Aleksandra Kurzak de l’ouverture de la Scala au récital du 11 avril 2021, nos solitudes

DE L’OUVERTURE DE LA SCALA AU RÉCITAL D’ALEKSANDRA KURZAK

En pleine tempête covid, le 7 décembre 2020, la Scala a fait de sa traditionnelle ouverture, un événement mondial, mettant en scène une pléiade d’artistes qui se sont succédés devant une salle dramatiquement vide. Le nom donné au spectacle : A riveder le stelle, « pour revoir nos étoiles » sonnait comme un défi à l’étranglement programmé de la culture. On a entendu, cette nuit-là, l’un après l’autre, Aleksandra Kurzak, et ensuite Roberto Alagna qui, dans le lamento de Mario, nous a déchiré l’âme. Nous espérions les retrouver tous les deux dans Tosca à l’Opéra de Paris, en mai 2021.

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Roberto Alagna « Le Chanteur », CD

« Le Chanteur », c’est le titre du disque de Roberto Alagna, sorti le 23 octobre 2020. C’est celui d’une chanson de Serge Lama et Alice Dona, avec laquelle le ténor commence le CD (Sony) qu’il consacre à quinze titres de la chanson française.

Sur ce montage, qui n’est pas la couverture du disque, la carte de France, à l’encre de Chine, est le travail d’un jeune dessinateur, Pablo Raison, en 2019.
J’ai pris la photo de Roberto Alagna à Monte-Carlo, pendant une répétition de « Luisa Miller » (voir l’article sur le site).



Bien qu’il soit aussi un autre (sinon plusieurs autres), le chanteur de la chanson, c’est lui. Il lui ressemble. Ses fans rêvent de lui : « Il nous fait croire un moment /Qu’il est devenu notre amant ». Ils sont venus de partout, décidés à l’entendre quoi qu’il en coûte, résignés à l’attendre des heures « les deux pieds dans la boue », consentant même à ne voir qu’un petit morceau de lui, s’ils doivent se contenter des mauvaises places lorsque les bonnes sont déjà prises : « on en verra que la moitié/ Mais la moitié qu’on verra/ On s’en contentera », entretenant le rêve fou que leur idole : « Nous emportera chez lui/Pour effeuiller nos mémoires,/ Nos visages d’un soir ».

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France Culture : Entretien entretien avec Jacqueline Dauxois sur « Le Mémorial des anges oubliés »

« Un livre contre l’instrumentalisation de la religion, le fanatisme et l’intégrisme ».
Alexis Chryssostalis

« Le mémorial des anges oubliés est un roman dont le sujet, cruel et malheureusement terriblement actuel, traite de la barbarie dans laquelle peuvent parfois plonger certaines personnes, des jeunes, voire des adolescents, vulnérables donc par définition, parce que la société dans laquelle ils vivent, y compris leur entourage proche, n’a pas pu ou n’a pas su leur donner les repères culturels, intellectuels et spirituels équilibrés et solides dont chacun de nous a besoin dans la vie ; les héros du Mémorial des anges oubliés sont nombreux, issus de tous les milieux, d’origines et de religions diverses ; ce livre parle de la descente aux enfers progressive d’une jeune fille de 15 ans, mais il commence et finit par des paroles qui ouvrent sur l’espoir. »
Alexis Chryssostalis

ÉCRIRE

Je suis un écrivain, je n’existe que pour écrire, c’est de l’encre qui me coule dans les veines avec les pulsions du clavier de l’ordinateur. Si vous me découpez le cœur, vous y trouvez des livres.
Le 3 octobre 2020, une chaufarderresse m’a tué la promotion de celui-là.

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RENCONTRE AVEC LE BARYTON RICHARD RITTELMANN

2020, l’Opéra équestre.

Le 11 juillet 2020, alors que les mesures destinées à circonscrire la covid-19 assassinaient la culture, fermaient jardins, librairies, disquaires, musées, cinémas, théâtres et Opéras comme non essentiels, nous traitant tous, non en personnes, mais en tubes digestifs, alors que depuis des mois, on n’entendait plus que de la musique en conserve, que même le Sud, avec ses Carnavals brutalement interrompus, était lugubre, le baryton Richard Rittelmann, dans un château, près de Grasse, a donné un concert en chair et en os. C’était le premier que j’entendais depuis 5 mois.

