Nous sommes des barbares, Antigone au secours !

Le 19 mars 2020

UNE LOI AU-DESSUS DE TOUTES LES LOIS

Nous sommes des barbares, si nous abandonnons nos morts aux mercenaires.
Depuis quand faut-il demander la permission à un gouvernement pour accomplir des rites millénaires ?


Est-ce qu’il n’existe pas une loi au-dessus de toutes les lois ? Cette loi n’est-elle pas divine parce qu’elle est amour ?
Cette loi, supérieure à toutes les autres, n’est pas un décret périssable édictéepar un gouvernement. Elle est réelle, concrète, elle n’a rien d’abstrait. Contrairement aux lois humaines, elle est permanente, invariable. Elle est inscrite en chacun de nous, dans chaque fibre qui nous constitue, elle règne dans nos cœurs, nos âmes, nos esprits et nos corps.

À la perte de quelqu’un de cher, ce n’est pas seulement la partie spirituelle de notre être, c’est notre corps tout entier, chacun de nos membres, qui exige de suivre la dépouille que la mort rend sacrée (pas sainte mais sacrée, tous les peuples du monde, toutes les religions et les non religions le savent, le vivent, l’expérimentent), jusqu’au bord de la tombe et voudrait s’enfoncer avec elle dans la ténèbre du tombeau.
Roméo et Juliette choisissent d’y descendre ensemble, Antigone toute seule, le commun des mortels fait demi-tour la tombe refermée et retourne à la vie ayant accompli le rite vital de l’accompagnement, de l’adieu ou de l’au-revoir.
Cette nécessité, venue du fond de l’être, inscrite dans la nature humaine, est ce qui la différencie de l’animale, elle vient de l’amour puisqu’elle vient de Dieu.

C’est la seule loi qu’il ne faut pas transgresser.

LA PEUR, CET INSIDIEUX RONGEUR

Mais on a peur. Il faut arrêter d’avoir peur. C’est avec la peur , cet insidieux rongeur de l’âme, qu’on fait des esclaves.
Aujourd’hui, 19 mars de l’an coronavirus, on a peur de quoi ? Pour le moment, où elle est l’hécatombe ? Elle viendra peut-être. Je n’en sais rien. Personne n’en sait rien. Les chiffres hier (19 mars 2020) annonçaient 7.000 décès dans le monde (trois semaines plus tard, date où le décompte ne sera pas achevé, ce sera 100.000). Chaque année, en France, la grippe ordinaire tue 10.000 personnes.
À chaque épidémie, chaque canicule, nos hôpitaux sont débordés parce qu’on ne fait rien pour les soutenir, on compte sur leur inépuisable dévouement (1).
Quant à la peur, elle nous est inoculée avec la privation des libertés, l’ordre de confinement, limité pour le moment, et la contravention pour les désobéissants.

ANTIGONE OU LE CHOIX DE LA LIBERTÉ

Lisez, relisez Antigone, pas celle d’Anouilh, celle de Sophocle, l’un des plus grands génies littéraires que la terre ait porté. Ses tragédies, écrites un demi-millénaire avant Jésus-Christ, sont toujours jouées.

Antigone défie les ordres du pouvoir temporel. Créon, son oncle qui règne sur Thèbes, a interdit, sous peine de mort, d’inhumer la dépouille d’un des frères d’Antigone. Elle brave l’interdiction. Seule, de ses mains, elle l’ensevelit. et accomplit les rites. Créon fait exhumer le corps. Elle retourne l’enterrer. Prise en flagrant délit de récidive, condamnée à être emmurée vive, elle se pend dans son tombeau.
C’est elle, la vivante, c’est elle l’éternité. Créon est le technocrate, l’immédiat, l’instantané, le périssable, le décideur qui veut ravir aux autres leur conscience, s’emparer de leur âme.
Antigone refuse l’esclavage et, par sa mort, proclame la vie dans son éternité.

Qu’est-ce qu’on risque, en France aujourd’hui, si on accompagne un cortège funèbre au cimetière ?

© Jacqueline Dauxois

Publié le 19 mars 2020

NOTE :
(1) Jacqueline Dauxois et le docteur Marc Andronikof, Médecin aux urgences, Éd. Le Rocher, 2005.

ANNEXE :
Le 17 mars 2020, le ROH annonçait sa fermeture jusqu’au 19 avril. J’ai une place pour le 11, la Première de ce nouveau Paillasse avec Roberto Alagna. Si le théâtre rouvre effectivement, il ne chantera donc ni le 11 ni le 19 mais les 19, 21, 25, 29 avril et le 2 mai. Cela parait invraisemblable. Que deviennent les répétitions ?

Alagna en Canio au Metropolitan, 2018.

Voir sur le site plusieurs articles sur Paillasse avec Roberto Alagna.

Roberto Alagna dans Cavalleria Rusticana et Pagliacci au Metropolitan Opera de New York, janvier 2018 – Chapitre 1

Outre les autres chapitres sur le Paillasse de New York, vous pouvez trouver sur le site un ou plusieurs articles sur le Pagliacci de Berlin et celui de Barcelone.

Une réflexion sur “Nous sommes des barbares, Antigone au secours !

  1. Dans la situation actuelle ,inedite et dramatique , pouvons-nous continuer à agir comme habituellement nous le faisions .Nos morts sont dans nos coeurs ,ce sont des vivants auxquels nous devons penser.

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