout est noir.

Il y a des turbulences, le petit ordi proteste. Le calme revient, j’écris ce que je voyais hier soir.
Pendant Ingemisco, l’attention de la salle se concentrait sur lui ; au Libera me, c’était sur Aleksandra Kurzak.
Dès les premières notes, le chant est bouleversant.
Alagna regarde devant lui. Il est assis, comme chaque fois qu’il ne chante pas, et rien n’est pareil. Il est entré avec Aleksandra dans le Libera me. Il l’habite et deux ou trois fois, aux difficultés vocales extrêmes que rencontre Aleksandra, il tourne le visage vers elle qui, torunée vers la salle ne peut pas voir l’intensité de ce regard.
La télé avait installé des caméras aux endroits stratégiques, on verra donc ce que je raconte et moi aussi je le verrai et j’aurai la preuve que je n’ai pas inventé ce moment qui semblait un duo alors que Roberto Alagna ne chantait pas.

Devant la loge, à la fin du spectacle.
Photos ci-dessus : signature après le spectacle dans le hall de la Philharmonie.

Sommaire :

Introduction
Lettre de Varsovie

Première partie :
Traduction du texte latin
I. Requiem.
II. Dies irae, Tuba mirum, Mors stupebit, Liber scriptus, Quid sum miser, Rex Tremendae, Recodare, Ingemisco, Confutatis, Lacymosa.
III. Offertorio (Domine Jesu Christe, Hostias).
IV. Sanctus.
V. Agnus Dei.
VI. Lux Aeterna.
VII. Libera me.

Deuxième partie :
Analyse du texte
Le jugement et l’abîme
Des ténèbres de la mort à l’apocatastase
Rôle de la voix de ténor

Troisième partie
Roberto Alagna et Aleksandra Kurzak à la Philarmonie de Varsovie

Conclusion en avion
Le Libera me d’Alagna.

© Jacqueline Dauxois

© Jacqueline Dauxois

Une réflexion sur “Le Requiem de Verdi, traduction, analyse et interprétation du 27 septembre 2019, à la Philharmonie de Varsovie

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