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De Jupiter à Wagner, les métamorphoses du cygne

LÉDA ET LE CYGNE

Elle est païenne et vieille de quelques millénaires, la première image d’un cygne qui a marqué l’imaginaire collectif. C’est celle du Zeus grec, devenu le Jupiter romain, mari volage qui séduisait des vierges par des tours de magie. Il n’avait pas de préjugés et à l’occasion, changé en aigle géant, il enleva aussi un berger adolescent, Ganymède. Mais sa préférence allait aux tendres jeunes filles qu’il violait utilisant des métamorphoses inaccessibles au plus retors des sorciers. Trois d’entre elles ont inspiré des peintres parmi les plus grands,- ce qui a perpétué leur souvenir à travers les siècles.
Jupiter enleva d’abord la nymphe Europe. Ayant pris l’apparence d’un taureau doux et docile, il l’emporta à travers les mers et l’engrossa de celui qui devint le roi Minos. Commémorant cette agression, le platane, depuis, en oublie de perdre sa ramure.
La deuxième, Danaé, princesse d’Argos, gisait au fond d’une prison où l’avait enfermée son père à la suite d’une de ces prédictions dont se délecta l’Antiquité annonçant que le fils de sa fille le supplanterait sur le trône. Pour approcher l’inapprochable, Jupiter se changea en pluie d’or. Persée naquit de cet accouplement plus fantastique encore que le précédent.

Rubens, Léda et le cygne.


Enfin, ce fut Léda, fille d’un roi de l’Étolie que le dieu des dieux païens approcha changé en cygne. On ignore si Danaé accoucha d’une bourse géante qui contenait Persée, mais on sait que Léda pondit un œuf d’où sortirent les jumeaux Castor et Pollux.

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SI ON LISAIT : « NICE-VILLE » DE PATRICK BESSON

Lorsque l’auteur de « La Boum» publie « Nice-Ville », il nous convie à une promenade dans une ville qui lui est familière, feuillette pour nous un album de cartes-postales anciennes qu’on regarde avec nostalgie, nous fait rencontrer une galerie de personnages, illustres ou inconnus, passés et actuels. Si par-dessus son épaule, il nous permet de lire des articles parus dans divers journaux, il partage aussi ses découvertes gastronomiques et touristiques le long d’un parcours tendre et amoureux, divers et multiple, qui culmine dans le prénom aimé, celui de l’écrivain qui est sa femme, Anne-Sophie, la mère de Yannis : « Nous sommes allés si souvent seuls à Nice sans nous connaître que marcher ensemble aujourd’hui dans la ville nous semble un miracle doux et silencieux ».

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Roberto Alagna et les 300 choeurs – Réveillon 2020

Le 24 décembre 2020 sur FR3.

Il n’a pas changé.
Grand-père, lui ? Puisqu’il le dit ! Et que ça lui va bien d’avoir des enfants accrochés à son cou ! Mais je vois aussi, en lui, et peut-être surtout, le regard d’un enfant génial qui depuis des dizaines d’années qu’il occupe le firmament, met en transes ceux du sérail. Provocation ? Pas sûr !

C’est le soir du Réveillon de cette année entre toutes sinistres, 2020, qui a vu la mondialisation d’un virus, fait unique dans l’histoire ressassent ceux (ils sont nombreux, mamma mia !) qui ne connaissent rien à l’Histoire, unique en tout cas pour notre histoire à nous qui la vivons en direct et petit écran. C’est le Réveillon de Noël.
Pour ceux qui fuient la messe de minuit avec masque et tutti quanti, France 3 organise une soirée dont il est l’étoile. Et le voilà sur ce plateau des 300 chœurs (un peu exagéré le titre, c’est la pub qui veut ça). Comme le soir tout récent de la Scala (7 décembre, l’ouverture d’une saison cette année vide souvenez-vous), on l’attendu longtemps trépignant de ne pas l’entendre chanter, lui, tout ce qui vient avant, mais bon c’est la règle du jeu.

Et donc, il vient enfin avec « Le Chanteur » (Serge Lama et Alice Dona), qui a donné son titre à son récent CD (Sony) et puis, Vincent Niclo, chanteur lui-même et meneur de jeu, lui demande de le rejoindre, bien entendu, et de chanter encore, évidemment ; et lui, il n’attaque pas du tout : « Nesssun Dorma » ou « Minuit, Chrétiens » airs de circonstance dignes de notre tenorissimo selon les puristes, mais sa chanson à lui : « Gentil Père Noël », dont il a écrit texte et paroles, sachant très bien qu’il va provoquer les clameurs du Landerneau des gens comme il faut, dont certains ont tiré que « ça fout les boules » d’entendre ça, il le sait, d’où le regard sourire qui se promène des yeux aux lèvres, sur lui. Les yeux pétillent, mais le sourire est doux, si doux, avec en-dessous quelque chose d’indéfinissable, qui le définit, lui, si bien, oh combien ! Et moi, j’aurai toujours dans les oreilles sa réponse un jour , il y a longtemps, où je lui demandais pourquoi il prenait le risque des chansons en extérieur sur des scènes géantes, lui avec ses intonations d’enfant tout étonné par ma question (idiote):
« Mais parce que j’aime ça ! »

Sur le plateau du Réveillon Covid 2020, c’était certain, il aimait ça.

Nous aussi, qui point ne sommes distingués musicologues.

© Jacqueline Dauxois