Roberto Alagna, deux Roméo de légende à Londres et à Orange, plus un au Metropolitan

À Nicolas Joël, in memoriam.

DEUX MISES EN SCÈNE DE NICOLAS JOËL

Ci-dessus, au ROH, en 1994.

Le 24 juillet 2020 retransmission Metcovid

Un DVD du Royal Opera House conserve la mémoire d’un triomphe  étourdissant qui valut à Roberto Alagna des acclamations triomphales, des pluies de fleurs, un Oliver Award. Ce spectacle a été suivi par celui des Chorégies d’Orange, enregistré par France 2, le 7 juillet 2002. Pour le public, c’était révélation sur révélation. La cavatine du deuxième acte déclenchait des tonnerres qui se succédaient jusqu’au final. Les spectateurs criaient de bonheur. Depuis qu’on l’attendait, le Georges Thill de notre temps, avec une prononciation moderne, il était là ! l’Alfredo Kraus avec les flammes du soleil dissipant les ombrages de la forêt viennoise, c’était lui ! Et lui, c’était ce timbre unique, à aucun autre comparable. Il comblait une attente alors !

Avec le baryton Richard Rittelmann, premier concert vivant après cinq mois d’enfermement

Le 16 juillet 2020

Près de Grasse, bâti avec des rêves et une fortune c’est un décor qui semble toscan avec un mélange d’arbres et de bâti, de fresques qui se déroulent sur les murs et aux plafonds, de colonnades, de bassins aux nénufars, de lustres enlacés par des rampes de fer forgé, de terrasses en pierre cuite, de portes cloutées et de passages surbaissés, d’objets rares, d’un temple à l’amour dans un cadre de verdure.

« Manon Lescaut »avec Roberto Alagna et Kristine Opolais, l’unique feu d’artifice du 14 juillet covid 2020

Les retransmissionsCovid du Metropolitan
14 juillet 2020

AVANT DE COMMENCER

Alors, ça continue, les stades rouvrent, les raves parties sauvages, on peut s’y entasser de toute la France, pendant des jours et des nuits d’affilé, sur les plages, les gigots coutumiers rôtissent au cuisse à cuisse , cafés et restaurants sont entassés à boire et se goberger, comme si Pompéi leur tremblait sous les pieds, il y a des concerts publics, même classiques, mais les festivals, quand ils n’ont pas annulé, jouent à huis clos, le courageux petit Favart a rouvert, louant une place sur deux et exigeant le masque, mon Dieu, trois heures d’Opéra avec un masque sur le nez, je ne tiendrai jamais, j’aurais l’impression de ne pas entendre, ça bouge un peu côté musique, bouche à bouche aux grands noyés ; mais lui, le plus grand ténor, quand on le reverra, on n’en sait rien ; sa Carmen au Stade de France reportée aux calendes, son premier Lohengrin cet hiver à Berlin, on n’en sait rien. Il est vrai qu’il faut le protéger. Si le public se masque ; lui, qu’est ce qu’il va faire ? Duos d’amour à distance sanitaire ? Tout le monde crâne et tout le monde vit un cauchemar.

« Shakespeare Les feux de l’envie » de René Girard

Le fou, l’amoureux et le poète,
Sont d’imagination tout entiers pétris.
Shakespeare, le Songe d’une nuit d’été.

Dans les vieilles maisons où se succèdent les générations, il y a des entassements de livres et parfois vous tombez sur un qui semble neuf comme ce Shakespeare, Les feux de l’envie de René Girard, surgi en plein confinement, un jour où je me persuadais qu’il fallait ranger. La traduction française a trente ans (Grasset, 1990).

Le Suicide de Lucrèce, Lucas Cranach l’Ancien, Cracovie, Pologne.

Pavarotti, le géant

Les retransmissionsCovid du Metropolitan

La bouche immense où s’engloutit son visage, caverne d’Ali Baba qui enferme les trésors de sons extraordinaires, d’une force ahurissante, d’une douceur suffocante, d’une puissance inouïe, portés par un souffle inépuisable où s’engouffrent les vents du génie vocal.

Pavarotti, Il Trovatore, 1988.

« Ma Louise », roman d’Édouard Moradpour, sélectionné pour le Renaudot

Idylle au Quartier Latin

Elle, Louise, petite factrice, jeune, très jeune en tout cas trop pour lui, Arnaud, gynécologue arrivé, marié, père de deux enfants, bon praticien, bon mari, bon père, bon fils. Elle est drôle et cocasse, bouillonnante de vie, lui sent déjà  la naphtaline. Tout les sépare, ce qui les rend irrésistibles l’un pour l’autre. C’est le début de Ma Louise, classique histoire d’amour, en apparence.

Akhnaten et Doctor Atomic, deux opéras interrogent notre univers

Les retransmissionsCovid du Metropolitan

Akhnaten, musique de Philip Glass, livret tiré du Livre des Morts de l’Anvcenne Égypte, production Phelim McDermott, avec AnthonyRoth Costanzo dans le rôle titre et J’Nai Bridge, Néfertiti.

Doctor Atomic, musique de John Adams, livret de Peter Sellars, production Penny Woolcock, avec Gerarld Finley dans le rôle de J.Robert Oppenheimer et Sasha Cooke, Kitty Oppenheimer.

L’APPARENCE ET LA RÉALITÉ

Alors que rien ne semble plus différent que les thèmes abordés par Akhnaton et Doctor Atomic, retransmis par le Met à quelques jours d’intervalle, ils se ressemblent, ils sont jumeaux, ils traitent le même sujet dans une perspective inversée : changer la conception du monde en modifiant la vie et la mort. Deux opéras faustiens, deux hommes au-delà de l’ordinaire humanité.

Retransmission, le 24 juin 2020, du « Samson et Dalila » de Roberto Alagna et Elīna Garanča, enregistrés le 20 octobre 2018

Les retransmissionsCovid du Metropolitan

Le 24 juin 2020.

En juin 2020, Orange aurait dû préparer le troisième Samson de Roberto Alagna pour le 10 juillet. Sans Elīna Garanča, mais mis en scène par Jean-Louis Grinda, ce qui permettait d’espérer le meilleur. À cause du covid-19, le spectacle est reporté à l’année prochaine. Le 24 juin 2020, le Met a retransmis le spectacle enregistré le 20 octobre 2018.

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Quatre livres pour un ténor, genèse des « Quatre Saisons avec Roberto Alagna »

Je ne connaissais de lui que sa voix.
Elle me rendait intacts les héros lyriques de mon enfance, quand ma grand-mème m’inoculait l’Opéra en chantant tous les airs de la terre (à dix ans, je les croyais tous écrits pour sopranos, stupeur et fou rire lorsque j’ai découvert que  » n’ouvre ta porte, ma mie, que la bague au doigt » était la sérénade Méphisto) et ceux du temps fervent des JMF. Il faut dire qu’en ces temps-là, avec le catéchisme et le ciné-club, l’Opéra était le seul endroit où on pouvait rencontrer des garçons. Flirter dans l’obscurité d’une salle, à quinze ans, exaltée par les plus beaux airs du monde, chavirer sous le clair de lune enchanteur des projecteurs vous fait des souvenirs pour une vie entière.


Le courant de la vie cependant me faisait oublier les héros de ma jeunesse. La vie et ses remous, la vie et l’écriture, mon phare.
Pour écrire et rester libre, j’ai toujours exercé des métiers. L’Université a d’abord été un job comme un autre et après, diplômes en poche, les métiers à portée de la main (1). Tout pour écrire en toute liberté. Comme le temps est élastique, il est arrivé que j’écrive deux livres à la fois. De temps en temps, à n’importe quel âge, je retournais à l’Université suivre un cursus qui me tentait, je passais d’autres diplômes, pour changer d’air et m’aérer la tête.

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Quand Andrea Chenier soufflait les bougies d’Alagna, 7 juin 2019 -7 juin 2020

7 JUIN 2019 – 7 JUIN 2020

C’était il y a un an, le 7 juin 2019, Andrea Chénier soufflait les bougies d’anniversaire de Roberto Alagna, cela semble à des années lumières.
Aujourd’hui, comme tous ceux qui ont été happés par un art qui est devenu leur raison de vivre, le ténor se retrouve pire qu’enchaîné, bâillonné.

En scène.


Depuis trois mois on ne l’a pas vu, pas entendu. Il y a eu de petites distractions musicales, si ce n’est pas tout à fait rien, ce n’est pas grand chose. Mais l’art, dans sa grandeur, sa vérité et son mystère, l’art qu’on a vu culminer, il y a un an, avec Andrea Chenier, on ne l’a plus. Le manque est dramatique car nous sommes gavés de reproductions, mais c’est de l’art vivant que nous sommes privés, alors que l’année dernière, le 7 juin exactement…

C’était à Londres.
Le soir de son anniversaire, il a bouleversé l’interprétation traditionnelle et son Chénier transfiguré s’incarnait enfin tel que ne pouvait pas ne pas être le plus grand poète français de son temps, arbitrairement jeté en prison et guillotiné. Alagna a donné au chant du poète, dans sa dénonciation des crimes aveugles, sa passion d’amour, son défi à la mort, la force et la douceur qui sont sa marque. Qu’il ait connu par cœur la vie et l’œuvre de Chénier ou qu’il ait recrée le personnage de l’intérieur, il l’avait comme toujours abordé non pas en interprète mais en créateur pour en faire un flambeau de vérité.

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